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"Nous ne lâcherons rien" : les organisations lycéennes appellent à poursuivre la mobilisation

Des élèves bloquent l'entrée du lycée Voltaire à Paris pour protester contre le manque de moyens dans les établissements scolaires, 2 octobre 2026
Des élèves bloquent l'entrée du lycée Voltaire à Paris pour protester contre le manque de moyens dans les écoles, 2 octobre 2026 -  Tous droits réservés  AP Photo
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Par Nathan Joubioux & Gavin Blackburn
Publié le •Mis à jour
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Les représentants lycéens se sont dits déçus du manques de "mesures concrètes" du gouvernement. Ils se sont également désolidarisés de toutes les violences qui ont émaillé les rassemblements.

La mobilisation continue. Ce vendredi 2 octobre, de nombreux lycéens français se sont de nouveau rassemblés devant leurs établissements. Et la protestation ne semble pas faiblir : à la mi-journée, vendredi, le ministère de l'Éducation nationale a recensé 564 établissements qui ont fait, ou font, "l'objet d'actions ou de perturbations depuis le début de la journée". 400 établissement sont également restés fermés ce vendredi.

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Ce mouvement, qui a commencé la semaine dernière en région parisienne avant de se propager rapidement à l'ensemble du pays, voit des élèves de tous niveaux bloquer l'accès aux bâtiments.

Alors que les débordements et les heurts avec les forces de l'ordre se multiplient, les lycéens dénoncent des journées de cours jugées trop longues et des conditions d'accueil insuffisantes, avec, notamment, des salles de classe surchargées et vétustes. Ils demandent davantage de moyens pour l'Éducation, le remplacement de chaque professeur et la réforme de la plateforme Parcoursup.

Le gouvernement juge ces revendications légitimes, mais condamne ce qu'il décrit comme "des violences urbaines", décrivant désormais ces manifestations comme des émeutes.

"On en attendait un peu plus"

Au sortir d'une réunion au ministère de l'Éducation nationale, les organisations lycéennes ont appelé à "poursuivre la mobilisation" afin "de continuer à avoir un rapport de force, car c'est comme ça que se construit un mouvement social". "Nous ne lâcherons rien."

Surtout, ils se sont dis "déçus" par le manque de "mesures concrètes" proposés par Édouard Geffray, le ministre de l'Éducation nationale. "On en attendait un peu plus", ont-ils reconnu, appelant à poursuivre "le travail de fond auprès du ministère".

Ils ont également assurer se "désolidariser" des "violences urbaines" qui ont émaillé les différentes mobilisations

Mobilisation nationale

À Rennes, la tension était encore palpable devant le lycée Jean-Macé, ce vendredi, où des élèves vêtus de noir et cagoulés se tenaient non loin d'un important dispositif policier.

"Pour nous, on a gagné, notre lycée est fermé ce matin", explique Lola, 16 ans. Elle dénonce ce qu'elle considère comme des violences policières. "Cela nous met encore plus en colère, la police n'a pas le droit de nous frapper ni de nous lancer des gaz lacrymogènes."

La mobilisation des lycéens et des professeurs se mène également sur les réseaux sociaux. De nombreuses vidéos sont postées pour dénoncer les conditions dans lesquelles les lycéens doivent étudier, comme avec celle-ci, provenant du lycée Blaise Cendrars, à Sevran, en Seine-Saint-Denis.

Il y a deux ans, déjà, les élèves du lycée Paul Eluard, à Saint-Denis, dénonçaient la vétusté de leur établissement et constataient la présence de rats au sein de leur lycée.

Lycéens blessés

Les rues devant les établissements ont de nouveau été, ce vendredi, le théâtre de scènes violentes : actes de vandalisme, incendies de poubelles, adolescents affrontant et provoquant les forces de l'ordre. Des débordements parfois dus à des personnes extérieures à ces établissements.

À Paris, des incendies ont endommagé les entrées de deux lycées, Léonard-de-Vinci, dans le sud de la capitale, et Gaston-Bachelard, dans le sud-est. À Nantes, un incendie a détruit une partie du lycée Nelson Mandela, qui restera fermé au moins un mois. Quelque 100 établissements ont subi "de graves dégradations", a indiqué Édouard Geffray.

Les forces de l'ordre ont procédé à de nouvelles interpellations. Jeudi soir, Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, a recensé près de 2 000 arrestations, dont 90 % de mineurs, a précisé son homologue de la Justice, Gérald Darmanin.

