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Brendan Cox : "À Londres, on est de plus en plus soudé"

A l’aube de 2017, Brendan Cox mettait en garde ses compatriotes contre les dangers de la division menaçant à la fois la Grande-Bretagne et la démocratie.

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Brendan Cox : "À Londres, on est de plus en plus soudé"

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A l’aube de 2017, Brendan Cox mettait en garde ses compatriotes contre les dangers de la division menaçant à la fois la Grande-Bretagne et la démocratie.
L’actualité récente met ses mots en lumière à l’image des attaques terroristes de Londres et Manchester qui divisent les communautés, de l’incendie meurtrier de Londres qui divise les classes sociales ou du choix politique en faveur du Brexit qui divise les citoyens.

Brendan Cox a payé un lourd tribut à l’extrémisme. Il est le mari de Jo Cox, la députée assassinée il y a un an parce qu’elle faisait campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE.
Depuis, Brendan Cox mène un combat national en faveur de la tolérance, il s’est inspiré des mots de sa femme : “Nous avons plus de choses en commun que de choses qui nous divisent”.

Isabelle Kumar, Euronews : “Parlons des problèmes que je viens tout juste d‘évoquer. Notamment, de ces attaques terroristes à Londres et plus précisément de l’attentat qui visait la communauté musulmane. J’ai personnellement grandi à Londres et je me souviens d’une ville tolérante, ce n’est plus le cas aujourd’hui?”

Brendan Cox : “Non, au contraire, on constate de plus en plus de tolérance. A Londres et dans le pays tout entier: Tous les signaux indiquent une augmentation de la tolérance.
Les gens sont plus tolérants sur les différences, qu’elles soient d’ordre racial, religieux ou sexuel. Je ne pense pas que les évènements récents auxquels nous avons été confrontés soient la conséquence d’une augmentation du nombre de personnes portant des idées extrémistes, je pense même qu’il y en a de moins en moins. En fait, tout ça est dû à la banalisation de certains discours…Je pense à des personnes comme Trump, comme Le Pen, Wilders, Farage et d’autres qui ont toutes banalisé un langage de haine. Bien sûr, elles ne sont pas directement responsables de toutes ces atrocités. L’attentat contre des musulmans aujourd’hui, les attaques haineuses pendant le réferendum hier. Non, ils sont responsables d’avoir instauré un climat qui favorise le passage à l’acte de certains, au nom de leurs opinions extrêmes.”

Isabelle Kumar : “Donc, ce que vous dites, c’est que ces personnalités politiques d’extrême-droite ont permis à cette haine de s’installer. Mais où est née cette haine alors?

Brendan Cox : “Je pense que la haine a toujours été présente. Il y a toujours une petite minorité de personnes qui restent guidées par la haine, pour des raisons personnelles : un avenir incertain, un manque de perspectives ou un manque d’amour, ou même un lavage de cerveau parfois. Ces personnes finissent par adhérer à des idéologies extrêmes pour essayer de trouver un sens à leur vie. C’est vrai pour l’extrémisme islamiste ou l’extrémisme fasciste.
Ce que je trouve très intéressant, c’est que les politiques haineuses menées par ces groupes sont quasiment identiques si vous les comparez. Tous deux croient en un monde épuré, une pureté religieuse ou une pureté ethnique, tous deux pensent qu’ils est légitime de s’en prendre à des civils pour arriver à ses fins, que des personnes différentes ne devraient pas vivre ensemble et ne devraient pas vivre dans des pays tolérants.”

Isabelle Kumar : “Vous militez activement pour tenter de rapprocher les gens, de ramener de la convivialité, cela va plus loin que le militant, que l’homme. Êtes-vous satisfait de la réponse politique apportée suite à cette vague d’attentats ?”

Brendan Cox :“Je pense que le gouvernement prend les choses très au sérieux. A un niveau plus communautaire, la question est de savoir comment sortir de cette spirale de haine. On passe beaucoup de notre temps à répondre à des attaques comme le 7 juillet, le 11 septembre, le Bataclan, etc…, à essayer de comprendre d’où provient cette haine. Et souvent, on trouve des prédicateurs de haine, et souvent le même schéma. Des personnes, souvent des médias puissants, relaient un discours profondément islamophobe, parfois à la limite de l’incitation à la violence contre les musulmans. En même temps, on doit s’attaquer, de la même manière, au discours de haine provenant des islamistes et au message de haine qui, lui, vise directement la communauté musulmane toute entière.”

Isabelle Kumar : “Parlons du problème de l’inégalité des richesses et de ce terrible incendie dans l’ouest de Londres. Car bon nombre des habitants de ces tours viennent d’arriver à Londres ou bien sont des laissés-pour-compte des quartiers plus riches de la ville. Sur ces questions d’intégration sociale, les problèmes ne sont-ils pas accentués par les inégalités de richesse ?”

Brendan Cox : “Je pense vraiment que l’on doit s’inquiéter de la stratification sociale qui s’est produite. L’incendie de l’immeuble ne fait que mettre à jour un problème bien plus profond. Un problème qui ne touche pas seulement la capitale mais qui est encore plus réel dans la capitale. Il existe une colère compréhensible parce que nous vivons dans une société de plus en plus divisée, où le gouvernement doit chercher à jouer un rôle, parce que les rapports de forces économiques sont en train d‘éloigner les communautés. Comme je l’ai dit, il y a une réponse gouvernementale à apporter, mais j’attends également une réponse communautaire.”

Isabelle Kumar : “Nous devons aussi appréhender le Brexit. Vous avez évoqué certaines personnalités politiques européennes qui prônaient une politique de division. Evidemment, elles n’ont pas été élues. L’Europe reste donc soudée et la Grande-Bretagne, elle, semble être, progressivement, poussée vers la sortie. Qu’en pensez-vous ?”

Brendan Cox : “Ce qui s’est passé ces dernières années, c’est un excès de complaisance. Il a fallu les élections, en Autriche, en France, l‘élection de Donald Trump aux Etats-Unis, pour secouer notre conscience collective quant au sérieux des menaces qui pesaient sur nos valeurs. Cela serait une grosse erreur si c‘était l’Europe en tant qu’entité ou un pays tout entier qui pensait que nous avions, quelque part, résisté à la tempête. La tempête va continuer, elle va s’amplifier et c’est pourquoi devons penser à construire nos communautés, à construire un discours pour rapprocher les communautés, nous rapprocher physiquement, là où nous avons échoué ces dernières années.”

Isabelle Kumar : “Je voudrais finir sur une question plus personnelle. Vous appelez à la tolérance et à l’unité mais par rapport à votre propre histoire, quelle place accordez-vous au pardon ?”

Brendan Cox : “Pour moi, le pardon serait quelque chose d’envisageable si il y avait des remords. Tant qu’il n’y a pas ces remords, il ne peut y avoir de pardon. Je l’ai dit plusieurs fois, je fais une fixation sur Jo. La façon dont elle a vécu sa vie, les valeurs pour lesquelles elle se battait, les croyances qui la guidait, les causes qu’elle défendait. La façon dont elle a vécu sa vie avec énergie et enthousiasme. Je ne vais pas laisser mes souvenirs de Jo, salis par les actes d’un horrible et diabolique extrémiste. Je vais rester focalisé sur la façon dont elle a vécu et non pas la façon dont elle est morte.”