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Les employés des fast food américains de nouveau en grève pour leurs salaires


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Les employés des fast food américains de nouveau en grève pour leurs salaires

C’est un mouvement rare aux Etats-Unis, d’une population généralement silencieuse, débuté depuis déjà novembre dernier.

Des employés des chaînes de fast-food ont fait grève et manifesté dans soixante agglomérations des Etats-Unis hier afin de défendre leurs salaires. Des magasins ont été fermés ou sérieusement ralentis à New York mais aussi Chicago, Détroit ou encore Seattle. Ce mouvement des salariés des fastfood avait commencé en novembre dernier.

Les grévistes exigent un salaire de 15 dollars de l’heure contre 7,25 dollars actuellement, le salaire minimum fédéral. Ils demandent, par ailleurs, de pouvoir se syndiquer afin d’ouvrir des négociations avec leur employeurs. Ils veulent aussi être assurés de pouvoir manifester sans risquer des représailles de leur employeur.

Le salaire médian des employés de fastfood – une industrie de 200 milliards de dollars – est de 18 500 dollars par an, en-dessous du seuil de pauvreté (23 000 dollars pour une famille de 4). Tsedeye Gebreselassie, avocat du National Employment Law Project (NELP), un groupe de soutien pour les bas salaires, confirme que ces grévistes « réagissent au manque total d’engagement du gouvernement fédéral en vue d’augmenter le salaire minimum pour l’aligner sur l’inflation et le coût de la vie ». Le quotidien du New York Times a fait ses calculs et explique dans un éditorial datant du début du mois d’août que si le salaire minimum avait suivi l’inflation et l’augmentation moyenne des salaires depuis 50 ans, ce minimum devrait être de 10 dollars.

Si vous ajoutez à ces faibles salaires, le temps partiel auquel sont soumis la majorité de ces salariés, il devient très compliqué de gagner sa vie. « Ces gens gagnent 7,25 dollars de l’heure, et quand vous regardez les statistiques, il faut au moins 20 dollars, voire 24 ou 25 pour survivre à New York », explique à l’AFP Kendall Fells, directeur de Fast Food Forward, qui organise le mouvement à New York. « Une semaine ils vont travailler dix heures, la suivante trois heures, la suivante aucune. Comment payer le loyer, les fournitures scolaires dans ces conditions », s’indigne-t-il.

De fait, les grévistes sont nombreux à témoigner des difficultés de vivre que ce soit avec le salaire minimum ou le salaire moyen. Tyeisha Batts, 27 ans, travaille chez Burger King pour 7,25 dollars de l’heure. « Seulement 28 heures par semaine, car si vous travaillez 30 heures, ils doivent vous donner une assurance maladie », explique-t-elle. Ses horaires varient chaque jour. Quand c’est calme, elle est renvoyée chez elle. Sur un salaire hebdomadaire moyen de 100 dollars, 30 partent en carte de métro, dit-elle.

Le site Gawker rapporte aussi le témoignage de Rynetta Bennet, 23 ans, salarié de Wendy’s à New York. Il s’agit de son revenu principal. Gréviste, elle explique qu’après sept ans dans le même restaurant, aucune promotion au poste de manager ne lui a été proposée ; elle touche une augmentation de dix centimes tous les six mois et n’a pas de congés payés. Elle assure que nombre de ses collègues soutiennent le mouvement mais ne font pas grève par crainte : « beaucoup ont peur ».

Une pétition a d’ailleurs été lancée par un groupe de soutien, Low Pay Is Not Ok, contre les mesures de représailles contre les grévistes. « Nous risquons de perdre notre boulot en sortant manifester. Nous avons besoin de savoir, et nos employeurs doivent savoir, que vous nous soutenez ».

Devonte Yates, qui travaille dans un McDonald’s de Milwaukee (Wisconsin, nord), s’est aussi mis en grève jeudi, pour la troisième fois. A 21 ans, père d’un enfant, il travaille de 9 à 15 heures par semaine, aimerait travailler plus. Il sait qu’une grève n’y suffira pas, mais espère qu‘à terme, les employés des fast foods, qui sont plus de trois millions aux États-Unis et 50 000 à New York, seront augmentés. « Je défends mes droits », ajoute-t-il. « Nous allons devoir nous battre, mais au final, je pense que nous obtiendrons quelque chose. Ils ont les moyens de nous payer plus ».

Les groupes de restauration rapide font le dos rond

Les groupes de restauration rapide se défendent tous en usant de deux arguments tous deux appuyés sur la situation de crise que connaît les Etats-Unis depuis 2008. La National Restaurant Association, qui regroupe les restaurants et chaînes de fast food des Etats-Unis a expliqué dans un communiqué que l’industrie de la restauration emploie 13 millions d’Américains. Scott DeFife, vice-président de l’organisation, assure au Chicago Tribune : « Seulement 5% des employés des restaurants touchent le salaire minimum. Ceux qui le touchent travaillent essentiellement à temps partiel et la moitié d’entre eux sont des adolescents. »

Un argument que réfute Kendall Fells de Fast Food Foward. Selon lui, cela était le cas il y a encore 15 ans mais la crise de 2008 a changé le profil de ces salariés. Selon lui, deux tiers des employés de fast food sont désormais des femmes, âgées en moyenne de 32 ans. Beaucoup ont aussi des enfants. « Durant la récession, nous avons perdu des millions d’emplois, qui sont maintenant remplacés par des emplois à bas salaire », ajoute-t-il.

L’industrie de la restauration a particulièrement souffert de la récession selon Bonnie Riggs, analyste à la société de conseil NPD, et « augmenter les salaires de plus de 100% n’est tout simplement pas du domaine du réalisable » explique-t-il au quotidien USA Today. « Les marges ont déjà diminué car les consommateurs ont réduit leurs dépenses. L’industrie de la restauration a dû concéder des baisses de prix juste pour continuer à voir les gens passer le pas de la porte. ». Selon lui, « il faudrait augmenter considérablement les prix pour absorber le coût d’une augmentation des salaires. »

Fort de cette analyse, un lobby libéral brandit la menace d’un recours aux robots en cas d’une trop grande augmentation des salaires. L’Employment Policies Institute a, pour appuyer cet argument, acheté hier une publicité pleine page dans le Wall Street Journal, grand quotidien économique.

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