À l’occasion de SIAL Paris 2026, l’India Trade Promotion Organisation a placé l’agriculture durable, l’émancipation des femmes et l’évolution des relations avec l’Europe au cœur du récit agricole et alimentaire de l’Inde.
Lors de l’ouverture de SIAL Paris 2026, en présence de la ministre française Anne Genevard et d’un public international, Jawed Ashraf a évoqué une révolution agricole en cours dans toute l’Inde. Portée par les petits agriculteurs, elle repose, selon lui, sur la diversité, la résilience, la durabilité et une plus grande autonomie. Ces thèmes étaient au cœur du pavillon indien, qui arborait un titre évocateur : « Feeding Our Tomorrow » (« Nourrir notre avenir »).
En tant que président de l’India Trade Promotion Organisation (ITPO), Jawed Ashraf a dirigé la participation de l’Inde en tant que pays partenaire du salon, organisé à Paris Nord Villepinte du 17 au 21 octobre 2026. Il connaît bien la capitale française : il a été ambassadeur de l’Inde en France et à Monaco de 2020 à 2024 et a été élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Plus de 140 exportateurs indiens étaient présents au pavillon, avec des démonstrations culinaires en direct et un programme consacré aux protéines végétales, à l’agriculture portée par les femmes et aux exportations de riz.
Un secteur agricole tourné vers la durabilité
Jawed Ashraf a décrit une évolution vers une agriculture plus durable et plus résiliente face au changement climatique, reposant sur une utilisation réduite des produits chimiques et une meilleure traçabilité. Drones, capteurs, intelligence artificielle et Internet des objets (IoT) aident les agriculteurs à gérer plus efficacement l’eau, les engrais et la protection des cultures. Un atout croissant alors que les phénomènes météorologiques extrêmes exercent une pression grandissante sur la production alimentaire.
Les enjeux dépassent largement les frontières de l’Inde. Nourrir une population mondiale en augmentation, dans un contexte de dérèglement climatique, de perturbations commerciales et d’inflation, exigera de nouvelles approches. L’Inde produit déjà des céréales, des fruits, des légumes, des produits laitiers, de la viande et des produits de la mer pour environ un sixième de l’humanité. Pour Jawed Ashraf, cette capacité de production, associée à des méthodes plus durables, fait partie des réponses possibles à ce défi.
2026 : l’année internationale des agricultrices
Les Nations unies ont proclamé 2026 Année internationale des agricultrices. Jawed Ashraf a saisi cette occasion pour souligner le rôle des femmes dans la transformation de l’agriculture indienne. De nombreuses organisations de producteurs agricoles sont créées et dirigées par des femmes. Elles contribuent à augmenter les revenus des ménages tout en renforçant l’autonomie des femmes et leur influence au sein de leurs communautés.
L’une d’entre elles a fait le voyage jusqu’à Paris. Priyanka Rhushikesh Mohite, originaire de Nashik, dans l’État du Maharashtra, est pilote certifiée de drones agricoles. Son mari, conseiller agricole, a entendu parler d’un programme du gouvernement indien destiné à former des femmes en milieu rural au pilotage de drones : le Namo Drone Didi Scheme. Elle a candidaté, obtenu une place et suivi un mois de formation à Pune. Elle pilote des drones depuis août 2024.
Les gains concrets sont considérables. Son drone permet de pulvériser des nano-engrais et de semer des graines. Auparavant, l’arrosage d’un acre de terre prenait une journée entière et nécessitait environ 200 litres d’eau. Avec le drone, explique-t-elle, l’opération ne prend plus que sept à huit minutes et consomme 10 litres d’eau.
Mais la technologie ne représente qu’une partie de son histoire. « Je suis une simple femme au foyer », explique-t-elle. Devenir pilote lui a permis de se forger sa propre identité, de gagner le respect de sa communauté et d’encourager d’autres femmes à suivre la même voie. Avant 2024, elle n’aurait jamais imaginé pouvoir se rendre à Paris. Elle a remercié l’ITPO de lui avoir offert cette opportunité.
