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Près de Dunkerque, des réfugiés s'entassent dans le "camp de la honte"

On l’a surnommé le “camp de la honte”. Près du port français de Dunkerque, quelque 3000 réfugiés vivent dans des conditions inhumaines. Ceux qui ont

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Près de Dunkerque, des réfugiés s'entassent dans le "camp de la honte"

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On l’a surnommé le “camp de la honte”. Près du port français de Dunkerque, quelque 3000 réfugiés vivent dans des conditions inhumaines. Ceux qui ont honte sont venus aider. Un autre campement humanitaire plus digne est en cours de construction. L’Etat français et l’Europe prendront-ils leurs responsabilités ? C’est ce qu’espèrent les associations sur place.

La journée commence dans un local de l’association Salam à Grande-Synthe près de Dunkerque. Des bénévoles dont Françoise Lavoisier viennent chercher des affaires pour les migrants installés dans un campement de fortune monté sur la commune. “Au mois de janvier 2015, on avait sur le camp, entre 60 et 100 personnes, nous indique-t-elle, et là, c’est passé progressivement à 2500 ou 3000 ; donc il faut pouvoir s’adapter.”

Nous accompagnons son équipe dans ce camp situé sur un terrain boisé inondable. Des centaines de personnes – pour la plupart, Kurdes de Syrie et d’Irak – s’y sont installées ces deux derniers mois. Un afflux qu’il faut tenter de canaliser. Des trafiquants d‘êtres humains se seraient infiltrés parmi les réfugiés. Les forces de l’ordre contrôlent toutes les personnes qui entrent.

Une décharge à ciel ouvert

A l’intérieur, nous découvrons des toiles de tente plantées dans la boue et entourées de déchets. Ce lieu qui ressemble à une décharge à ciel ouvert a été surnommé le “camp de la honte” et rappelle la jungle de Calais qui se trouve à 40 kilomètres de là. Des conditions choquantes d’abord pour les occupants des lieux : un homme nous explique être venu là pour fuire l’organisation Etat islamique et non pas pour se retrouver dans une telle misère. “Jamais on pourrait imaginer qu’en Europe au XXIème siècle, il existe un endroit comme celui-là, assure-t-il, il n’y a pas d’endroit comme cela nulle part ailleurs dans le monde.”

Des associations ont tiré la sonnette d’alarme. Ce qui a permis de mobiliser davantage – notamment d’autres ONG – pour fournir des produits de première nécessité à des migrants qui pour beaucoup, ne sont là qu’en transit, Londres étant la destination tant espérée.

En attendant, il faut leur apporter un peu de dignité. Une mission que devrait assumer l’Etat français selon ces bénévoles. “Ce qu’on fait c’est l’Etat qui devrait le faire, affirme Françoise Lavoisier. L’Etat se repose sur nous, ce n’est pas à nous de faire, ce n’est pas à la ville d’investir je ne sais combien de millions, on supplée l’Etat,” renchérit-elle.

Pour l’instant, l’Etat a offert un peu de soutien et fait tout pour que ce camp ne devienne pas permanent. Des humanitaires britanniques n’ont pas eu le droit de faire entrer sur la zone, du matériel destiné à construire des abris plus solides. “Nous avons là, des équipements qu’on a dû faire entrer en douce parce que la police ne nous autorise pas à les avoir sur le site,” nous indique l’un d’entre eux.

Insécurité et insalubrité

La veille, une fusillade a eu lieu dans le camp entre deux bandes de trafiquants présumés. Le niveau de sécurité sur place pose question pour les réfugiés comme pour les bénévoles. Pas de quoi faire renoncer Marcus Wells, l’un des volontaires britanniques : depuis décembre, ce propriétaire de magasin de Bristol est venu plusieurs fois dans le camp. Il s’efforce de mieux comprendre ceux qu’il aide. “Dans ces groupes de gens, il y a probablement 80% d’hommes jeunes, précise-t-il. Quand Daesh contrôle un nouveau territoire, ces jeunes dès qu’ils ont plus de douze ans doivent faire un choix : rejoindre Daesh ou mourir et leurs parents leur disent de s’en aller, raconte-t-il avant d’ajouter : Hier, j’ai parlé à un jeune de quinze ans et à son frère de 14 ans et je leur ai demandé : “Qu’est-ce que votre mère vous a dit ?” Ils m’ont répondu que leur mère avait dit : “Partez !” C’est pour cela qu’ils sont tout le temps avec leur portable, qu’ils le chargent parce qu’ils veulent parler à leur mère,” dit-il.

