La police a lancé dimanche une vaste opération pour évacuer un campement de fortune installé sur la plage d'El Trampolín, à Ceuta, où quelque 3 000 personnes vivent dans des conditions précaires depuis plus de deux mois.
Des policiers antiémeutes de l'Unité d’intervention policière (UIP) espagnole, venus notamment de Séville, Grenade, Malaga et d'autres régions du pays, ont lancé dimanche l'opération Trampolín pour évacuer les tentes du campement installé sur la plage éponyme, où la crise a provoqué les plus fortes tensions et les plus graves problèmes d'insécurité.
Des agents de l'Unité de prévention et de réaction (UPR) ainsi que des unités de renseignement, venues de Ceuta et d'autres régions, participent également à l'opération.
La police justifie cette intervention par les conditions qui règnent sur le site. Les eaux au large d'El Trampolín sont contaminées, affirment les autorités, qui estiment que la sécurité ne peut plus y être garantie. Elles évoquent également un risque sanitaire manifeste et une multiplication des incidents violents.
Pour éviter tout débordement, les forces de l'ordre ont bouclé tous les accès au site, empêchant à la fois les fuites vers les collines et les affrontements.
Des véhicules supplémentaires ont également été déployés. Acheminés depuis l'Espagne continentale cette semaine, certains n'avaient encore jamais été vus à Ceuta. Un drone surveille également l'opération depuis les airs. Selon El Faro de Ceuta, deux véhicules blindés BMR et un véhicule tout-terrain Vamtac S3 sont venus renforcer le dispositif de sécurité dans la ville.
La police locale avait annoncé la fermeture des routes à partir de 7h30 environ, sur les axes reliant Benítez et Benzú. Un fourgon de la Police nationale est arrivé le premier, peu après 7h30, et le déploiement des forces de l'ordre a débuté juste avant 8h.
Peu avant, de la musique résonnait encore, des vendeurs ambulants circulaient et les occupants du campement commençaient tout juste à se réveiller. Certains migrants, déjà nerveux, ont choisi de prendre la fuite vers les collines. La pluie a commencé à tomber vers 8h30.
Comment se déroule le transfert
Les policiers sont allés de tente en tente et de baraquement en baraquement pour informer les occupants qu'ils devaient quitter les lieux, tout en démontant les installations. Un interprète leur a expliqué en arabe vers quel endroit ils seraient transférés. Des femmes et des enfants sont concernés par cette première phase, même si la majorité des personnes évacuées sont des hommes.
Les migrants sont transportés en bus vers le centre d'accueil temporaire de Tarajal (CATE), où sont effectuées les opérations de tri et d'identification. Le premier bus est parti peu avant 9h, selon Radio Televisión Ceuta.
Certains pourraient décider de retourner dans leur pays d'origine, comme plusieurs personnes évacuées de Benítez l'ont fait plus tôt cette semaine. Pour l'heure, des places sont disponibles dans les structures d'accueil de Loma Colmenar, qui peuvent héberger plus de 1 000 personnes, ainsi que dans le port.
Il s'agit de la troisième opération de ce type en quelques semaines, après les deux menées à Benítez. Selon la préfecture de police, le campement abrite plus de 3 500 personnes et l'opération de dimanche ne constitue qu'une première phase.
Le manque de places reste le principal obstacle. À la mi-septembre, le camp du port, prévu pour accueillir 1 700 personnes, avait laissé plus de 2 000 personnes sans solution, qui étaient retournées sur les plages.
Le gouvernement a fixé au 15 octobre la date limite pour achever l'évacuation, tandis que le roi et la reine doivent se rendre sur place le 13 octobre.
La crise a débuté fin juillet, lorsque plus de 70 000 personnes ont traversé depuis le Maroc, dont la plupart ont été renvoyées dans les heures qui ont suivi.