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Clotilde Armand, passionaria française à l'assaut de la corruption en Roumanie

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Clotilde Armand, passionaria française à l'assaut de la corruption en Roumanie

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Au départ, c’est une histoire d’amour : un homme et une femme, une femme et un pays.
Clotilde Armand est française, originaire de Vichy, elle a 42 ans et vient d’obtenir la deuxième place aux élections municipales de Bucarest, dans le secteur 1.

Après 17 ans passés en Roumanie, elle a obtenu la nationalité en novembre dernier, et veut, désormais changer le pays, lutter, avec son nouveau parti, contre un système rongé par la corruption. Une démarche à la résonnance toute particulière en ces temps agités en Europe :


“Nous avons démontré qu’il est possible de lutter et que l’implication de chacun fait la différence. Lorsque nous nous sommes lancés dans cette aventure, le parti est très jeune hein, c’est un parti qui a été créé en décembre 2015, il y a quelques mois, beaucoup nous ont dit, mais vous êtes Don Quichotte, vous luttez contre les moulins à vent, le système est beaucoup trop puissant, vous n’y arriverez pas. Et nous, nous avons démontré, avec très peu de moyens, qu’il est possible de changer les choses, qu’il ne faut pas être résigné, la politique n’est pas un domaine qui est réservé uniquement au système, ce n’est pas un domaine qui est l’apanage de ceux qui ont décidé de prendre en otage le pays, non, la démocratie peut jouer en notre faveur, on peut croire en la démocratie”.

Pendant ses études au Massachusetts Institute of ­Technology (MIT) aux Etats-Unis, Clotilde Armand rencontre son futur mari, Sergiu Moroianu, un chercheur en mathématiques roumain, et le couple s’installe en Roumanie en 1999. Elle, est aujourd’hui ingénieur, et dirige les filiales roumaine et bulgare de la société française d’ingénierie Egis.



C’est en décembre qu’elle décide de se lancer en politique avec “L’Union Sauvez Bucarest”, l’USB, un parti indépendant, sans étiquette et sans notoriété, tout juste créer.


“J’ai commencé personnellement ma campagne quelques semaines, en gros, six semaines avant l‘échéance. C’est beaucoup trop difficile six semaines pour se faire connaître, en sachant que les télévisions ne nous ont pas beaucoup aidés, les télévisions, souvent, font partie du système. Nous n’avions pas le droit de mettre de bannières, nous étions extrêmement limités sur les moyens de communication. Et atteindre une partie de la population dans ces circonstances a été extrêmement difficile, nous nous sommes focalisés sur les réseaux sociaux et sur la rue”.


Avec son roumain au fort accent français, elle arpente la rue pendant des semaines pour faire campagne, parler aux gens et les convaincre qu’un autre système est possible. Que la corruption n’est pas une fatalité dans un pays où pourtant 6 des 7 maires élus en 2012 ont des démêlés judiciaires.

Véritable passionaria, Clotilde Armand dénonce haut et fort ce que tout le monde sait dans le pays :


“Si vous étiez resté avec moi, à mes côtés, pendant ma campagne dans la rue, vous auriez vu les réactions des gens. Les gens ont perdu toute estime pour le pouvoir politique qui n’a aucun sens de l’honneur, des hommes politiques se proposent à nouveau comme candidat avec aucune alternative, alors qu’ils ont volé, et qu’ils n’ont aucun scrupule. ‘Ce sont des petits problèmes avec la justice’, voilà, ce que dit la classe politique. Tous leurs abus, leurs abus qui ont tué des gens, car il faut le dire, la corruption tue, tous leurs abus de ces dernières années, ils appellent ça “des petits problèmes avec la justice”, c’est ce qui est scandaleux, donc les gens ne sont pas lassés de la politique, ils sont révoltés”.

“Les choses en Roumanie se voient de manière beaucoup plus claire, c’est-à-dire, qu’on voit que la corruption tue des vies humaines. En Europe, les choses sont un petit peu différentes parce que l’action de la classe politique ne tue pas des personnes directement, mais elle tue l’identité des peuples. La classe politique a laissé tomber les peuples européens pour des intérêts divers et variés, les multinationales, leurs intérêts propres, ils ont sacrifié l’identité de l’Europe, ils ont laissé les valeurs traditionnelles, comme le travail, ne plus être reconnues comme des valeurs et, pour cela, la classe politique s’est séparée de la vraie volonté des peuples. Ils sont guidés par des intérêts mesquins et par le temps politique au lieu d‘être guidés par de vraies perspectives à long terme de nos nations, c’est là où ils se sont décrédibilisés”.


Sa deuxième place aux élections locales a créé un choc qui se répand très vite sur les réseaux sociaux roumains, où Clotilde Armand est désormais présentée comme une possible futur Premier ministre. Dans tous les cas, son parti sera en lice pour les législatives de novembre.


L’USB est issu de l’association “Sauvez Bucarest”, que dirige Nicusor Dan, mathématicien, et personnalité très active de la société civile, qui se fait petit à petit un nom dans la classe politique roumaine. Il est arrivé lui aussi deuxième dans la course à la mairie générale de Bucarest.

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