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Catastrophes naturelles : “les inondations sont la plus grande menace"

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Catastrophes naturelles : “les inondations sont la plus grande menace"

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“Le nombre des inondations augmente partout et elles entraînent beaucoup de pertes. C’est de loin la plus grande menace pour le monde, y compris l’Europe”, explique Debarati Guha-Sapir, directrice du Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes (CRED) et enseignante à l’Université de Louvain, à Bruxelles.

Elle dresse ce constat au regard des données recueillies depuis des décennies par le CRED. Dans les années 1990, 87 inondations avaient lieu en moyenne chaque année. Depuis les années 2000, le chiffre a presque doublé : 165 inondations sont comptabilisées en moyenne dans le monde tous les ans.

Par inondation, le CRED entend, comme pour les autres catastrophes naturelles, tout événement qui a soit causé plus de 10 morts, soit affecté plus de 100 personnes, soit qui a fait l'objet d'une déclaration d'état d'urgence ou de catastrophe naturelle, ou enfin pour lequel les autorités ont dû lancer un appel à l'aide internationale.

Parmi les catastrophes naturelles d'origine météorologique, hydrologique et climatologique, les inondations sont celles qui ont le plus augmenté, derrière les températures extrêmes qui présentent une hausse de 140%.

D’autres phénomènes liés à ce type de catastrophes s’aggravent aussi. Le nombre de sécheresses annuelles s'est accru de près de 30% depuis les années 1990. Les glissements de terrain sont en hausse d'environ 23%. Enfin, la fréquence des tempêtes et incendies s'est accélérée également de 11% et de 13,5% respectivement.

145 millions de personnes touchées par les inondations tous les ans

Les inondations ne tuent pas plus que d'autres catastrophes naturelles souvent bien plus meurtrières mais leurs victimes au sens large sont nombreuses : des personnes sont blessées, d'autres sont évacuées ou déplacées car elles se retrouvent sans toit, les cultures sont ravagées... Les conséquences possibles sont vastes.

“Les inondations touchent généralement des zones très vastes et affectent beaucoup de personnes, surtout les inondations côtières et les inondations des plaines”, explique la directrice du CRED.

Ce sont ainsi près de 145 millions de personnes qui font face à ce phénomène tous les ans dans le monde.

Moins de morts mais plus de dégâts

Le bilan des pertes humaines imputables aux inondations est en baisse : dans les années 1990, on dénombrait environ 9 550 victimes d’inondations en moyenne chaque année, tandis que depuis les années 2000, la moyenne se situe à 5 500 victimes, soit une baisse de 44% environ.

“La dernière décennie il y a eu beaucoup d’investissements pour réduire les risques des catastrophes”, explique Debarati Guha-Sapir, qui associe ces progrès à une amélioration des systèmes de prévention et de vigilance.

Cependant, la facture des dommages économiques induits par les inondations s'est alourdie. Les chiffres ne sont pas encore totalement connus pour l'année 2017, mais elle s’annonce comme l’une des plus coûteuses de l’histoire, principalement en raison des tempêtes dont les conséquences restent les plus onéreuses.

En 2016, les inondations représentent presque 50% des coûts des catastrophes météorologiques, hydrologiques et climatologiques, avec un montant total de 56 milliards de dollars.

En janvier de cette année, plusieurs régions françaises ont dû faire face à des précipitations, des crues et des inondations importantes. Les dégâts des biens assurés s’élèvent déjà entre 150 et 200 millions d’euros, selon une estimation réalisée par la Fédération française de l’assurance (FFA).

L’Europe, un continent en danger

Selon une étude publiée par la revue Climate en janvier dernier, les inondations sont, pour l'Europe, le désastre le plus coûteux. Et le pire reste à venir, toujours selon cette étude : une hausse des températures de 3°C, et la montée des eaux que cela induirait, pourrait causer des pertes d’environ 17 milliards d’euros par an en Europe, soit une hausse de 145% par rapport à la situation en 2016. De la même manière, le pourcentage des personnes affectées par ce phénomène doublerait. La situation est critique même dans le meilleur des scénarios : même avec une hausse de 1,5°C, le risque d’inondations serait plus important qu'actuellement.

Il existe toutefois, des moyens d'agir pour réduire les dommages occasionnés par les inondations. La directrice du CRED insiste sur la nécessité de leur accorder une “attention particulière” car désormais “elles peuvent être contrôlées par des technologies d’ingénierie”.

Avec l'aide de Natalia Oelsner