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Nij, village de traditions oudines


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Nij, village de traditions oudines

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En Azerbaïdjan, dans le village de Nij, les habitants sont en majorité des descendants d’un peuple qui vivait jadis en Albanie caucasienne. Il s’agit des Oudines, l’une des populations les plus anciennes du Caucase. Ils restent attachés à leurs traditions et à leur langue.

On trouve les premières traces des Oudines dans les écrits d’Hérodote datant du Vème siècle avant notre ère. Aujourd’hui, ils sont plusieurs milliers disséminés à travers le monde et plus de 4000 résident à Nij qui se situe non loin de la capitale de l’ex-royaume de l’Aghbanie ou Albanie caucasienne. “Ce royaume était composé de 26 tribus”, nous explique Oleg Danakiri, directeur du Centre culturel oudi, “celle des Oudines était la plus puissante, ils avaient leur religion, leur Bible, leur langue et leur alphabet”.

Depuis des siècles, les Oudines sont très majoritairement chrétiens. Ils sont parvenus à maintenir leur foi vivante lors de la période soviétique. “En tant qu’Oudines, nous sommes un peuple très singulier”, souligne Robert Mobili, responsable de la communauté chrétienne oudine, “notre langue fait partie d’une famille de langues caucasiennes très peu répandues : on appartient à la branche orientale du christianisme et aujourd’hui, notre but”, ajoute-t-il, “c’est de rétablir le statut indépendant de l‘église albanienne en Azerbaïdjan”.

Les symboles chrétiens restent omniprésents dans la vie quotidienne. Ils figurent notamment sur les costumes des musiciens traditionnels. L’un d’entre eux, Karlen Shirvari, nous présente ce qui figure sur le manteau de son collègue : sur son torse, on retrouve “l’ancienne croix de l’Albanie caucasienne et dans le dos, il y a un soleil d’où partent huit flèches”, détaille-t-il avant de poursuivre : “il symbolise le pèlerinage en Terre sainte, cela signifie que la personne qui a cet emblème sur son costume a été baptisée là-bas”.

Passons aux traditions culinaires avec la préparation du plat traditionnel nommé Afar. Après bénédiction de la pâte, on élabore une sorte de pain aux orties, une plante sauvage riche en vitamine C. “C’est ma mère qui m’a appris à faire ce plat”, déclare une habitante, Rita Danakiri, “elle l’avait appris de sa mère et aujourd’hui, je montre comment faire à ma fille, la préparation de l’Afar est loin d‘être facile, les Oudines le cuisinent depuis toujours”, conclut-elle. Un livre réunissant une centaine de recettes typiquement oudines est en cours d‘élaboration au sein du village.

Les Oudines parlent azéri, mais s’expriment le plus souvent dans leur langue. Enseignée à l‘école, elle a évolué avec le remplacement de l’ancien alphabet par les lettres latines. De nouveaux manuels scolaires en oudine sont publiés chaque année par cette enseignante qui travaille également pour des dictionnaires en ligne.

L’oudi, c’est “la langue de Dieu” selon un poète que nous rencontrons dans le village. Depuis toujours, il dit y puiser son inspiration. Nous l’accompagnons chez lui alors qu’il compose un poème qu’il dira à sa mère pour son anniversaire. “Ma langue maternelle, c’est ma muse”, insiste Grigori Meshari, “ces sonorités sont tellement parfaites : elle me permet de transcrire la beauté de notre monde”.

Mais un peu plus loin, un mariage se prépare. Comme le veulent les traditions oudines, des jeunes filles rompent le pain au-dessus de la tête de la mariée pour l’inviter à veiller sur son foyer, le marié lui est rasé par un barbier payé par les invités. Son intervention s’avère essentielle. “Tout homme est d’abord un bébé, puis un enfant et ensuite, un adolescent”, indique le jeune marié Aleksandr Kankalov, “mais la seule manière de devenir adulte, c’est de se marier et en rasant le marié, on marque le passage à la vie d’adulte : c’est le symbole de son nouveau statut d’homme”, dit-il. Autre coutume qui remonte au temps où les hommes chassaient pour nourrir leur famille : tirer sur une cible comme un oignon accroché dans un arbre. Une occasion de mesurer son adresse.

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