Elysée 2022 : les propositions des candidats pour l'environnement et l'énergie

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Par Euronews
Un parc éolien près de Saint-Père-en-Retz, en Bretagne, le 22 octobre 2021.
Un parc éolien près de Saint-Père-en-Retz, en Bretagne, le 22 octobre 2021.   -   Tous droits réservés  Jeremias Gonzalez/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

À deux mois de l'élection présidentielle, la crise environnementale reste l'une des préoccupations majeures des Français. Selon un sondage Ipsos Sopra-Steria commandé par la radio publique France Inter et publié fin janvier, elle vient en deuxième position dans la campagne, derrière la crise sociale.

Malgré cet intérêt manifeste, ce thème peine à émerger dans le débat présidentiel, comme le souligne l'association Notre affaire à tous, qui a lancé jeudi un appel pour redonner au climat la place qu'il mérite dans la campagne.

Quelles sont donc les principales propositions des candidats en tête dans les sondages, en matière d'énergie et d'environnement ? Euronews fait le point.

Fabien Roussel se démarque à gauche sur le nucléaire

Le candidat communiste présente un programme écologique fourni. Il promet tout d'abord de se conformer aux recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), en mettant en place une grande politique climatique dotée de 140 milliards d’euros par an. "Un fonds écologique et social sera créé et abondé par l’État, les entreprises et la création monétaire", indique le programme du candidat.

Il prévoit la mise en oeuvre d'un vaste plan d'investissement "financé par les bénéfices des grandes entreprises et les modes de transport les plus polluants", pour faire baisser les prix des carburants et aider à l'achat de "véhicules légers, plus économes et peu polluants."

Fabien Roussel mise aussi sur la gratuité des transports collectifs urbains, ainsi que le développement du fret ferroviaire et fluvial. Le candidat communiste estime enfin que la réindustrialisation de la France et le retour des entreprises sur le territoire est l'une des solutions contre la crise climatique.

Concernant l'énergie, Fabien Roussel mise sur un mix énergétique basé sur les énergies renouvelables et le nucléaire, avec la construction d'au moins 6 nouveaux EPR. Objectif : la neutralité carbone à l'horizon 2040-2050

Le candidat communiste se démarque aussi, comme l'a relevé le média Vert, par sa défense du "mode de vie à la française" basé sur "un bon vin, une bonne viande, un bon fromage" et contre les "donneurs de leçons".

Jean Luc Mélenchon propose la planification écologique

Le candidat de l'Union populaire présente de nombreuses mesures pour le climat et l'environnement, et propose notamment d'organiser la "planification écologique", qui est le troisème grand objectif de son programme. Il prévoit également d'inscrire dans la Constitution le principe de "la règle verte", "selon laquelle on ne prélève pas davantage à la nature qu’elle n’est en état de reconstituer", et une "règle bleue" sur le même principe pour l'eau.

L'Union populaire propose l'objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre le plus ambitieux : 65 % de moins d'ici à 2030. La loi "climat et résilience" de l'actuel gouvernement prévoit elle une baisse de 40 %.

Parmi les autres mesures on trouve le lancement d'un plan massif de 200 milliards d’euros "d’investissements écologiquement et socialement utiles". Côté transport, l'accent est mis sur les modes de déplacement doux et collectifs (vélo, train, fret, transports en commun urbains) et non la voiture individuelle, dont il est important de "diminuer le recours" estime l'Union populaire. Le programme prévoit également d'interdire les lignes aériennes quand une alternative de moins de 4 heures existe en train.

Du côté de l'énergie, Jean-Luc Mélenchon propose la sortie du nucléaire. Il faut, selon lui, "planifier le passage à 100 % d’énergies renouvelables avec un double mot d’ordre : sobriété et efficacité énergétiques", en doublant notamment le parc éolien terrestre et marin. L'Union populaire s'oppose aussi à la prolongation des réacteurs nucléaires au-delà de 50 ans

Yannick Jadot veut ancrer la protection du climat dans la Constitution

Sans surprise, l'environnement est au cœur du programme du candidat Les Verts. Il souhaite tout d'abord ancrer la protection du climat dans la Constitution, pour garantir "la préservation de la biodiversité, l’environnement et la diversité biologique, la lutte contre le changement climatique et prendre en compte la raréfaction des ressources naturelles".

Avec ses proposions, le candidat écologiste entend réduire l’empreinte carbone de la France de 55 % d’ici 2030, et atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Cela passe notamment par l'attribution de 10 milliards d'euros par an pour la rénovation thermique des passoires énergétiques, l'interdiction de la vente de véhicules neufs à carburant fossile en 2030 ou l'interdiction des vols intérieurs quand il existe une alternative de moins de 4 heures en train.

Pour financer la transition, Yannick Jadot compte s'appuyer notamment - comme Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo - sur un ISF climatique, "dont les taux seront fixés en fonction de l’engagement des patrimoines dans la transition climatique". Il serait relevé à 2 millions d'euros de patrimoine "afin de ne toucher que les 1 % des ménages les plus riches".

Concernant l'énergie, Les Verts prévoient eux aussi une sortie du nucléaire et le passage à une énergie 100% renouvelable, avec des objectifs chiffrés : l'arrêt de 10 réacteurs nucléaires d'ici à 2035, 6 000 nouvelles éoliennes, 340 km² de panneaux solaires supplémentaires d’ici 2027, et 32 TWh de biogaz à horizon 2030.

Anne Hidalgo propose un budget climat voté chaque année

La candidate socialiste estime dans son programme que "l'écologie est le combat du siècle". Elle propose l'inscription dans la Constitution de la protection de l'environnement, et la création d'un poste de défenseur de l'environnement, sur le modèle du défenseur des droits. Elle prévoit par ailleurs la reconnaissance du crime d'écocide, à l'instar de Yannick Jadot et de Christiane Taubira.

