Les loyers en Espagne ont presque doublé en dix ans et la colère face à l'expulsion d'une octogénaire menace le gouvernement minoritaire de Pedro Sánchez.
Des manifestants doivent défiler samedi dans plus de 50 villes espagnoles, au lendemain du rejet par le parlement de deux décrets gouvernementaux destinés à renforcer la protection des locataires.
L'Union des locataires, qui coordonne les protestations, est à l'origine de l'appel. Dans un communiqué, elle estime : "Il existe un fossé irréparable entre ce que veulent les gens et ce pour quoi votent les partis".
À Madrid, les manifestants doivent partir de plusieurs points de la ville à midi pour converger vers la Plaza de Cibeles, en centre-ville. Des militants campent déjà depuis environ une semaine sur la Puerta del Sol, l'une des principales places touristiques de la capitale.
La colère est née de l'expulsion de Maricarmen Abascal, 87 ans, évacuée sur une civière de l'appartement madrilène où elle vivait depuis environ 70 ans. Selon des militants pour le droit au logement, une société d'investissement avait racheté l'immeuble et tenté d'augmenter son loyer de 275 %. Après le tollé, les nouveaux propriétaires ont accepté de la laisser revenir avec un loyer modéré.
Appels à des élections anticipées
Le gouvernement a élaboré ces mesures en réponse aux manifestations qui se sont propagées dans tout le pays. Le paquet de mesures rejeté vendredi prévoyait le renouvellement automatique des baux à leur échéance et limitait les expulsions de locataires vulnérables. Il s'attaquait aussi aux fonds dits vautours, des sociétés d'investissement qui rachètent des logements à bas prix pour en tirer des rendements plus élevés.
Les décrets avaient besoin des voix du parti indépendantiste catalan Junts, qui s'y est opposé au motif qu'ils manquaient de rigueur.
Cette défaite représente un nouveau revers pour le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez. Elle relance les doutes sur la capacité de son gouvernement minoritaire à tenir jusqu'aux prochaines élections générales prévues en 2027.
Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire (PP) conservateur, principale force d'opposition, a exhorté Pedro Sánchez, après le vote, à "convoquer des élections dès que possible". Après huit ans au pouvoir, a-t-il lancé, le chef du gouvernement ne bénéficie du soutien "ni de la rue ni du parlement". Les récents sondages d'opinion placent généralement le PP devant les socialistes.
La question du logement préoccupe les Espagnols depuis des années, l'offre ne suivant pas la demande et les coûts s'envolant, comme ailleurs dans l'Union européenne (UE). Les loyers moyens ont presque doublé en dix ans et les prix demandés pour les logements ont augmenté d'environ 90 %, selon le site immobilier Idealista.