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Catalogne : retour sur la montée de l'indépendantisme

Pourquoi les indépendantistes catalans exigent-ils le divorce aujourd'hui et comment le sentiment indépendantiste a-t-il grandi dans la société ? Eléments de réponse

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Catalogne : retour sur la montée de l'indépendantisme

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Malgré la résistance du pouvoir central et les décisions de justice, les autorités catalanes restent déterminées à organiser le référendum d’autodétermination de ce dimanche, jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole. Comment le sécessionnisme catalan a-t-il pris possession de la rue ? En l’espace de 30 ans, le soutien à l’indépendantisme dans la population est passé d’environ 20% à 49%. Joan Rigol est l’ancien président du Parlement catalan. Il a longtemps été membre d’un parti régional opposé aux thèses des indépendantistes, mais aujourd’hui, il le reconnaît, il dirait oui à un Etat catalan.

“A partir de 2010, lorsque j’ai vu que la Cour constitutionnelle essayait de restreindre ce que le peuple avait voté, ce qui avait passé le cap des Cortes, j’ai vu que ce serait impossible parce que l’Etat espagnol essayait d’annuler ce qui constituait le rêve du peuple catalan : décider de son avenir”, nous dit-il.

Si 2010 a marqué un tournant dans les relations entre la communauté autonome et le pouvoir central, c’est parce que la justice a fait annuler une partie du statut d’autonomie qui avait été accordé à la région. Ce statut, approuvé par un référendum, était le fruit d’un compromis avec les socialistes, mais les conservateurs l’ont contesté et ont obtenu gain de cause. Depuis, le camp du divorce a pris de l’ampleur en Catalogne.

“Moi, je n‘étais pas indépendantiste, confie Maria Angels Bailo, une habitante de Barcelone. Mais le fait qu’ils aient annulé le statut m’a fait réagir. Un statut qui avait été approuvé ici au Parlement, que Zapatero avait dit qu’il respecterait, et finalement non. “Nous l’avons balayé”, a même dit Alfonso Guerra, un responsable du parti socialiste, quand ça a été bloqué au Congrès. A partir de là, je me suis dit non, je ne peux pas accepter ça, ils se moquent de nous.”

En 2012, le gouvernement Rajoy rejette la proposition de pacte fiscal du gouvernement catalan, qui permettrait à la région de recouvrer et de gérer tous les impôts. Dès lors, le sentiment que Madrid ne veut pas entendre leurs demandes devient prégnant chez nombre de Catalans. Le point de non-retour semble atteint.

“Peu à peu, les humiliations ont commencé se multiplier, raconte Tesa Tejada, aujoud’hui très active en faveur du référendum de dimanche. Et il arrive un moment où on devient indépendantiste par fierté plus que pour toute autre raison. Ce n’est pas que j’ai quoi que ce soit contre le reste de l’Espagne, je suis de la famille et voisine de l’Espagne. Il s’agit de nous émanciper du gouvernement espagnol.”

Pere Vilanova est professeur de sciences politiques. Pour lui, malgré le fait que le fossé politique se soit creusé entre Madrid et la Catalogne, c’est un véritable phénomène de masse qui s’est emparé de la région.

“Certains économistes peuvent dire que ce sont des raisons fiscales, de déséquilibre et autres, mais je ne pense pas que ce soient des éléments déterminants, asure-t-il. Ce qui est déterminant, c’est qu’un climat émotionel collectif s’est créé et cela a peu à voir avec des raisons qui seraient uniquement économiques et juridiques.”

La volonté d‘émancipation économique et les déceptions répétées vis-à-vis de Madrid ont beau être des raisons régulièrement invoquées, l‘élan collectif joue à plein. Fernando Mate Gonzalez, un Barcelonais issu d’une famille non indépendantiste, l’admet volontiers.

“Avec cette ambiance dans laquelle vit la Catalogne, on commence à aller à des manifestations, à la fête de la Diada, et en voyant ce que ressentent les gens, on est en quelque sorte contaminé, dit-il. Mais plus que l’appartenance à une nation ou à une terre, c’est l’appartenance au groupe qui prime, tu se sens intégré dans un groupe de gens qui pensent comme toi et qui vont manifester pacifiquement.”

Les partisans de l’autodétermination touchent aussi une corde sensible en mettant en avant des valeurs incontestables telles que la démocratie et la liberté d’expression.

Bien que les enquêtes indiquaient une stagnation de l’indépendantisme dans un peu moins de la moitié de la population catalane, les événements des dernières semaines pourraient bien avoir changé la donne…