Inégalité salariale dans l’UE : les femmes perdent 358 milliards d’euros par an, soit près de 3 900 € chacune, plusieurs pays ayant manqué la date limite de la directive sur la transparence des salaires
L'écart de rémunération entre les femmes et les hommes dans l'UE est une réalité, et les chiffres montrent qu'il coûte cher.
Selon Eurostat, le salaire horaire brut des femmes est en moyenne inférieur de 11,1 % à celui des hommes, ce qui signifie que pour 100 € gagnés par un homme dans l'Union, une femme n'en perçoit que 88,9 €.
Rapporté à l'année, l'écart est encore plus parlant : en moyenne, une femme est payée près de 3 900 € de moins qu'un homme par an dans l'UE, selon des estimations de la Confédération européenne des syndicats (CES), également fondées sur les données d'Eurostat.
Cela signifie que les 92,5 millions de femmes qui travaillent dans l'UE perdent collectivement plus de 358 milliards d'euros par an.
« Le coût des mesures de transparence salariale est faible pour les entreprises, mais cette analyse montre que l'inaction des gouvernements nationaux coûtera des milliards de salaires aux travailleuses », a déclaré la secrétaire générale de la CES, Esther Lynch.
La directive européenne sur la transparence salariale s'applique aux entreprises d'au moins 100 salariés ; cette estimation concerne donc cette partie de la main-d'œuvre féminine, soit 43 millions de femmes.
Le Luxembourg est le seul pays de l'UE où les femmes sont mieux payées que les hommes, avec un gain d'environ 474 € par an.
En Finlande (7 592 €), en Autriche (6 854 €), en Allemagne (6 049 €) et en Suède (5 116 €), une femme salariée perd en moyenne plus de 5 000 € par an.
La perte annuelle dépasse également la moyenne européenne (3 881 €) en Estonie (4 967 €), en France (4 536 €), en Tchéquie (4 499 €) et en Irlande (4 129 €), tous au-dessus du seuil des 4 000 €.
Les pertes estimées s'élèvent à 3 684 € aux Pays-Bas, 3 487 € en Slovaquie, 3 405 € à Chypre, 3 181 € en Hongrie, 2 856 € en Lettonie, 2 591 € en Grèce, 2 404 € en Lituanie, 2 245 € en Slovénie et 2 005 € en Espagne.
Le montant le plus faible est enregistré en Belgique, avec seulement 322 €. Il reste également sous la barre des 1 000 € en Roumanie et en Pologne.
Parmi les quatre grands pays de l'UE, l'Italie affiche le niveau le plus bas, à 1 557 €.
La directive européenne sur la transparence salariale peut réduire l'écart de rémunération
La directive européenne sur la transparence salariale vise à renforcer la transparence des salaires et à s'attaquer à l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes. Elle devait être transposée au plus tard le 7 juin 2026, mais la plupart des États membres n'ont pas respecté l'échéance.
« C'est totalement inacceptable alors que les femmes subissent déjà depuis des décennies des discriminations salariales. La culture du secret qui a permis à des conseils d'administration dominés par les hommes de pratiquer ces discriminations pendant si longtemps doit cesser », a insisté Lynch.
Selon les estimations de la CES, l'impact serait significatif : même une réduction de 10 % de l'écart changerait la donne, puisqu'une femme salariée gagnerait alors en moyenne environ 672 € de plus par an.
Le gain serait le plus élevé en France, avec 1 069 €, suivie de l'Irlande, avec 1 033 €.
Une femme salariée verrait aussi sa rémunération augmenter en Finlande (963 €), en Allemagne (867 €), en Italie (847 €) et au Danemark (802 €).
Le gain annuel serait le plus faible en Pologne, à 221 €, car l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes y est plus réduit.
La secrétaire générale adjointe de la CES, Isabelle Schömann, a également averti que tout gouvernement qui continuerait à se soustraire à son obligation légale de mettre en œuvre cette directive s'exposerait à des poursuites en justice.
L'écart de rémunération entre les femmes et les hommes au sein de l'UE varie fortement, allant de -0,8 % au Luxembourg à 18,8 % en Estonie.