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Citoyens européens, Irlande du Nord : le Brexit inquiète toujours


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Citoyens européens, Irlande du Nord : le Brexit inquiète toujours

Il y a un an, une majorité de Britanniques décidait dans les urnes de quitter l’Union européenne. Et même si le Brexit ne se fera pas du jour en lendemain, les conséquences de cette décision aujourd’hui irréversible se font déjà sentir, sans parler du sentiment d’incertitude chez de nombreux Britanniques et citoyens de l’UE. À la frontière entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, les habitants redoutent l’instauration d’une frontière étanche entre leurs deux pays.

En annonçant que les ressortissants de l’Union déjà installés au Royaume-Uni depuis cinq ans pourront y rester après le Brexit, Theresa May a peut-être apaisé certaines craintes. Mais les modalités précises sont encore floues. Et qu’en est-il de l‘économie ? Imaginez que vous êtes un entrepreneur britannique, les produits que vous devez importer d’Europe deviennent plus chers avec la chute de la livre. Votre entreprise survivra-t-elle ? Et si vous êtes en Irlande du Nord, pourrez-vous commercer librement avec votre voisin en République d’Irlande ? Notre équipe a sondé des citoyens concernés au Royaume-Uni et en Irlande.

Sueurs froides chez les travailleurs européens et les entreprises

À Londres, notre reporter Valérie Gauriat a rencontré des travailleurs et chefs d’entreprise britanniques, mais aussi originaires du Portugal ou de Roumanie qui craignent de faire les frais du Brexit.

Pendant que les uns ne veulent pas renoncer à la vie qu’ils se sont construites au Royaume-Uni, des employeurs redoutent de ne plus trouver de main-d’oeuvre dans certains secteurs. Plus généralement, les entreprises craignent l’instauration de droits de douane avec l’Union européenne.

Ulster et Irlande : la frontière de la discorde

Sur l‘île d’Irlande passera bientôt la frontière extérieure de l’Union, l’Irlande du Nord est censée quitter l’UE et la République d’Irlande a vocation à continuer d’en faire partie. Selon toute vraisemblance, le Brexit mettra fin à la libre circulation des biens et des personnes à leur frontière. L’accord de gouvernement signé par Theresa May avec les unionistes du DUP pérvoit une aide supplémentaire d’un milliard de livres pour soutenir l‘économie de l’Ulster.

Cela suffira-t-il à apaiser toutes les craintes ? Car la politique pourrait noircir davantage le tableau. Les appels à la réunification de l’Irlande se feront-ils plus pressants ? Des tensions vont-elles ressurgir ? Après tout, l’Accord de paix du Vendredi saint repose sur l’hypothèse que l’Irlande et l’Irlande du Nord font partie de l’UE. Notre reporter Hans von der Brelie a allé prendre la température sur place.

"Vers un ralentissement de la croissance britannique"

Pour aller plus loin sur ces sujets, nous avons interrogé Charles Grant, spécialiste des relations entre le Royaume-Uni et l’UE.

Selon lui, Theresa May est forcée d’adoucir sa ligne sur le Brexit. Il estime que les propositions de la Première ministre britannique sur les “droits des citoyens de l’UE en Grande-Bretagne “sont à peu près conformes à ce qu’imaginait l’UE”. Et il ajoute : “Le désaccord entre les deux parties n’est pas si grand en fait et ce sera l’une des questions les plus faciles à résoudre parce que des deux côtés – pour les trois millions de citoyens européens installés en Grande-Bretagne et pour les un ou deux millions de Britanniques vivant dans l’Union -, il y a tellement de bonnes raisons pour lesquelles un accord doit être trouvé, pour rassurer ces personnes très, très inquiètes pour leur avenir : je crois que dans un mois ou deux, une solution sera trouvée.”

Quant à l’avenir de la frontière entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, il juge un regain de tensions “possible”. “Si on a de nouveau ces contrôles, dit-il, ce sera une provocation aux yeux des nationalistes extrémistes qui réclameront une Irlande unifiée et si on construit des postes-frontières, je sais qu‘à Dublin, on craint que des terroristes puissent les incendier ou les faire sauter. C’est une très bonne raison pour ne pas avoir de postes-frontières, mais aussi pour que la Grande-Bretagne reste dans l’union douanière européenne,” conclut-il.