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Le pape s'autocensure : il ne dit pas le mot "Rohingyas"

Le pape François s'est finalement abstenu. Il a évité de dire "Rohingyas" en évoquant le sort de la minorité musulmane persécutée en Birmanie.

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Le pape s'autocensure : il ne dit pas le mot "Rohingyas"

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Eviter avant tout de prononcer le mot “Rohingyas” ! Le pape François a dû se résoudre à suivre la recommandation des autorités de l’Eglise catholique de Birmanie au cours de son voyage. Lors d’un discours prononcé ce mardi à Naypyidaw, la capitale birmane, le souverain pontife a appelé à un engagement en faveur des droits de l’Homme, passant notamment par “le respect de tout groupe ethnique et de son identité” mais sans le nommer.

Le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, avait même suggéré au pape avant sa visite d’employer le terme officiel qui permettrait de ne pas se fâcher pour longtemps avec les dirigeants birmans : parler plutôt des “musulmans de l’Etat Rakhine”.

La communauté catholique birmane, qui compte environ 700 000 fidèles, continue de craindre une violente réaction des plus extrémistes de la majorité bouddhiste; ces derniers sont responsables d’une montée du nationalisme anti-musulman qui avait atteint son paroxysme en 2012. Au sommet du pouvoir, Aung San Suu Kyi ne fait rien pour apaiser ce climat conflictuel entre les différentes confessions religieuses, loin de là.

Selon l’ONG Human Rights Watch, il ne faut pas “dédouaner Aung San Suu Kyi pour son silence en expliquant qu’elle sauve la démocratie birmane” :


Où Aung San Suu Kyi cache-t-elle son prix Nobel de la paix ?

Depuis l’acharnement meurtrier de l’armée birmane contre les Rohingyas qui a débuté en août dernier, la dirigeante a dégringolé lentement mais sûrement de son piédestal du prix Nobel de la paix. Aung San Suu Kyi semble avoir oublié la propre répression dont elle a été victime pendant de longues années par la junte militaire, et la communauté internationale continue de dénoncer son manque d’empathie pour la minorité musulmane persécutée dans son pays.

D’ailleurs, les militaires restent dans l’ombre et leur chef, le général Min Aung Hlaing, se fait entendre. Les organisations internationales de défense des droits de l’Homme l’accusent d‘être le principal organisateur des violences dans l’Etat Rakhine, où vivait la plus grande partie de la population rohingya, dans l’ouest de la Birmanie; “vivait” car depuis la fin de l‘été, pas moins de 620 000 personnes ont pris le chemin de l’exil… Alors que le Bangladesh voisin, où se réfugient la plupart d’entre elles, avait trouvé un accord avec les autorités birmanes sur un retour des exilés, le même chef d‘état-major a clairement marqué son refus.

Le général Min Aung Hlaing :


Avant son voyage officiel, le pape François parlait pourtant ouvertement de “ses frères rohingyas”, les qualifiant de “gens bons et pacifiques”. Il avait aussi demandé à Dieu “d’inspirer des hommes et des femmes de bonne volonté pour qu’on les aide à ce que tous leurs droits soient respectés”. Le message s’adressait évidemment en priorité aux autorités birmanes mais sur place, le souverain pontife a préféré ne pas mettre les points sur les i, s’abstenant de prononcer le mot qui fâche.