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Crise de l'énergie : la fin de l'extraction du gaz naturel aux Pays-Bas fait polémique

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Par Hans von der Brelie
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Faut-il poursuivre l'extraction du gaz naturel aux Pays-Bas même si elle provoque des secousses sismiques et donc, choisir l'énergie plutôt que la sécurité ? Le débat est relancé dans le pays sur fond de crise énergétique en Europe.

C'est une décision qui peut sembler étonnante dans un contexte de hausse des prix de l'énergie et de difficultés d'approvisionnement en gaz dans l'Union européenne, la Russie coupant progressivement ses exportations en réaction aux sanctions prises à son encontre suite à la guerre qu'elle mène en Ukraine : le gouvernement des Pays-Bas s'est résolu à stopper l'activité des forages de gaz naturel dans la région de Groningue par mesure de sécurité.

Car ce gisement néerlandais a beau être l'un des plus importants au monde - sa valeur pourrait atteindre 1 000 milliards d'euros -, l'extraction du gaz qu'il renferme provoque des tremblements de terre à répétition, endommageant de nombreux bâtiments et habitations de la région.

Le gaz ou la sécurité ?

Jan Wigboldus préside le Conseil du Gaz de Groningue (Groninger Gasberaad), un groupement représentant des organisations de la société civile dans la région touchée. "1 200 séismes ont été recensés jusqu'à présent et quelque 27 000 maisons qui ne sont pas sûres pour leurs occupants sont en cours d'expertise," précise-t-il. 

C'est le cas, à Woltersum, de celle de Laurens Mengerink qui date de 1905. Il nous montre les fissures impressionnantes qui lézardent ses façades. Dans la cuisine, il nous en montre une située près du plafond. "Elle est apparue d'un coup, un matin à 11h," raconte-t-il en imitant les craquements qu'il a entendus à ce moment-là. Son fils vit au premier étage de sa maison. "La cheminée peut lui tomber sur la tête !" lance Laurens avant d'ajouter : "Ce n'est pas très rassurant."

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Laurens Mengerink nous montre les fissures sur les façades de sa maison consolidée par des poutres de soutieneuronews

Mais depuis la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine, les choses changent. Dans les sondages, une majorité d'habitants de la province se dit prête à accepter le risque d'une prolongation de l'extraction du gaz à l'image de Laurens qui malgré l'inquiétude liée aux secousses, nous assure : "Tout le monde doit pouvoir se chauffer en hiver. Le gaz russe est trop cher et peut-être même qu'il n'y aura plus de gaz, alors je suis d'accord pour que l'on extrait du gaz de notre sous-sol," confie-t-il.

"Nous parlons de vies humaines, il n'y a pas à transiger"

Ce point de vue n'est pas partagé par tous. Pendant des décennies, l'État a ignoré les préoccupations des riverains. 4 000 personnes lésées se sont regroupées dans le mouvement Groninger Bodem. Ce puissant lobby a réussi à pousser le gouvernement à cesser l'extraction plus tôt que prévu. Il faut en rester là selon Coert Fossen, porte-parole du mouvement. "Extraire le gaz aujourd'hui ou dans un avenir proche, ce n'est pas sûr pour les gens d'ici : nous parlons de vies humaines et il n'y a pas à transiger," souligne-t-il.

Répondre à l'urgence ?

Pour certains spécialistes en revanche, le gouvernement doit revenir sur sa décision et prolonger l'extraction du gaz naturel néerlandais pour quelques années. Cela pourrait contribuer à sécuriser l'approvisionnement à l'avenir et faire baisser les prix de l'énergie, argumentent-ils.

Selon Machiel Mulder, professeur spécialiste des marchés de l'énergie à l'Université de Groningue, l'extraction "pourrait reprendre en cas d'urgence. Si des personnes qui vivent en Allemagne, en Estonie ou dans d'autres pays sont réellement confrontées à une pénurie de gaz, c'est une situation d'urgence et la décision de stopper l'exploitation sera reconsidérée pour que l'on puisse en produire davantage," dit-il.

Pour l'instant, les autorités misent sur des alternatives à l'extraction du gaz local : par exemple, sur l'importation de gaz naturel liquéfié notamment en provenance des États-Unis où il est issu de la polluante fracturation hydraulique, mais aussi sur le redémarrage des centrales à charbon néerlandaises. Deux options qui incitent à se dire que le gaz naturel de Groningue aurait été moins nocif pour le climat...

Journaliste • Hans von der Brelie