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Reprise post-Covid : l'économie européenne rebondit, mais les risques demeurent

Par Naomi Lloyd  & Cyril Fourneris
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Après de longs mois de crise liée à la pandémie de Covid-19 et une profonde récession, l'économie européenne devrait conserver sa dynamique de croissance en 2022 et au-delà. Selon les dernières prévisions économiques de la Commission européenne, le PIB devrait progresser de 5% cette année au sein de l'Union européenne et de la zone euro. Une prévision supérieure à celle de 4,8% établie précédemment.

Reprise pandémique et perturbations dans l'approvisionnement

En 2022, l'embellie devrait se maintenir avec une croissance de 4,3% avant de laisser la place à une projection plus maussade de 2,5% dans l'Union et 2,4% dans la zone euro avec malgré tout, des disparités selon les pays.

Mais - et c'est important - tout dépendra de l'évolution de la pandémie de Covid-19. La hausse des contaminations a fait vaciller les marchés et de nouvelles restrictions pourraient pénaliser l'activité et les entreprises risquent d'être frappées par les problèmes d'approvisionnement.

Parmi les États membres, l'Italie se distingue avec une prévision de croissance de 6,2 %, mais dans le pays, les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement pourraient comme ailleurs, menacer la reprise. C'est ce que craignent des fabricants de vélos implantés dans la première région industrielle d'Europe dans le nord de l'Italie.

Comment répondre à la hausse de la demande ?

Atala est l'un des plus grands fabricants italiens de vélos. Nous visitons son usine en Lombardie où il produit des vélos électriques haut de gamme. L'entreprise a vu la demande exploser de 60 % depuis la crise du Covid, mais dans le même temps, les matériaux importés sont devenus plus chers et les délais, parfois ingérables.

"En moyenne, nous avons augmenté la production de 36 % en 2020 et en 2021, on devrait être autour de 10 ou 15 % de croissance," précise Massimo Panzeri, PDG d'Atala. "Cela aurait pu être plus en 2021, mais le manque de composants réduit notre potentiel d'expansion," fait-il remarquer.

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Pour Massimo Panzeri, PDG d'Atala, le manque de composants entrave le développement de son entrepriseeuronews

Le choix de la relocalisation

Investir dans la mobilité durable est une priorité du plan de relance européen. Atala espère en bénéficier pour relocaliser depuis la Turquie, une partie de ses activités. Mais cela ne résoudra pas tous ses problèmes d'approvisionnement.

"Si nous rapatrions la soudure ou la peinture, mais qu'il manque les tiges d'aluminium ou la fibre de carbone, des matériaux pour les cellules de batteries ou l'acier qui n'est pas produit en Europe, alors on ne fait que déplacer le problème," affirme Massimo Panzeri. "Il faut donc réfléchir, de mon point de vue, au niveau politique et européen parce que le changement ne doit pas se limiter à une partie de la chaîne, il faut qu'il commence au point de départ, au niveau de la matière première," estime-t-il.

Les pénuries font craindre une accélération de l'inflation. L'Italie est de loin, le pays de l'UE qui investit le plus dans son économie : au total, 235 milliards d'euros sur 5 ans dont 191 milliards du fonds de relance de l'UE. Elle a reçu la première tranche de 25 milliards en août dernier.

Recherche et développement : "Faire revenir les jeunes"

À Turin, une entreprise d'un autre secteur d'activité est animée du même désir d'investir dans l'avenir. Argotec produit des microsatellites spatiaux. L'un d'eux LICIACube participe actuellement à la déviation d'un astéroïde par la NASA.

Pour répondre à la forte demande dans l'industrie spatiale, l'entreprise entend doubler ses effectifs à court terme et souhaite que davantage soit fait pour retenir les jeunes talents.

"L'économie notamment italienne - comme on peut le voir à travers les statistiques, analyses et projections - connaît une forme de renaissance : l'important dans ce cas est de penser à l'avenir et penser à l'avenir signifie investir," souligne David Avino, PDG d'Argotec. "Ce que nous voulons avec le gouvernement, c'est avoir la capacité de faire revenir ces jeunes qui pour certaines raisons, partent faire de la recherche et développement à l'étranger," indique-t-il.

