La hausse des prix de l'énergie a ravivé les craintes d'inflation, tandis que les doutes sur les dépenses d'IA ont pesé sur les valeurs technologiques ; les investisseurs se sont réfugiés dans les obligations américaines et le coût d'emprunt de la France est resté au-dessus de 5 %.
Les Bourses asiatiques évoluaient pour la plupart en baisse vendredi, après la dernière vague de ventes sur les valeurs de l'intelligence artificielle qui a pesé sur les marchés du monde entier et valu à l'indice élargi S&P 500 sa pire séance depuis juillet.
Les prix du pétrole se maintenaient à leurs plus hauts niveaux depuis mai, sur fond d'inquiétudes liées à la guerre avec l'Iran, le Brent s'échangeant à 113,73 dollars le baril en début de séance vendredi, en hausse de 0,5 % après un bond de 4 % la veille. Le Brent a terminé à 113,17 dollars jeudi. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, gagnait 0,6 % à 100,08 dollars le baril.
Le pétrole a rebondi jeudi, des attaques meurtrières en Arabie saoudite ravivant la crainte qu'un conflit régional de grande ampleur ne perturbe davantage l'offre mondiale d'énergie.
À cette prime de risque s'ajoute l'envolée des coûts de transport, qui renchérit la livraison de pétrole.
À la mi-octobre, le coût du transport de brut du golfe Persique vers l'Asie sur un grand pétrolier avait dépassé 37 dollars le baril, soit plus de cinq fois son niveau d'avant le début de la guerre, selon MarketWatch.
Les prix du gaz ont aussi bondi. Les contrats à terme de novembre sur le TTF néerlandais, référence européenne, se sont échangés jeudi au-dessus de 90 € le mégawattheure.
Les craintes liées au développement de l'IA pèsent sur les marchés actions
Jeudi, aux États-Unis, le S&P 500 a reculé de 1,2 %, tandis que le Nasdaq Composite a chuté de 2,6 %. La faiblesse des valeurs technologiques a été telle qu'elle a masqué la bonne tenue du reste du marché américain, où la majorité des actions ont pourtant progressé. L'indice Dow Jones a gagné moins de 0,1 %.
Les actions liées à l'IA sont chahutées, les investisseurs craignant que leur boom ne soit menacé par le coût devenu élevé de l'emprunt pour construire des centres de données et acheter davantage de puces d'IA. Ils redoutent que les cours aient grimpé trop haut au terme de plusieurs années de frénésie, même si les entreprises du secteur continuent d'annoncer de la croissance.
Meta Platforms, qui développe son agent d'IA Muse, a perdu 7 % après avoir publié un chiffre d'affaires trimestriel supérieur aux attentes des analystes, mais un bénéfice inférieur aux prévisions. La maison mère de Facebook et Instagram a aussi indiqué qu'elle allait créer une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote, afin de disposer d'un mode de financement supplémentaire pour ses investissements dans l'IA et d'autres dépenses, tout en préservant les droits de vote des actionnaires existants.
Tesla a cédé 3,1 % après avoir dégagé au troisième trimestre un bénéfice supérieur aux attentes, mais un chiffre d'affaires inférieur aux prévisions.
La vague de ventes mondiale sur les valeurs de l'IA a fait reculer Nvidia de 4,4 %. Comme le géant des puces est la plus grande capitalisation de Wall Street, les mouvements de son cours pèsent davantage sur le S&P 500 que ceux de n'importe quel autre titre, et il a constitué le principal frein à l'indice.
CoreWeave, qui s'endette pour acheter des puces d'IA Nvidia et en louer l'accès via ses services de cloud, apparaît particulièrement fragile ces dernières semaines en raison des inquiétudes sur sa dette. Le titre a chuté de 10,1 %.
Les valeurs technologiques seront de nouveau au banc d'essai la semaine prochaine, quand Microsoft, Amazon et Alphabet publieront leurs résultats. La prochaine décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) sur ses taux d'intérêt est également attendue mercredi 28 octobre.
Les inquiétudes sur le marché obligataire
Les inquiétudes sur le marché obligataire
Les craintes liées à l'ampleur des dettes publiques et à la tension sur les budgets planent sur de nombreuses économies développées. En France, les manifestations à travers le pays accentuent la pression sur le gouvernement pour qu'il augmente les dépenses, ce qui pourrait encore alourdir la dette.
Le rendement de l'obligation française à 10 ans tournait autour de 5,07 % en fin de séance jeudi, contre 3,34 % pour son équivalent allemand, soit un écart d'environ 173 points de base. Le taux italien à 10 ans évoluait autour de 4,61 %.
Les peurs liées à la dette et à l'inflation avaient alimenté une importante vague de ventes sur les marchés obligataires mondiaux, poussant les rendements des bons du Trésor américain à leurs plus hauts niveaux depuis des décennies.
Mais les rendements américains ont nettement reculé jeudi, les investisseurs se tournant vers les obligations d'État des États-Unis à la recherche d'actifs jugés plus sûrs alors que les valeurs de l'IA dégringolaient.
Le rendement de l'emprunt américain à 10 ans est tombé à 4,97 %, contre 5,13 % mercredi soir et plus de 5,30 % au début du mois. La baisse quotidienne de 16 points de base représente un mouvement marqué pour ce taux de référence.
Le repli des rendements jeudi est intervenu alors même qu'un autre indicateur laissait penser que l'économie américaine se portait mieux que prévu par les économistes. Les nouvelles demandes hebdomadaires d'allocations chômage ont diminué de 6 000 pour s'établir à 194 000, leur plus bas niveau depuis juillet, ce qui suggère que les licenciements restent limités.
Les investisseurs surveilleront aussi vendredi les premières enquêtes d'activité des entreprises pour la zone euro, le Royaume-Uni et les États-Unis, à la recherche de signes sur l'impact de la hausse des prix de l'énergie et des coûts d'emprunt sur la croissance.
Sur le marché des changes en début de séance vendredi, le dollar américain montait à 156,93 yens, contre 156,77 yens. L'euro restait stable à 1,1215 dollar. La livre sterling s'échangeait à 1,3391 dollar.
Les contrats à terme sur l'or reculaient de près de 1 % à 4 020,20 dollars l'once.