Un accord commercial aux retombées plus larges
Un accord de libre-échange (ALE) réduit ou supprime les droits de douane sur une large gamme de marchandises et fixe des règles destinées à faciliter les échanges transfrontaliers. Les négociations de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde ont abouti en janvier 2026, et sa signature est attendue d’ici la fin de l’année. Cet accord s’inscrit dans la continuité des arrangements commerciaux conclus par l’Inde avec le Royaume-Uni et l’Association européenne de libre-échange (AELE), qui ont ouvert de nouvelles perspectives aux produits alimentaires indiens grâce à des droits de douane nuls ou réduits.
Jawed Ashraf estime que les retombées pourraient profiter aux agriculteurs ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises (PME), à condition que ces acteurs répondent aux exigences des marchés et parviennent à accéder aux acheteurs européens. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié l’accord de « mère de tous les accords ». Jawed Ashraf y voit un partenariat entre deux économies représentant quelque deux milliards de personnes, fondé sur des valeurs communes telles que la démocratie et l’État de droit.
Les perspectives de coopération dépassent largement le secteur alimentaire. Selon Jawed Ashraf, les exportations indiennes vers l’Europe ont progressé de plus de 100 % en dix ans, tirées notamment par l’électronique, les machines, les équipements électriques et les téléphones mobiles. Les prochaines étapes pourraient concerner l’intelligence artificielle, les équipements de fabrication avancés pour les centres de données, les énergies propres, la mobilité verte, les produits biopharmaceutiques et les minéraux critiques. Les technologies numériques, la défense, l’éducation et la recherche scientifique font également partie des domaines de coopération envisagés. La sécurité énergétique constitue une autre préoccupation commune, et Jawed Ashraf considère l’énergie nucléaire comme un domaine dans lequel les deux partenaires pourraient approfondir leur collaboration.
Il indique que les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Europe ont presque doublé en dix ans et que les investissements européens en Inde sont passés de 80 à 140 milliards en quatre ans. En France, les échanges bilatéraux de marchandises ont atteint environ 13,6 milliards d’euros en 2025-2026, et 38 entreprises du CAC 40 sont présentes en Inde.
« Un accord de libre-échange est un levier », résume Jawed Ashraf. Il appartient désormais aux exportateurs et aux organismes de promotion du commerce de transformer ce potentiel en débouchés commerciaux concrets.
Des matières premières aux marques
Pour les exportateurs alimentaires indiens, l’enjeu consiste à aller au-delà des volumes et des prix. Jawed Ashraf souhaite voir davantage de produits indiens s’imposer durablement sur les marchés européens. Pour y parvenir, les entreprises doivent maîtriser les normes européennes, renforcer leur logistique et développer des produits capables de se démarquer en rayon.
À SIAL, l’accent a été mis sur les produits conditionnés, les plats prêts à consommer et les produits haut de gamme. Cette stratégie s’appuie également sur une meilleure traçabilité et sur les indications géographiques, qui identifient les produits associés à un territoire particulier. Parmi les exemples présentés figurent le piment Naga et le makhana de Mithila, les graines comestibles de la plante communément appelée noix de renard.
L’ITPO envisage également d’ouvrir des bureaux dans plusieurs villes européennes. Francfort, Paris, Milan et Rotterdam figurent parmi les options à l’étude.
Prendre son envol
Le parcours de Priyanka Rhushikesh Mohite, devenue pilote de drones agricoles, illustre concrètement les changements en cours. Son drone est un outil de travail qui améliore les pratiques agricoles. Mais il lui a aussi permis d’acquérir un métier, de faire entendre sa voix et d’imaginer de nouvelles perspectives pour les femmes de sa communauté.
Pour l’Inde, le défi consiste désormais à étendre ces avancées à plus grande échelle, tout en renforçant la présence de ses producteurs alimentaires sur les marchés européens.