Favoriser l'environnement commercial est l'une des priorités du plan de relance européen avec la mobilité verte, les énergies renouvelables et le numérique.

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L'entreprise Argotec compte doubler ses effectifs à court termeeuronews

Laurence Boone de l'OCDE : "Les économies européennes se portent plutôt bien"

Avec la reprise rapide de l'activité économique, les goulets d'étranglement en matière d'approvisionnement et la hausse des prix de l'énergie ont alimenté l'inflation. Dans la zone euro, fin 2020, elle s'établissait à - 0,3 %. Mais elle a grimpé à 2,8 % au troisième trimestre 2021. L'an prochain, elle devrait atteindre 2,4 % et 2,6 % pour l'ensemble de l'Union européenne.

Pour avoir une perspective mondiale sur ces prévisions économiques européennes, nous avons interrogé la chef économiste de l'OCDE, Laurence Boone.

Naomi Lloyd, euronews :

"Nous faisons face à une flambée des cas de Covid-19. Quelles conséquences pour la reprise en Europe ?"

Laurence Boone, chef économiste de l'OCDE :

"La reprise européenne est bien engagée, mais évidemment, ce contexte ajoute de l'incertitude à ces prévisions."

Naomi Lloyd :

"Quand au sein de l'OCDE, vous comparez l’Europe au reste du monde, que constatez-vous ?"

Laurence Boone :

"Les économies européennes se portent plutôt bien par rapport aux autres pays dans leur ensemble. Il était très intéressant d'observer comment les différents pays ont protégé leurs citoyens en Europe. Ce que les gouvernements ont fait, c'est de payer les entreprises pour qu'elles conservent leurs salariés. Donc quand l'économie a pu redémarrer, on recommence immédiatement à travailler. Aux États-Unis, c'est très différent. Les gouvernements ont envoyé des chèques aux ménages, donc ils touchent de l'argent, mais ils n'ont plus d'emploi. Ce que nous observons aujourd'hui, c'est que le marché du travail s'est presque rétabli en Europe et qu'il est encore à la peine aux États-Unis."

"Le nouveau variant pourrait retarder ou vraiment ralentir la reprise"

Naomi Lloyd :

"Redoutez-vous le nouveau variant et ses implications pour l'économie ?"

Laurence Boone :

"Je crois qu'on peut le voir de deux manières : soit il pourrait légèrement retarder la reprise et augmenter les tensions au niveau des chaînes d'approvisionnement, soit c'est un variant plus problématique et il pourrait vraiment ralentir la reprise et de manière assez surprenante, entraîner une chute des prix."

Naomi Lloyd :

"Dans quelle mesure êtes-vous inquiète de l'envolée actuelle de l'inflation ?"

Laurence Boone :

"Si nous réussissons à résoudre la situation sanitaire d'ici à l'été et que les choses redeviennent normales, alors nous sommes relativement confiants dans le fait que les tensions en matière d'approvisionnement commenceront à s'estomper et que l'inflation diminuera progressivement. Si nous ne parvenons pas à maîtriser la situation sanitaire et que les tensions se poursuivent en 2022 - 2023, on pourra davantage craindre que cette pression inflationniste ne se poursuive."

"Lors de cette crise, nous sommes parvenus à protéger les citoyens et les entreprises"

Naomi Lloyd :

"Enfin, avons-nous des choses à célébrer en ce Noël ?"

Laurence Boone :

"Oui, nous avons des choses à célébrer. Premièrement, quand on y pense, il y a un an, on venait de nous dire qu'un vaccin avait été découvert en l'espace de neuf mois. Habituellement, il faut dix ans pour en élaborer un. Lors de cette crise, nous sommes parvenus à protéger autant que possible, les citoyens et les entreprises. De plus, il n'y a jamais eu autant de sensibilisation à l'égard des enjeux climatiques. Donc je pense que nous sommes sur la bonne voie."

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Silvia Lizardo

Sources additionnelles • Production : Camille Cadet ; équipe de tournage : Pierre Holland & Eric Wathieu (Bruxelles), Vincent Kelner & Nicolas Personne (Paris) et Giampiero Gandolfo & Stefano Sala (Italie) ; motion design : NEWIC