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Interview - L'armée des ombres derrière Louis Castel

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Interview - L'armée des ombres derrière Louis Castel

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Louis Castel est un soldat de fiction créé par le Mémorial de Caen. Il a envoyé son premier message le 19 décembre dernier et témoigne depuis au jour le jour, sa vie de français engagé dans l’armée américaine, prêt à aller libérer la France.

Après avoir suivi sa vie quotidienne depuis des semaines, contacter Franck Moulin, directeur de la communication au Mémorial de Caen, l’un des acteurs de l’ombre qui font parler Louis Castel, est déroutant : sa voix enjouée et passionnée devenant celle de Louis… La même sensation que de se retrouver devant l’acteur d’un film muet se mettant soudain à parler.

> Live-tweet de Louis Castel à suivre à partir de cette nuit 1h30 sur Facebook et Twitter.

Comment est née l’idée d’un personnage de fiction racontant sa vie de soldat ?
Nous travaillons à l’anniversaire du 70è anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie depuis deux ans. Nous avons évidemment élaboré les éléments classiques d’un tel événement : les expositions temporaires, les parcours muséographiques.
Mais dès le début nous avons pensé qu’il fallait en plus un projet innovant et nouveau pour toucher les plus jeunes et élargir notre public. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournés vers les réseaux sociaux.
L’un d’entre nous avait entendu parler de l’expérience Léon Vivien. On avait beaucoup aimé ce que le Musée de la Grande Guerre avait fait. Cependant, dès la conception, nous avons cherché à donner à notre personnage une dimension beaucoup plus dynamique. Il utilise donc les outils d’aujourd’hui mais en écrivant et en vivant à l’instant T il y a exactement 70 ans.

Quelle valeur a guidé le choix de ce format nouveau ?
Ce format nous permet de diffuser au mieux l’objet même du Mémorial : nous travaillons toujours à hauteur d’homme. Nous ne sommes pas là pour relater un énième récit militaire de la guerre. Nous nous préoccupons beaucoup du sort des civils. Nous pouvons ainsi nous concentrer sur les émotions d’un homme, des émotions fortes : la peur bien sûr car Louis va véritablement vivre la guerre.

> NDLR D’autres éléments de réponse seront ajoutés dans les jours à venir pour ne pas révéler le suspens du live-tweet du Débarquement et du sort de Louis Castel dans les heures à venir…

Louis Castel a-t-il existé ?
Louis est inspiré d’un vétéran que nous connaissons très bien au Mémorial de Caen, Bernard Dargols. Le point de départ du récit de Louis se trouve dans la vie de Bernard Dargols mais dès le début leurs histoires bifurquent. Il était évident pour nous que Louis devait débarquer le 6 juin, quand Bernard a, lui, foulé de nouveau le sol français le 8 juin. Dès New York, ils n’embarquent pas sur le même bateau. Mais c‘était intéressant de partir de la vie de Bernard Dargols, un GI français à la vie incroyable. Nous pouvions aussi ainsi le faire parler en français et en anglais afin de toucher les Britanniques et les Américains.

Avez-vous écrit le scénario entier avant le lancement ?
Non, nous écrivons véritablement au fil de l’eau. Nous savions juste qu’il débarquerait le 6 juin. Nous avancions toutes les quinzaines, voire chaque semaine lorsqu’on bloquait. Certaines périodes nous ont demandé un gros travail de documentation, comme les entraînements sur les plages anglaises. Nous avons dû contacter le Devon Heritage Center, le D-Day Museum ainsi que les Imperial War Museums. A ce moment-là, nous pouvions n’avoir que deux jours d’avance.

70ème Anniversaire du Débarquement Allié

Combien êtes-vous à faire vivre Louis Castel ?
Nous sommes six. Christophe Prime, historien spécialisé en société et culture des années 40, nous aide à vérifier la véracité de nos messages. Emmanuel Thiébot, responsable des collections au Mémorial, s’occupe des objets. Marie-Claude Berthelot, responsable des archives, s’occupe de l’iconographie. Nous avons aussi recruté Stéphane Lamache, historien free-lance, spécialisé dans la Bataille de Normandie. Enfin, nous sommes deux ‘community managers’, Aurélie Misery et moi-même. Les historiens écrivent « l’histoire historique », vérifient les faits et Aurélie et moi écrivons la trame et postons les messages.
Cela représente un travail colossal, beaucoup plus gros que ce nous avions imaginé au départ. Les internautes nous poussent à être extrêmement rigoureux.

Une anecdote en illustration : les casques américains étaient usinés en continu et n‘étaient pas exactement identiques selon leur date de fabrication. Un tout petit détail, comme une couture sur la bride, peut permettre de le dater. Nos internautes sont capables de relever ces détails et de dire si un casque a été fabriqué en février ou mars 1944. Nous faisons vérifier par les historiens tout ce que nous postons.

On finit par se prendre pour Louis Castel (rires) ! On se prête vite au jeu ! C’est d’autant plus vrai pour Aurélie et moi qui sommes les administrateurs des comptes Facebook et Twitter. Sur Facebook, les postes sont datés en 1944 ; nous ne pouvons donc pas programmer les postes. Pour cette raison, nous avons dû prendre des tours les week-ends.

Les messages ne sont qu’un point de départ. Dès qu’un message est posté, le temps de rafraîchir la page et il y a déjà 20 ou 30 « j’aime » et des messages auxquels il faut répondre. Particulièrement au début, certaines remarques ou questions d’internautes nous obligeaient à nous appeler les uns les autres pour trouver la réponse, vérifier un élément.

Quelles relations les internautes entretiennent-ils avec Louis Castel ?
Ce sont des relations d’amitié. Cela nous a beaucoup surpris. Ils lui parlent beaucoup, notamment par message privé. Ils lui disent « on est avec toi ! » ou « comment va ta mère ? » Ce sont de vrais rapports de camaraderie. Les plus fidèles, le noyau de ceux qui osent écrire à Louis, sont les plus actifs. Nous répondons à chaque message.
Nous recevons aussi des témoignages. Nous les transférons à nos historiens pour qu’ils voient s’ils peuvent s’en inspirer.
Une autre surprise fantastique est la relation que nous avons nouée avec certaines écoles primaires qui ont fait de Louis un projet pédagogique. Nous sommes allés à leur rencontre. Nous n’avions pas anticipé cette possibilité.

Vous allez live-tweeter le Débarquement de Louis. Etes-vous prêts pour ce marathon ?
Ah, tout est déjà prêt depuis un moment. Nous étions obligés de tout préparer en amont. Je ne sais pas si ça se ressent mais pour nous oui : on sent la pression qui monte !