La session parlementaire nocturne met fin à un blocage législatif de plus de 19 mois. L'élection de Pula à la présidence, largement symbolique, fait d'elle la troisième femme à occuper ce poste depuis l'indépendance du Kosovo après la guerre contre la Serbie.
Les députés du Kosovo ont élu l'économiste et universitaire Justina Shiroka Pula à la présidence du pays au terme d'une séance-marathon nocturne, quelques instants avant une échéance constitutionnelle qui aurait imposé des élections anticipées.
Le scrutin organisé tard mardi marque une étape importante dans une crise politique qui paralyse le petit pays des Balkans depuis plus de 19 mois et a déjà provoqué deux élections législatives anticipées.
Juste avant l'élection de Shiroka Pula, les députés ont aussi adopté une loi limitant les pouvoirs d'un tribunal spécial à La Haye, créé pour enquêter sur et poursuivre les crimes de guerre commis par l'Armée de libération du Kosovo (ALK) pendant la guerre de 1998-1999 pour l'indépendance vis-à-vis de la Serbie.
Une présidente concensuelle
Lors de la séance extraordinaire au Parlement, Shiroka Pula a obtenu 81 voix dans ce Parlement qui compte 120 sièges. À l'extérieur, des milliers de manifestants s'étaient rassemblés pour exiger que les députés adoptent la loi limitant les pouvoirs du tribunal pour crimes de guerre, connu sous le nom de Chambres spécialisées.
Shiroka Pula occupait récemment la présidence de l'Académie des sciences et des arts du Kosovo. Elle devient la troisième femme à accéder à la présidence du Kosovo depuis l'indépendance post-conflit du pays.
Elle a été désignée in extremis comme candidate de consensus, soutenue par le mouvement au pouvoir Autodétermination et par le principal parti d'opposition, le Parti démocratique du Kosovo.
La fonction de président du Kosovo est largement honorifique, mais ses titulaires jouent un rôle important en politique étrangère et sont commandants en chef des forces armées. Elle devra promulguer la loi limitant les pouvoirs du tribunal de La Haye pour qu'elle entre en vigueur.
Dans son discours, après avoir prêté serment tard mardi, Shiroka Pula a déclaré : "Aujourd'hui, j'accepte avec un immense honneur et un grand sens des responsabilités la charge de présidente de la République du Kosovo".
"Ce mandat n'appartient pas à une seule personne, il appartient à nos citoyens, à nos institutions et à l'État pour lequel de nombreuses générations se sont sacrifiées", a-t-elle ajouté.
Manifestations suite à la condamnation de Thaçi
L'élection de Shiroka Pula intervient après plus de deux semaines de manifestations, déclenchées par le verdict du tribunal siégeant à La Haye, qui a condamné pour crimes de guerre quatre chefs rebelles de la période du conflit au Kosovo, dont l'ancien président du pays Hashim Thaçi.
Ils ont été condamnés à des peines allant de 13 à 25 ans de prison.
Les autorités kosovares ont dénoncé ces verdicts jugés injustes, affirmant que l'ALK, que Thaçi dirigeait avant d'entrer en politique, avait combattu l'oppression serbe. Habitants et responsables politiques craignent que cette décision de justice ne ternisse la lutte du Kosovo pour son indépendance.
Plus de 13 000 personnes, en majorité des Albanais de souche, ont été tuées pendant le conflit au Kosovo, tandis qu'environ 1 million d'Albanais kosovars ont été chassés de chez eux pendant les combats.