Devant l’ampleur de la tâche, notamment pour mettre en place de meilleures conditions d’hygiène, d’autres organisations sont donc venues en renfort comme Médecins sans frontières. Depuis trois semaines, des sanitaires supplémentaires ont été installés. Aujourd’hui, le camp dispose de 60 toilettes et de 48 douches. Ce qui reste insuffisant pour plus de 2500 migrants. Les équipes médicales s’inquiètent par ailleurs de la présence de maladies qu’on voit très rarement en France.

“Les principaux motifs de consultation dans notre clinique sont dus aux conditions de vie ici, déclare Samuel Hanryon de Médecins sans Frontières. Il s’agit de maladies ORL : rhinopharyngite, rhume, infections respiratoires ; arès, on a aussi beaucoup de cas de gale en ce moment qui reflètent aussi les conditions d’hygiène déplorables dans lesquelles vivent les personnes sur le site, poursuit-il. Pour nous, ce qui est très préoccupant depuis la semaine dernière, c’est qu’ily a eu des cas de rougeoles aussi bien sur Calais que sur Grande-Synthe et donc, on va devoir lancer une campagne de vaccination parce que la rougeole est une maladie très contagieuse et qui peut avoir des complications mortelles dans certaines situations,” souligne-t-il.

Un nouveau camp humanitaire aux normes du HCR

Pour améliorer l’accueil des migrants, un autre camp est en train d‘être construit à proximité : il sera aux normes du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Une première en France. Seront ainsi érigés dans les prochaines semaines, 500 tentes chauffées, des sanitaires, des cuisine, des lieux de vie, le tout raccordés à l‘électricité et au sec.

Médecins sans frontières finance le projet à hauteur de deux millions d’euros. La Ville de Grande-Synthe verse 500.000 euros. Quant à l’Etat et à l’Europe, ils n’accordent que très peu de fonds. “C’est frustrant que nous, au tant qu’ONG internationale habituée à travailler à l‘étranger sur des terrains de conflit, de catastrophe humanitaire, d‘épidemie, on en soit amener à construire un camp de réfugiés pour 2500 personnes en France qui est l’un des pays les plus riches du monde, lance Samuel Hanryon, Médecins sans Frontières, cela peut paraître effectivement un peu surréaliste.”

A la mairie de Grande-Synthe, on a milité pour que ce nouveau camp voit le jour. Le maire dit lui aussi se sentir seul face à cette situation : Damien Carême espére une aide plus importante de l’Etat et de l’Europe. Il indique aussi que le transfert des migrants vers le nouveau site ne se fera pas comme à Calais où les autorités ont fait évacuer et détruire des camps par la force. “Je ne veux pas mettre des gens dans des fourgons de police pour aller les amener quelque part parce que le déménagement n’est pas une opération policiere, ce n’est pas un démantelement, c’est un démenagement, assure Damien Carême. Il faut que les associations leur fassent comprendre qu’ils vont devoir bouger parce que les conditions de vie vont être meilleures à côté, dit-il avant d’ajouter : Après, je demanderai l‘évacuation du premier terrain, mais je pense qu’on arrivera à leur faire comprendre que c’est dans leur intêret, c’est dans l’intêret humanitaire, dans l’intêret de chacun de déménager.”

Londres dans toutes les têtes

Mais le nouveau site, de nombreux migrants n’ont pas tellement envie de le rejoindre. Hawree est dans le premier camp depuis deux mois, il a essayé 17 fois de passer en Grande-Bretagne en se cachant dans des camions la nuit pour tenter de traverser la Manche. Il craint que l’autre site soit davantage contrôlé par la police. “De 7h du soir à 8h du matin, le nouveau camp sera fermé, insiste-t-il. La police nous interdira de sortir et nous, on voudra sortir le soir pour réessayer d’arriver de l’autre côté ; nous, on n’est pas venu pour rester là dans le camp,” affirme-t-il.

L’un des amis d’Hawree a justement réussi à passer de l’autre côté : il avertit le groupe par téléphone. Un motif d’espoir qui pousse ces hommes à tenter une nouvelle fois leur chance et bien d’autres à rejoindre le camp de Grande-Synthe. “Mon ami est à Londres maintenant ; la nuit dernière, il était avec moi et maintenant, il est là-bas !” s’enthousiasme Hawree.