Le malaise des urgences oblige à repenser le système de santé français

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Par Monica Pinna
Manifestation nationale pour la défense des services d'urgence en France
Manifestation nationale pour la défense des services d'urgence en France   -   Tous droits réservés  euronews   -  

Le récit de notre reporter Monica Pinna dans des services d'urgences du Var : elle fait le point sur le manque de moyens, les revendications des soignants et les solutions possibles en France.

Le système de santé français, considéré à une époque comme l'un des meilleurs en Europe et dans le monde traverse aujourd'hui, une crise sans précédent. La situation de ses services d'urgences est particulièrement préoccupante en ce début d'été quand le nombre de patients qui s'y rendent augmente. J'ai voyagé en France pour prendre le pouls de ces services, mais aussi comprendre les causes de leur saturation et les possibles solutions. 

"C'est une mise en danger du patient"

"On n'a ni la structure, ni les conditions, ni le matériel, ni l'effectif, cela devient compliqué," se désole Maxime Bartolini, infirmier urgentiste à l'hôpital de Fréjus Saint-Raphaël sur la Côte d'Azur. Au ton de sa voix, je devine qu'il a traversé de nombreuses épreuves.

"On a été à flux tendu depuis décembre," poursuit-il, "avec toutes les structures hospitalières périphériques qui commencent à fermer la nuit. C'est une mise en danger du patient ; c'est pour nous, une saturation," dit-il. "On fait des dépassements de fonction ; on s'entraide, on fait comme un peu, mais les solutions, on n'en a plus tellement, donc ça devient catastrophique," dénonce-t-il.

Des urgences fermées la nuit

Fréjus Saint-Raphaël est le principal hôpital du Var. Sur place, il manque cinq médecins permanents, ce qui n'est rien comparé aux autres services d'urgence dans ce département. À une trentaine de km de là, celui de Draguignan qui a une zone de desserte de 100 000 habitants est de nouveau fermé la nuit, sept jours sur sept, en ce début d'été. Une vingtaine de médecins permanents seraient nécessaires pour le faire fonctionner totalement. Aujourd'hui, ils ne sont que sept. Depuis Draguignan, il faut faire un trajet de 40 minutes par la route pour atteindre l'hôpital le plus proche, celui de Fréjus Saint-Raphaël.

Le chef de service adjoint des urgences de ce dernier établissement Gabriel Moncheaux m'explique que des patients restent sur des brancards dans les couloirs de son service parfois jusqu'à 48 heures, dans l'attente d'un lit d'hospitalisation.

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Aux urgences de Fréjus Saint-Raphaël, les patients peuvent attendre jusqu'à 48h un lit d'hospitalisationeuronews

La pénurie de personnels hospitaliers frappe d'autres pays en Europe

Ce manque criant de personnels hospitaliers ne touche pas uniquement le littoral méditerranéen français, mais l'ensemble du pays, ainsi que d'autres pays en Europe.

La pandémie a mis en évidence la situation difficile dans laquelle se trouvent depuis longtemps, les systèmes de santé européens.

L'épuisement dû au Covid a accéléré le départ des soignants de l'hôpital. Il y a tout simplement plus de personnes qui partent que de jeunes médecins et infirmiers qui arrivent.

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Des infirmiers témoignent à Lyon, de leur épuisement lors de la journée de mobilisation nationale du personnel des urgenceseuronews

Des solutions en France dès cet été ?

Cette crise profonde a dominé le débat politique à l'approche des élections législatives françaises de juin. Le président français Emmanuel Macron a lancé une mission d'un mois pour tenter de trouver des solutions à mettre en œuvre dès cet été.

Au cours de ce reportage, j'ai rencontré l'homme qui dirigeait alors cette "mission flash" d'Emmanuel Macron à Paris : François Braun, médecin urgentiste et président du syndicat Samu-Urgences de France, qui depuis, a été nommé ministre de la Santé.

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Pour François Braun, médecin urgentiste devenu ministre de la Santé, c'est tout le système de santé qu'il faut refonder.euronews

Il est convaincu que la crise des urgences n'est que la partie émergée de l'iceberg. Selon lui, pour que les urgences fonctionnent, c'est l'ensemble du système de santé qui doit être profondément transformé. Il se dit prêt à le faire.

Aujourd'hui, les personnels soignants en première ligne de la pandémie ont besoin de plus que des applaudissements. Ils veulent les moyens de faire leur travail et c'est littéralement une question de vie ou de mort.

Journaliste • Monica Pinna