Laurent Nuñez a dénoncé "une aggravation de la situation qui n'a plus rien de l'expression légitime de revendications lycéennes, mais présente désormais toutes les caractéristiques d'une situation de violences urbaines".

Dans le Val-d'Oise, un jeune de 14 ans a été blessé par un tir policier. Il souffre d'une double fracture de la mâchoire, a eu "toutes les dents cassées en haut et un bon nombre de dents cassées en bas". Il doit désormais subir une "intervention extrêmement lourde", a indiqué son avocate, précisant qu'il avait "cru mourir". Il communique désormais principalement par des gestes ou par écrit. Des faits qui ont poussé le Défenseur des droits à se saisir de l'affaire.

À Tours, un autre lycéen a été blessé à un œil. Au total, 160 élèves ont été blessés, parfois par d'autres manifestants, tout comme 235 personnes côté Éducation nationale et 65 personnels, a indiqué Édouard Geffray. Du côté des policiers, 305 policiers ont été blessés, a indiqué le ministère.

Des pompiers éteignent un incendie alors que des élèves protestent contre le manque de moyens dans les écoles, à Lyon, le 2 octobre 2026
Des pompiers éteignent un incendie alors que des élèves protestent contre le manque de moyens dans les écoles, à Lyon, le 2 octobre 2026 AP Photo

Le Syndicat de la magistrature (SM), deuxième organisation représentative des magistrats judiciaires, a dénoncé vendredi dans un communiqué la réponse des pouvoirs publics aux mobilisations, estimant que les méthodes de maintien de l’ordre n’étaient pas adaptées à un mouvement composé en grande partie de mineurs.

Le syndicat pointe notamment l’usage de gaz lacrymogènes, le recours à des armes dites de force intermédiaire et les conditions de certaines interpellations.

Mercredi, le ministère de l'Éducation faisait état de 119 élèves et personnels blessés depuis le début du mouvement, alors que l'IGPN, la police des polices, a été saisies à plusieurs reprises.

Prises de positions politiques

Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a déclaré que "le mouvement lycéen est pris en otage par des groupes ultra-violents en marge". "Les parents doivent clairement prendre leurs responsabilités et dire à leurs enfants de ne pas se rendre aux manifestations", a-t-il ajouté. "Ce qui compte désormais, c'est de faire en sorte que nos enfants ne soient plus dans la rue, car ils sont en danger."

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a indiqué avoir demandé aux procureurs de tenir les parents pour responsables des dégâts causés par leurs enfants pendant les manifestations et de les faire "payer les réparations". Il a également adressé une circulaire aux magistrats pour qu'ils "veillent à la comparution des parents à tous les stades de la procédure".

Le préfet des Pyrénées-Orientales a écrit un courrier en ce sens, demandant aux parents "d'exercer leur autorité parentale".

Les candidats qui cherchent à succéder au président Emmanuel Macron en mai se sont emparés de ces manifestations, devenues un enjeu politique majeur. Le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon s’est rangé du côté des étudiants et a dénoncé les actions de la police, les qualifiant de manifestations de "sauvagerie". La police est soupçonnée d’avoir utilisé des projectiles de dispersion, dont certains pourraient être à l’origine de blessures subies par des manifestants.

Les détracteurs de Jean-Luc Mélenchon accusent son parti d’attiser les violences et de chercher à tirer un bénéfice politique des manifestations.

La dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen a appelé à élargir les pouvoirs de la police face aux émeutiers. L'ex-Premier ministre Édouard Philippe a, lui, condamné ceux qui "cassent, brûlent ou agressent les gens".

De son côté, le président de la République a dénoncé des violences commises lors des manifestations et les tentatives de manipulation politique des jeunes manifestants.

Inquiétude autour du système éducatif

Les manifestations interviennent dans un contexte de préoccupations plus larges concernant l’école. En France, les inquiétudes concernant le système éducatif se sont également amplifiées. Certains estiment qu’il perd du terrain par rapport à ceux d’autres pays et qu’il ne remplit plus sa mission consistant à permettre aux enfants issus de milieux défavorisés de gravir l’échelle sociale.

Selon le dernier rapport PISA, qui évalue les élèves dans le monde entier, les écarts de niveau se creusent entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés, tandis que les résultats globaux en compréhension écrite et en mathématiques ont fortement chuté.

Le gouvernement a interdit les smartphones dans les lycées à la rentrée, les responsables affirmant que la suppression des écrans permettrait d’améliorer les apprentissages. Cette année, la France est également devenue le premier pays de l’Union européenne à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais la plus haute juridiction du pays a annulé cette mesure.

Sources additionnelles • AFP

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