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UE : la candidature du Monténégro freinée par la barrière linguistique

La commissaire européenne à l'élargissement Marta Kos serre la main du Premier ministre monténégrin Milojko Spajic à Podgorica, au Monténégro, jeudi 26 mars 2026.
La commissaire européenne à l'Élargissement Marta Kos, à gauche, serre la main du Premier ministre monténégrin Milojko Spajic, à Podgorica, le 26 mars 2026. -  Tous droits réservés  AP Photo/Risto Bozovic
Tous droits réservés AP Photo/Risto Bozovic
Par Luca Bertuzzi
Publié le
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Le Monténégro risque de ne pas traduire à temps toutes les lois de l'Union européenne (UE) pour son adhésion. La Commission européenne étudie une dérogation, permettant à Podgorica d'utiliser une autre langue de l'UE. Le croate serait le choix le plus évident.

Le Monténégro pourrait ne pas parvenir à traduire correctement l'ensemble des lois de l'Union européenne (UE) avant son adhésion au bloc. La Commission européenne étudie plusieurs options de dérogation temporaire, parmi lesquelles la possibilité de laisser le pays utiliser provisoirement une langue de l'UE déjà officielle.

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Le Monténégro vise à devenir le 28e membre de l'UE d'ici 2028. Mais il doit d'abord adopter et traduire l'acquis, ces dizaines de milliers de lois européennes qui constituent le cadre juridique du bloc. À Bruxelles, les doutes grandissent sur sa capacité à achever ce travail dans les temps.

"Le Monténégro devra produire des traductions de l'acquis dans sa langue officielle suffisamment tôt avant l'adhésion et devra former un nombre suffisant de traducteurs et d'interprètes nécessaires au bon fonctionnement des institutions de l'UE après son adhésion", indique le cadre de négociation du pays avec l'UE.

Podgorica a fortement investi dans ses capacités administratives et assure que le travail sera achevé à temps. Mais l'exécutif européen a commencé à envisager des plans de contingence, ont indiqué des responsables européens à Euronews.

La raison est que la Croatie exprime des inquiétudes sur la qualité de certains textes juridiques traduits. Zagreb est prise dans un différend bilatéral avec le Monténégro, qui pourrait retarder l'ensemble du processus d'adhésion.

Depuis l'adhésion de la Croatie, dernier pays entré dans le bloc, en 2013, le corpus législatif de l'UE a quasiment doublé.

Les pays candidats doivent traduire l'ensemble de la législation européenne pertinente dans leur future langue officielle. Les institutions de l'UE ne sont responsables que d'une vérification finale avant la publication au Journal officiel au moment de l'adhésion.

La traduction n'est qu'une partie de la préparation linguistique. Certaines lois doivent être adaptées au contexte institutionnel du pays candidat, par exemple en désignant quelles autorités seront chargées de la supervision.

"Les services de la Commission sont en contact régulier avec le Monténégro et évaluent le rythme des travaux à cet égard", a déclaré un porte-parole de la Commission à Euronews.

La Commission évalue plusieurs options de dérogation potentielle, dont celle qui permettrait au Monténégro d'utiliser une autre langue officielle de l'UE jusqu'à ce qu'il ait le temps de combler les lacunes et de traduire avec précision le reste de la législation.

Le choix reviendrait à Podgorica, mais le croate apparaît comme le candidat le plus évident. C'est la seule langue officielle de l'UE qui partage les mêmes caractéristiques essentielles et reste compréhensible pour un locuteur monténégrin.

"La langue monténégrine standard appartient au même continuum dialectal que les langues standard bosnienne, croate et serbe, et toutes sont mutuellement intelligibles", indique une étude récente (source en anglais) sur la langue monténégrine.

Cela reste toutefois une option parmi d'autres, et elle pourrait ne pas convenir au Monténégro. Les enjeux identitaires sont profondément ancrés dans les Balkans occidentaux, et Podgorica a bataillé pendant des années pour faire reconnaître officiellement la langue monténégrine sur la scène internationale.

Les dérogations ne sont pas une nouveauté. Malte a créé un précédent : faute de traducteurs qualifiés, le pays a obtenu une dérogation exceptionnelle et transitoire à l'obligation de traduire tous les actes de l'UE en maltais pendant trois ans après son adhésion en 2004, avec l'obligation de résorber le retard avant la fin de 2008.

L'Irlande en est un autre exemple, avec une différence de taille. Sa dérogation est intervenue plusieurs décennies après son adhésion, lorsque l'irlandais est devenu une langue pleinement officielle, et elle a alors suspendu temporairement l'obligation de traduire tous les actes de l'UE en irlandais.

En d'autres termes, Bruxelles a fait preuve de souplesse et ne considère pas la traduction intégrale de l'acquis comme une condition absolue pour l'adhésion. Dans ce cas précis, cependant, la solution la plus évidente pourrait aussi être la plus difficile à faire accepter politiquement.

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