La France, l'Allemagne et l'Espagne réduisent les taxes sur les carburants, accordent des aides et modifient les règles énergétiques face à la flambée de l'essence et du diesel, tandis que l'UE craint des restrictions américaines sur les exportations de diesel.
Les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine poussent les gouvernements partout en Europe à instaurer des subventions, modifier la fiscalité et revoir leurs politiques afin de protéger leurs économies, leurs entreprises et les ménages face à des prix de l'essence et du diesel qui battent des records.
Des pays dans le monde entier sont intervenus pour limiter l'impact économique de la raréfaction des approvisionnements énergétiques et de l'envolée des prix des carburants depuis le début de la guerre en Iran, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Sept des dix pays ayant pris le plus de mesures pour contenir les dégâts économiques se trouvent dans l'Union européenne (UE), indique l'OCDE dans un rapport publié mercredi.
Avant que les États-Unis et Israël n'attaquent l'Iran, la guerre menée par la Russie en Ukraine avait déjà perturbé les approvisionnements énergétiques mondiaux et semé le chaos en Europe. L'UE importe presque tout le pétrole qu'elle consomme et 85 % de son gaz naturel. Au total, les importations couvrent 57 % des besoins énergétiques du bloc, une grande partie de l'énergie produite sur son territoire provenant de sources renouvelables et du nucléaire, selon l'office statistique de l'UE.
Les Européens sont de plus en plus exaspérés alors que les prix à la pompe atteignent des niveaux inédits dans certains pays. Les automobilistes de l'UE dépensent chaque jour 203 millions d'euros supplémentaires rien que pour le diesel, selon l'ONG Transport & Environment.
"C'est une cruelle ironie : les États-Unis sont les moins vulnérables à une crise qu'ils ont eux-mêmes provoquée, tandis que l'économie européenne encaisse de nouveau le choc", a déclaré Antony Froggatt, analyste au sein de l'organisation.
Plusieurs gouvernements européens dépensent des milliards pour aider leurs pays à traverser la crise énergétique actuelle.
Les dirigeants de l'UE à Bruxelles ont accordé aux États membres une marge de manœuvre temporaire pour accorder des aides d'État aux ménages et aux industries fortement consommatrices d'énergie, comme l'agriculture, les transports et la pêche.
Ils ont également assoupli, dans une certaine mesure, les règles budgétaires européennes pour les investissements qui renforcent la sécurité énergétique et réduisent la dépendance de long terme du bloc aux importations de pétrole et de gaz naturel.
"Les pressions liées à la hausse des prix de l'énergie et des coûts d'emprunt se font sentir pour les citoyens comme pour les entreprises", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans son discours annuel sur l'état de l'Union européenne la semaine dernière.
"Nous devons redoubler d'efforts en faveur d'une énergie abordable, produite chez nous et propre, qu'il s'agisse des renouvelables et du nucléaire, ou du biométhane et d'autres sources" afin "de garantir notre indépendance et de faire baisser les prix de l'énergie".
La France étend les aides pour les usagers du diesel et les gros rouleurs
La France a adopté une série croissante de mesures ciblées pour amortir la hausse des prix pour les consommateurs et les entreprises gourmandes en carburant.
Mardi, le gouvernement français a annoncé un paquet de 450 millions d'euros pour élargir ces dispositifs. Il a étendu les aides, modulées en fonction des revenus, aux personnes qui parcourent plus de 30 kilomètres aller-retour pour se rendre au travail ou plus de 8 000 kilomètres par an pour des motifs professionnels. Cette extension rend éligibles 5,5 millions de travailleurs à un versement de 100 euros pour les aider à couvrir leurs dépenses de carburant jusqu'à la fin de l'année, a indiqué le gouvernement.
Le nouveau paquet prolonge également les subventions sur le carburant pour les agriculteurs, les pêcheurs et les entreprises du bâtiment jusqu'à la fin de l'année. Des chèques énergie d'une valeur de 48 à 277 euros seront aussi versés avec trois mois d'avance pour aider 5,8 millions de foyers à payer leurs factures d'énergie cet hiver.
