DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Karmenu Vella : "On bénéficie des océans et on les pollue en retour"

Lors de la COP 23, le Commissaire européen à l'environnement réclame une protection commune des océans, principaux régulateurs du climat mondial.

Vous lisez:

Karmenu Vella : "On bénéficie des océans et on les pollue en retour"

Taille du texte Aa Aa

Protéger les océans est essentiel pour lutter contre le changement climatique. C’est l’un des messages émis à Bonn par la COP 23 présidée par les îles Fidji. Le Commissaire européen à l’environnement Karmenu Vella s’en est fait également le porte-parole comme il le souligne dans cette interview à euronews.

allviews Created with Sketch. Point of view

"Il est urgent de prendre des mesures préventives, mais aussi réparatrices dans la lutte contre le changement climatique."

Karmenu Vella Commissaire européen à l'environnement

La Conférence des Nations Unies sur le climat ou COP 23 qui se tient cette année à Bonn est présidée par les îles Fidji. Un pays qui comme d’autres, ressent déjà les effets du changement climatique en subissant des tempêtes d’une intensité extrême et la hausse du niveau des mers. Des dizaines de villages ont dû être relocalisés sur les hauteurs.

Mais il y a aussi la surexploitation des ressources et la pollution marines. L’Union européenne s’est donnée pour objectif de réduire de 30% d’ici 2020, les dix déchets les plus présents sur les plages d’Europe.

Actuellement, au niveau mondial, dix millions de tonnes d’ordures sont déversées chaque année, dans les océans. En 2050, on y trouvera plus de plastique que de poissons d’après la fondation Ellen MacArthur.

Sasha Vakulina, euronews :
“M. le Commissaire, à cette Conférence annuelle des Nations Unies sur le climat à Bonn, de nombreux défenseurs de l’environnement réclament que la protection des océans devienne une priorité dans la lutte contre le changement climatique.”

Karmenu Vella, Commissaire européen à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche :
“Les océans sont les principaux régulateurs du climat mondial, ils absorbent 90% de l’excès de chaleur de la planète et environ 30% des émissions de CO2 dues aux activités humaines. Ils fournissent à l‘échelle de la planète, 50% de l’oxygène qu’on respire.
Donc, on bénéficie des océans. Malheureusement, que leur donne-t-on en retour ? Beaucoup de déchets plastiques et des phénomènes massifs d’acidification, d’eutrophisation, de pollution, de surpêche. Les océans se réchauffent, leur niveau monte et on assiste à toutes ces catastrophes climatiques autour de nous : ces inondations, ces sécheresses, etc.”

“Agir tous ensemble”

Sasha Vakulina :
“Dans quelle mesure l’Union européenne fait-elle preuve de leadership dans la lutte contre le changement climatique et la protection des océans ?”

Karmenu Vella :
“Tout d’abord, je ne crois pas que ce soit suffisant qu’il y ait une entité unique que ce soit l’Union européenne ou autre qui soit leader en la matière parce que c’est un problème mondial, on a besoin de solutions mondiales et le plus important, d’actions mondiales et aucun pays, aucun continent pris individuellement ne peut gérer cet immense problème seul.
Donc, oui, l’Union européenne fait pression parce qu’on voit qu’il y a urgence à agir. On constate que les menaces et les phénomènes se déroulent sur un rythme beaucoup plus rapide que ce que l’on pensait.
Quelles que soient les actions, les actions de prévention qu’on mène aujourd’hui, elles n’auront pas d’effet immédiat sur les océans demain.
Si aujourd’hui, on arrête d‘émettre du CO2, les océans devront continuer d’en absorber pendant des décennies.
Si aujourd’hui, on cesse de déverser du plastique dans les océans, les gyres – ces tourbillons océaniques – continueront d’aspirer du plastique qui a été jeté il y a des dizaines d’années. Donc l’urgence, c’est d’agir maintenant, en prenant des mesures préventives, mais aussi réparatrices.”

Sasha Vakulina :
“Quelles sont les initiatives les plus urgentes à mener en matière de protection des océans ?”

Karmenu Vella :
“Je crois que la mesure la plus urgente qui doit être prise, c’est réduire nos émissions de CO2 immédiatement. Deuxièmement, on doit restaurer les écosystèmes : les mangroves par exemple jouent un rôle essentiel dans cette absorption du CO2 par les océans. Et la troisième mesure importante et urgente, c’est de nous réunir au plus vite parce que comme je l’ai dit, cela ne sert à rien que chacun agisse dans son coin. On doit agir, mais le plus important, c’est d’agir tous ensemble."

“Des solutions individuelles existent”

Sasha Vakulina :
“Parfois, les citoyens pensent qu’il revient aux gouvernements et aux grandes entreprises de prendre des mesures alors qu’ils pourraient faire beaucoup au quotidien pour participer à cette lutte contre le changement climatique.”

Karmenu Vella :
“C’est un point très important. Pourquoi ? Parce que quand les gens voient que toutes ces questions sont discutées à un niveau mondial, lors de conférences internationales comme le G7, le G20, la première chose qu’ils peuvent se dire, c’est que c’est un problème immense pour lequel ils n’ont pas de solution et que ce sont les gouvernements qui doivent le résoudre. Non ! Chacun d’entre nous est responsable de cette catastrophe et chacun d’entre nous doit faire partie de cette solution.
Je vous donne deux exemples : en ce qui concerne les déchets plastiques dans les océans qui sont en train de tuer la biodiversité, des mammifères et des poissons, qui polluent les océans, tout est lié à votre consommation de plastique, à la question de savoir si vous les jetez n’importe comment, si vous les recyclez ou pas. Quand on parle des émissions de gaz à effet de serre qui sont notamment responsables du changement climatique, la question c’est aussi de savoir quelle voiture vous avez, si vous avez une voiture qui génère des émissions élevées ou non, si vous prenez les transports en commun plus souvent ou non. Ce sont des questions mondiales, mais les solutions individuelles existent.”