L'art au Qatar : de nouveaux musées et expositions mettent en lumière la riche histoire de la région

Par Miranda Atty et Aadel Haleem
L'art au Qatar : de nouveaux musées et expositions mettent en lumière la riche histoire de la région
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L'arrivée de la Coupe du monde 2022 a donné une impulsion au Qatar pour lancer un tout nouveau programme artistique et culturel, avec des musées en construction et des expositions qui voient le jour un peu partout dans tout le pays.

Le tout est placé sous la bannière "Qatar Creates", qui expose clairement l'intention du pays : consolider son rôle de centre culturel dans la région.

Alors que tous les regards sont tournés vers le Qatar pendant la Coupe du monde, l'État du Golfe veut également partager ce coup de projecteur avec les pays de la région MENASA, qui comprend le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Asie du Sud. 

Mathaf : un nouveau regard sur l'art moderne et contemporain arabe

Nous sommes en plein milieu de la Coupe du monde de football et pour de nombreux visiteurs, l'une des attractions hors football concerne les nouvelles expositions au musée Mathaf. À quelques pas du stade Education City, ce musée arabe d'art moderne a récemment dévoilé quatre expositions contemporaines. 

L'exposition de l'artiste palestinien Taysir Batniji intitulée "Aucune condition n'est permanente" est consacrée aux 25 ans de sa carrière, fortement influencée par ses propres luttes et son expérience personnelle.

"Quand vous regardez de loin, vous ne voyez qu’un papier blanc. Mais lorsque vous vous approchez, vous pouvez apercevoir des formes, des personnes, des dessins et des gravures réalisés à la main. En fait, ce sont des photos du mariage de mon frère", explique Taysir Batniji. 

L'artiste palestinien confie que la mort de son frère en 1987, au début des manifestations de la première Intifada en Cisjordanie et seulement deux ans après son mariage, l'a profondément affecté.

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L'exposition de l'artiste palestinien Taysir Batniji intitulée "Aucune condition n'est permanente".euronews

"Cette notion de disparition a profondément marqué mon travail, comme d'autres concepts tels que le déplacement, l'identité et la mémoire. Parce que toutes ces notions sont tirées de mon expérience de vie de Palestinien. Ainsi, je pense que comme tout artiste dans le monde, vous trouvez votre "inspiration", ou vous essayez d'intégrer dans votre travail, le contexte dans lequel vous vivez ou auquel vous êtes confronté", confie l'artiste palestinien qui a mis une partie de sa vie dans ses oeuvres. 

"Il a utilisé beaucoup d'installations très poétiques qui tentent de raconter l'absurdité de la situation pour quelqu'un qui, comme lui, essaie continuellement de retourner en Palestine sans y parvenir", nous explique Zeina Arida, directrice du musée Mathaf. 

Rendre hommage au "travail invisible"

À travers ces quatre nouvelles expositions très différentes, l'idée est surtout de montrer qu'il n'existe pas une seule voix ou perspective arabe.

A ce titre, le parcours de Sophia Al-Maria jusqu'à sa première exposition au musée Mathaf est très intéressant. L'artiste américano-qatarie a travaillé dans ce musée de 2007 à 2011 et elle y revient en tant que commissaire d'exposition.

"C'est complètement surréaliste d'avoir travaillé dans une institution, où je ne me considérais pas comme une artiste et où personne ne me voyait comme une artiste. Et puis, y revenir plus de dix ans plus tard avec une exposition. C'est comme un rêve", confie Sophia Al-Maria. 

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Sophia Al Maria, commissaire d'exposition et artisteeuronews

"Travaux Invisibles, la Thérapie par le Rêve" est la première exposition personnelle d'Al-Maria dans un musée au Moyen-Orient. L'artiste tient à mettre en avant le travail essentiel des personnes "invisibles"

"Avec cette exposition, je veux mettre en lumière le travail qui est souvent invisible derrière la création artistique, mais aussi le travail qui est souvent invisible dans les hôtels ou dans les différents projets municipaux qui se développent en permanence dans toutes les villes du monde", dit Sophia Al-Maria.

L'association des arts

La troisième exposition s’intitule "Un Tigre ou un Autre", ici les commissaires Tom Eccles et Mark Rappolt ont réussi à associer des objets historiques à l'art contemporain. 