Le président français Emmanuel Macron a demandé à Ursula von der Leyen d'envisager un assouplissement des règles de l'UE sur la qualité des carburants, concernant notamment la densité, la teneur en soufre et d'autres critères, afin de favoriser une hausse de la production de diesel et de kérosène en Europe. L'UE avait pris une mesure similaire pendant la pandémie de COVID-19.
Dans une lettre adressée à l'exécutif européen, Macron a averti que le marché mondial du pétrole connaîtrait bientôt "de fortes hausses de prix" si le détroit d'Ormuz, au large des côtes iraniennes, ne rouvrait pas au trafic des pétroliers et si l'oléoduc est-ouest de l'Arabie saoudite vers la mer Rouge n'était pas réparé, selon l'agence Associated Press.
Il a également plaidé pour relever de 7 % à 10 % la limite européenne de teneur en biodiesel conventionnel dans le diesel standard.
L'Allemagne et l'Espagne réduisent les taxes sur les carburants
Une première série de réductions de taxes sur les carburants en Allemagne, prévue pour deux mois, a expiré fin juin. Le gouvernement a convenu la semaine dernière de reconduire ces baisses, qui feront diminuer les prix de l'essence et du diesel de 17 centimes par litre du 1er octobre jusqu'à la fin de l'année. Berlin estime que cette nouvelle réduction coûtera 2,5 milliards d'euros.
Le gouvernement a également indiqué qu'il engagerait des discussions avec l'industrie pétrolière en vue d'introduire, d'ici au 1er janvier, un plafonnement des prix des carburants. La Belgique et le Luxembourg appliquent des plafonds similaires depuis des décennies.
Le gouvernement espagnol a lui aussi prolongé les réductions de taxes sur l'essence et le diesel mises en place en mars dans le cadre d'un plan de 5 milliards d'euros (5,7 milliards de dollars) destiné à compenser les effets de la guerre en Iran sur les prix de l'énergie dans le pays.
Cette remise fiscale atteignait 5 centimes par litre ce mois-ci. Un mécanisme automatique la porterait à 20 centimes par litre si l'inflation annuelle des prix des carburants dépassait 15 %.
Le gouvernement a également prolongé les subventions sur le carburant pour les entreprises de transport, les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs.
Les États-Unis sont devenus l'un des principaux fournisseurs d'énergie de l'UE
Parallèlement aux programmes nationaux de soutien, les pays de l'UE ont puisé dans leurs réserves stratégiques dans le cadre d'un accord entre les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) pour mettre sur le marché 400 millions de barils de pétrole issus de leurs stocks d'urgence.
L'UE s'efforce de réduire sa dépendance à l'égard de l'énergie importée de Russie en produisant davantage d'énergies renouvelables et en convertissant équipements et industries des combustibles fossiles vers l'électricité.
Selon Ursula von der Leyen, une électrification accrue pourrait réduire de 260 milliards d'euros (296,6 milliards de dollars) par an, d'ici 2040, la facture de l'UE pour ses importations de pétrole, de gaz et d'autres combustibles fossiles.
Alors que l'UE cherchait à se détourner de l'énergie russe, elle est devenue plus dépendante des États-Unis. Ursula von der Leyen a conclu l'an dernier un accord avec le président Donald Trump prévoyant que l'UE achèterait, sur trois ans, pour 750 milliards de dollars d'énergie américaine.
La guerre en Iran a rendu cette relation à la fois plus vitale et plus complexe pour l'UE, qui se tourne de plus en plus vers les États-Unis pour ses approvisionnements en diesel. Le soutien affiché cette semaine par Donald Trump à une interdiction des exportations américaines de diesel, afin de faire baisser les prix intérieurs, inquiète le bloc, qui devrait alors trouver d'autres sources d'approvisionnement.
Bruxelles fait pression sur Washington pour qu'il abandonne ce projet de suspension des ventes de diesel à l'étranger.
"Nous pensons que c'est une mauvaise idée", a déclaré jeudi le porte-parole de la Commission européenne, Olof Gill. "La coopération énergétique entre l'UE et les États-Unis est forte, stable et mutuellement bénéfique. Toute perturbation risquerait d'avoir des conséquences négatives pour les deux parties."