Anne Hidalgo propose également qu'un budget climat et biodiversité soit voté chaque année au parlement, pour fixer les programmations de réduction d’émission de CO2, et veut mettre en place une "règle d'or climatique" : 50 % pour des dépenses accélérant la transition écologique et 50 % pour des mesures sociales.

La candidate socialiste insiste aussi sur la nécessité d'actions dans le numérique : elle souhaite notamment développer les activités de reconditionnement d’équipements électroniques et engager les Gafam dans la transition écologique.

Anne Hidalgo ne s'oppose pas au nucléaire, même si elle vise un mix énergétique 100 % renouvelables, "aussi rapidement qu’il sera possible de le faire". Pour elle, le nucléaire doit être utilisé comme énergie de transition, sans sortie précipitée. Elle ne prévoit toutefois pas de constructions de nouveaux EPR ou de petits réacteurs modulaires

Emmanuel Macron : le virage nucléaire du quasi-candidat

Le président français n'est pas encore officiellement candidat et ne dispose donc pas de programme à proprement parlé. Toutefois, il a déjà fait plusieurs annonces dans les médias ou lors de discours, comme la réduction de la consommation d'énergie de 40% en 30 ans, ou l'organisation d'un moratoire pour interdire la vente de véhicules à carburants fossiles en 2040.

Lors du lancement de la présidence française de l'Union européenne le 18 janvier, Emmanuel Macron s'est également dit pour l'inscription de la protection de l'environnement dans la charte des droits fondamentaux de l'UE.

Globalement, le président français prône une "écologie du mieux" contre une "écologie du moins", qui serait proposée par certains de ses adversaires à gauche. On se souvient, entre autre, de sa défense de la 5G contre les "Amish" qui voudraient, selon lui, retourner à la "lampe à l'huile".

Concernant l'énergie, le chef de l'Etat a effectué dernièrement un virage à 180°. Contrairement à 2017 et au début de son mandat, il souhaite désormais la prolongation de la durée de vie des centrales existantes tant que la sécurité le permet, ainsi que la construction de 6 "EPR2" qui devraient être mis en service "à horizon 2035". Il prône également un investissement dans les énergies renouvelables, dans un objectif de neutralité carbone en 2050.

Valérie Pécresse contre "l'agribashing"

Contrairement à ses adversaires à gauche, le programme de la candidate de droite ne comprend pas de volet spécialement dédié à l'environnement. La candidate Les Républicains envisage d'atteindre la neutralité carbone pour 2050, mais affirme ne pas croire à "l'écologie punitive", et préfère les incitations financièresplutôt que "les taxes". Elle vise elle aussi la fin de la vente de véhicules neufs fonctionnant à l'énergie fossile en 2035, et souhaite remplacer les transports en commun fonctionnant au diesel par des transports propres.

Valérie Pécresse s'affiche en défenseure de l'agriculture, contre "l'agribashing" et pour "l'agrifierté". Elle s'oppose notamment à la stratégie "zéro pesticide" défendue par plusieurs candidats. Elle souhaite aider les exploitations à s'adapter au changement climatique "en encourageant le stockage de l’eau encore trop réglementé", et mise sur l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) et les nouvelles technologies pour "gagner le combat contre le dérèglement climatique".

Du côté de l'énergie, la candidate de droite souhaite une nouvelle loi de programmation qui stoppera le plan de fermeture des réacteurs, et veut également construire 6 nouveaux EPR. Valérie Pécresse souhaite par ailleurs investir dans "toutes les énergies renouvelable", et financer la recherches des énergies de demain, comme l'hydrogène vert. Elle veut enfin permettre aux habitants de refuser des projets éoliens.

Marine Le Pen hostile à l'éolien

L'environnement ne figure pas parmi les grands thèmes de campagne de la candidate du Rassemblement national qui met l'accent sur l'immigration et la sécurité. La candidate d'extrême droite prévoit tout de même quelques mesures comme le lancement d'un plan de réhabilitation de l’habitat ancien grâce à des "aides efficaces", la gratuité des trains aux heures creuses pour les 18-25 ans, ou l'allocation des 25 milliards d'euros prévus pour l'éolien en mer à des subventions pour le remplacement de chaudières au fioul.

La candidate se déclare également favorable au nucléaire"pour assurer l'indépendance énergétique" des Français. Elle prévoit la construction de 6 nouveaux EPR et s'est déclarée pour la réouverture de la centrale de Fessenheim. Marine Le Pen s'affiche également farouchement opposée à l'éolien qui "défigure le paysage", et souhaite "arrêter les projets éoliens et démanteler progressivement les parcs existants".

Eric Zemmour mise tout sur le nucléaire

Le candidat de Reconquête ! prévoit dans son programme de "baisser nos émissions de gaz à effet de serre", sans objectifs chiffrés. Pour cela, il propose de "développer l'usage de l'électricité et de l'hydrogène dans les transports en commun", et "d'investir dans l'isolation des bâtiments résidentiels et industriels". Il propose également un "vaste plan de dépollution des sols" et de faire émerger "une filière française de recyclage du plastique".

Concernant l'énergie, le candidat d'extrême droite est résolument pro-nucléaire. Il propose la construction de pas moins de 14 nouveaux EPR d'ici 2050 et de prolonger la vie des centrales à 60 ans ou plus. Il souhaite aussi supprimer l'objectif de baisser de 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique d'ici 2035.

Comme Marine Le Pen, Eric Zemmour est profondément opposé à l'éolien. Il veut mettre fin à tous les projets actuels ou futurs"qui saccagent nos territoires", et veut rediriger le soutien public à l'éolien et du solaire à la géothermie et les pompes à chaleur.