Ce projet fait partie de la nouvelle initiative de Mathaf appelée Rubaiyat Qatar : à partir de 2024, le pays se transformera tous les quatre ans en un véritable centre d'art contemporain arabe. Cette initiative s'inscrit dans le cadre des "Années de la Culture" des musées du Qatar.

"Le principal objectif est de faire connaître le Qatar au monde et d'amener le monde au Qatar. Pour cela, nous construisons des ponts culturels. Nous nous réunissons autour des piliers de la culture, que ce soit la mode, les arts, la gastronomie, le cinéma, la littérature ou les sciences", fait savoir Aljazi Al Khayareen, coordinatrice de l'initiative "Années de la culture".

De l'autre côté du musée, la galerie Majaz, célèbre le travail d'artistes du Qatar et de la région, qui ont participé au programme "Artist in Residence" de la caserne de pompiers de Doha depuis ces cinq dernières années.

L’art traditionnel de décoration des camions indiens et pakistanais est représenté ici par des peintures sur les murs des immeubles du quartier d'Al Mansoura. 

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Fresque sur l'art de la décoration des camions pakistanais et indien - Qatareuronews

"Je pense que les Pakistanais mettent vraiment leurs camions en valeur en les décorant pendant plusieurs semaines. Alors qu'en Inde, les camions sont décorés plus rapidement. L'art pakistanais est extrêmement détaillé, tandis que le style indien est un peu plus graphique, un peu plus vif, mais ça reste très beau", dit Farid Bawa, fondateur de All India Permit.

Musée Lusail

Cette année au Qatar, il n'y a pas seulement des expositions à découvrir. Les musées du pays ont également dévoilé toute une série de nouveaux contenus artistiques, dont plus de 200 artéfacts du futur Musée Lusail. 

L'exposition "Contes d'un Monde Connecté" n'est qu'un aperçu de la vision du futur Musée Lusail, allant des idées pour sa conception architecturale aux pièces historiques rares.

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Maquette du projet du musée Lusaileuronews

"Ça commence avec une galerie sur la découverte de l'orientalisme puisque la principale collection du musée a été conçue à partir de l'art orientaliste des artistes européens du XIXème siècle qui ont voyagé en Orient", explique Kholood Al Fahad, conservatrice au musée Lusail

L'exposition contient plusieurs œuvres de la collection Lusail, toutes inspirées des thèmes du mouvement, de l'identité et de l'échange. 

On y trouve des sculptures, des peintures et même des accessoires de films du XXème siècle, comme le long métrage "Antoine et Cléopâtre", sorti en 1972.

Bien que le début de la construction du musée Lusail soit prévu pour 2023, cette exposition a le mérite de faire voyager le visiteur, depuis les vestiges archéologiques du site initial aux maquettes du nouveau musée.

L'art de la"fabrication du pain"

Un autre musée en construction est le Art Mill (Moulin à Art), qui propose également une exposition en avant-première.

L'exposition du musée Art Mill se déroule dans deux lieux séparés : à la maison du patrimoine Al Najada et dans les anciens moulins à farine du Qatar.

Les moulins occupent une place essentielle dans la culture locale et ils sont vraiment mis en valeur ici. 

Dans cette exposition, vous pouvez entendre le bruit des machines qui tournent, et regarder des vidéos de la fabrication du pain. Et ces sacs remplis de farine font désormais partie du décor. Sept artistes ont été chargés de montrer les pièces qui auront un jour leur place définitive ici.

Le Musée d'art islamique : un incontournable

Même si l'accent a été mis sur les prochains musées à venir, l'espace artistique le plus célèbre du pays, le Musée d'art islamique, a fait peau neuve avec une approche plus ambitieuse.

L'objectif est de relier les différents courants de l'histoire de l'Islam et de contextualiser les thèmes abordés dans chaque galerie.

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Musée d'art islamique au Qatareuronews

"Nous sommes restés fermés pendant 18 mois pour changer pas mal d’éléments. Ainsi, nous avons modifié la muséographie des galeries. Nous avons introduit un nouveau parcours de visite, présenté des histoires de fond et essayé d'organiser une promenade autour de cela... afin que les visiteurs puissent réellement en apprendre davantage sur l'art, la culture et l'histoire du Moyen-Orient", a expliqué Julia Gonnella, directrice du Musée d'art islamique.