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Controverse après la mort d'une trentaine de migrants à la frontière entre l'Espagne et le Maroc

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Par Stephane Hamalian  & Euronews  avec AFP
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Des migrants traversant le grillage de l'enclave espagnole de Melilla, le 24 juin 2022
Des migrants traversant le grillage de l'enclave espagnole de Melilla, le 24 juin 2022   -   Tous droits réservés  Javier Bernardo/Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved.

Qui est responsable du drame de Melilla du 24 juin dernier ? Ce jour-là, environ 2000 migrants ont tenté d'entrer par la force dans l'enclave espagnole au Maroc ; une tentative qui a fait une trentaine de morts.

Les images des autorités marocaines montrent ces migrants, majoritairement issus d'Afrique subsaharienne, tentant de grimper par dizaines sur le grillage séparant le Maroc du territoire espagnol de Melilla, jusqu'à ce qu'ils s'effondre sous leur poids. Au même moment, les forces espagnoles tiraient en leur direction des gaz lacrymogènes.

Cette tentative de passage en force a fait 23 morts parmi les migrants, selon les autorités marocaines, "au moins 37", selon des ONG.

Rabat affirme que les victimes ont péri dans des bousculades, et en chutant de cette grille métallique ; une version contredite par des images rapidement apparues après le drame, avec des corps jonchant le sol dans des mares de sang, et des policiers marocains faisant un usage brutal de la force.

Sujet sensible entre Madrid et Rabat

La justice marocaine a engagé des poursuites contre 65 migrants en situation irrégulière, en majorité des Soudanais, qui ont pris part à cette tentative de traversée.

Le sujet est très sensible entre le Maroc et l'Espagne, car Madrid compte sur son voisin maghrébin pour contenir cette pression migratoire.

Sur ce drame, le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a pointé la responsabilité de Rabat, avant de nuancer son propos en disant "reconnaitre les efforts du Maroc" pour gérer les migrants.

Le Maroc, gendarme migratoire de l'UE ?

Les associations qui représentent les communautés subsahariennes dénoncent cette situation, estimant que le Maroc joue le rôle de gendarme de l'UE. Ils étaient devant le parlement à Rabat vendredi.

"Nous avons émis des recommandations aux autorités marocaines, qui sont chargées de mettre en place une enquête indépendante pour identifier les responsables de ce massacre, mais surtout pour l'identification de toutes les dépouilles, afin de rendre leurs corps à leurs proches ou de les enterrer dans des conditions humaines" a déclaré Mamadou Diallo, coordinateur du Collectif des communautés subsahariennes au Maroc.

"Nous demandons l'arrêt de la politique migratoire financée par l'Union européenne" a-t-il ajouté.

À Madrid, plusieurs centaines de personnes ont repris les slogans du mouvement "Black Lives Matter" et scandé "Aucun être humain n'est illégal !", "Les antiracistes sont là !" ou encore "Union européenne, responsable criminelle !" et brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Les frontières tuent".

Ce nouveau drame migratoire aux portes de l'UE survient après que Madrid et Rabat ont normalisé à la mi-mars leurs relations à la suite d'une brouille diplomatique de près d'un an à propos de la question du territoire disputé du Sahara occidental.

Pour Madrid, cette normalisation a pour but principal de s'assurer de la "coopération" de Rabat dans le contrôle de l'immigration illégale.

Le bilan humain de ce drame est le plus lourd jamais enregistré aux frontières entre le Maroc et Ceuta et Melilla, les seules frontières de l'UE sur le continent africain, et il a provoqué l'indignation internationale, avec notamment des propos d'une sévérité rare de la part de l'ONU, ainsi que l'ouverture de deux enquêtes en Espagne et une mission d'information au Maroc.