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Croatie, Serbie : que cache le rêve européen ?


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Croatie, Serbie : que cache le rêve européen ?

La Croatie n’a que dix mois d’expérience au sein de l’Union. Elle subit sa cinquième année de récession, une hausse du chômage et une baisse de l’inflation en raison d’une faible demande intérieure. Ses secteurs public et privé manquent de stabilité. L’adhésion ne semble donc pas avoir de conséquence positive immédiate en matière d‘économie, mais les autorités croates la voient comme un processus à long terme qui leur permettra de tourner définitivement la page des guerres des années 90 et de bénéficier d’un développement économique commun.

Avec l’entrée dans l’Union, les entreprises croates se retrouvent bousculées et s’adapter au nouvel environnement économique est un sérieux défi. Elles sont très “désavantagées par l’importance des sociétés du secteur public”, par “une énorme bureaucratie” et par un “manque de soutien ciblé matière d’innovation et de recherche et développement,” nous explique Hongjoo Hahm, expert de la Croatie à la Banque mondiale.
Mais les choses ne restent pas figées pour autant : des efforts ont été faits pour améliorer la situation économique du pays. Les syndicats notamment affirment en avoir assumé une bonne part. “Au cours des cinq dernières années de crise, les organisations professionnelles ont accepté beaucoup de flexibilité”, fait remarquer Boris Feis, de l’UATUC, avant d’ajouter : “entre 2005 et 2013, la productivité de l‘économie croate en général a augmenté de 30 %”.
De plus, les autorités croates s’efforcent aujourd’hui d’attirer un maximum d’investissements directs étrangers, dans le secteur du tourisme déjà bien développé, mais pas seulement. “Sur les six à neuf derniers mois depuis l’entrée de la Croatie dans l’Union, plusieurs entreprises européennes ont décidé de créer de nouvelles activités dans le pays”, souligne de son côté, Damir Novinic, directeur général d’Aik-Invest.
Autre perspective réjouissante pour la Croatie : en devenant Etat-membre, le pays a multiplié par sept ses possibilités d’accès aux fonds européens même s’ils ne seront disponibles que prochainement. Cette manne représente un potentiel d’un milliard et demi d’euros – soit deux points de PIB supplémentaires – par an jusqu’en 2020.

Pour avoir un éclairage plus large, nous avons rencontré Boris Vujcic. Gouverneur de la Banque nationale croate, il a participé aux négociations d’adhésion de son pays sur les questions de fiscalité et de finances. Face aux évolutions demandées par l’Union, Boris Vujcic reconnaît qu’“il y a eu des malentendus et des différences de points de vue avec Bruxelles, mais nous avons dû faire encore plus d’efforts pour expliquer à nos concitoyens que des changements étaient nécessaires, pourquoi ils devaient être faits dans un certain délai et au final, pourquoi les choses ne sont pas si mauvaises pour le pays contrairement à ce que l’on pouvait croire au départ”, poursuit-il avant de conclure : “nous n’avions pas d’autre alternative valable que d’adhérer : quand on est un petit pays aux frontières d’une Union européenne aussi vaste, l’adhésion a du sens et je pense que d’autres pays candidats sont sensiblement dans la même logique”.

Parmi ces candidats, il y a la Serbie par exemple. Belgrade a officiellement entamé les négociations d’adhésion au début de l’année. Les réformes structurelles qui lui sont demandées concernent la gouvernance économique ou encore la réconciliation avec ses voisins.
D’ailleurs, l’ouverture des négociations a été rendue possible par les accords signés à Bruxelles en avril 2013. Ainsi, Belgrade ne reconnaît toujours pas l’indépendance du Kosovo, mais les relations avec Pristina sont normalisées.
D’un point de vue pratique, les négociations sont divisées en 35 chapitres pour les 35 règles de droit communautaire. Aujourd’hui, pour environ la moitié des chapitres, la première phase d’examen analytique est achevée ou en cours. Elle sera suivie de l‘étape décisive de vérification que les réformes demandées sont effectivement mises en œuvre. Bruxelles et Belgrade devront encore trouver un terrain d’entente sur les chapitres considérés comme les plus sensibles : le pouvoir judiciaire et les droits fondamentaux, la liberté et la sécurité publique ou encore le contrôle financier.
La crise économique qui frappe l’Europe a de plus poussé les instances européennes à se montrer encore plus rigoureuses concernant le respect des critères d’entrée dans l’Union. Pour autant, d’après Branko Ruzic, ancien ministre serbe en charge de l’adhésion, “pour la Serbie et pour tous les autres pays de la région, c’est une bonne chose parce qu’on doit être très pragmatique et voir où est notre intérêt”, indique-t-il, “des critères plus stricts nous préparent encore mieux à tous les défis qui nous attendent”.

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