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Ukraine : "les gens vivent avec un repas par jour" déclare la cheffe de l'administration militaire d'Olechky

Tetiana Hasanenko, cheffe de l'administration militaire de la ville d'Oleshky
Tetiana Hasanenko, chef de l'administration militaire de la ville d'Oleshky -  Tous droits réservés  Euronews
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Par Sasha Vakulina
Publié le •Mis à jour
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Dans un rare aperçu de la vie sous occupation russe, Tetiana Hasanenko, cheffe de l'administration militaire d'Olechky, a décrit à Euronews la faim qui s'étend et des habitants risquant leur vie pour chercher de la nourriture sur la "route de la mort".

Alors que la pression s'accentue sur l'Ukraine pour qu'elle fasse des concessions à la Russie, y compris sur son propre territoire, la responsable de l'une des villes occupées du pays avertit que l'expérience des communautés déjà sous contrôle de Moscou ne doit pas être ignorée dans les négociations en vue d'un accord de paix.

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Tetiana Hasanenko, cheffe de l'administration militaire de la ville d'Olechky, dans la région méridionale de Kherson, explique à Euronews que plus de quatre ans d'occupation russe ont laissé sa ville dévastée et plongé les habitants qui y vivent encore dans des conditions de plus en plus désespérées.

Olechky est sous occupation russe depuis les premiers jours de l'invasion à grande échelle lancée par Moscou.

"La ville est pratiquement détruite", dit-elle. "Il n'y a quasiment aucun bâtiment qui n'ait été endommagé."

On estime qu'environ 2 000 personnes vivent encore dans la ville, même si elle souligne qu'il est extrêmement difficile d'établir un chiffre précis. Parmi elles se trouvent 35 enfants qui, selon elle, sont pris au piège et ne peuvent pas partir.

"Il y a 35 enfants qui ne peuvent tout simplement pas s'enfuir", affirme Hasanenko.

Les habitants sont confrontés à de graves pénuries de nourriture et d'eau potable, tandis que l'accès à l'électricité, au gaz et aux soins médicaux est extrêmement limité.

Une route déserte est recouverte d'un filet anti-drones FPV aux abords de la ville de Kherson, proche de la ligne de front, dans le sud de l'Ukraine, 2 novembre 2025.
Une route déserte est recouverte d'un filet anti-drones FPV aux abords de la ville de Kherson, proche de la ligne de front, dans le sud de l'Ukraine, 2 novembre 2025. AP Photo

Pour Tetiana Hasanenko, la situation à Olechky est directement liée au débat sur l'opportunité pour l'Ukraine de céder d'autres territoires dans le cadre d'un accord visant à mettre fin à la guerre.

"On ne peut pas faire de concessions à une bête. Vous savez ce qui se passe quand un prédateur goûte au sang : il en veut toujours plus", explique-t-elle à Euronews.

"Notre guerre avec la Russie dure déjà depuis douze ans et aucune concession n'a jamais débouché sur le moindre consensus. Elles n'ont jamais permis de bâtir une paix offrant des garanties durables, seulement de suspendre les combats pendant une certaine période."

"Un prédateur en veut toujours plus et, dans ce cas, la Russie est ce prédateur."

Une route de la mort de 25 kilomètres

Pour ceux qui tentent de fuir Olechky, le fait même de partir peut être mortel.

Selon Tetiana Hasanenko, certains habitants ont tenté de parcourir à pied environ 25 kilomètres jusqu'au village de Radianske, en traversant un territoire fortement miné et exposé aux attaques de drones.

Beaucoup de ceux qui entreprennent ce trajet sont déjà physiquement affaiblis par la faim.

"Les gens sont épuisés par la faim, épuisés physiquement par les conditions dans lesquelles ils vivent. Mais il n'y a tout simplement pas d'autre solution", dit-elle.

Certains de ceux qui parviennent à partir font ensuite le trajet en sens inverse, apportant de la nourriture à des enfants ou à des proches âgés qui ne sont pas capables de parcourir cette route eux-mêmes.

ARCHIVES - Des maisons sont inondées dans la ville d'Oleshky, en Ukraine, 10 juin 2023, après que les forces russes ont détruit le barrage de Kakhovka, dans la région de Kherson.
ARCHIVES - Des maisons sont inondées dans la ville d'Oleshky, en Ukraine, 10 juin 2023, après que les forces russes ont détruit le barrage de Kakhovka, dans la région de Kherson. AP Photo

Tetiana Hasanenko affirme que des personnes ont été tuées par des mines en tentant ce voyage et que, dans certains cas, leurs corps ne peuvent pas être récupérés.

"Cette route est vraiment une route de la mort", dit-elle. "Si des corps y restent, personne ne les enlève."

Acheminer de la nourriture à Olechky est également devenu de plus en plus dangereux.

Selon elle, environ 10 tonnes de nourriture ont été livrées en septembre et en octobre avec l'aide de l'armée ukrainienne, mais elle accuse les forces russes d'avoir tiré sur certaines livraisons et de punir les habitants qui les reçoivent, soupçonnés de coopérer avec les forces ukrainiennes.

Elle affirme aussi que des soldats russes sont entrés chez les habitants pour leur réclamer de la nourriture malgré les pénuries.

"Il n'y a pas de pain, pas de viande, pas d'œufs, pas de sucre, il n'y a pratiquement plus rien", dit-elle.

Euronews ne peut pas vérifier de manière indépendante les conditions à l'intérieur d'Olechky, qui reste sous occupation russe, aucun média indépendant n'ayant accès à la ville.

Des gens ont été contraints de manger des mauvaises herbes

Tetiana Hasanenko estime qu'Olechky pourrait devenir l'un des "terribles symboles" de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine.

"Nous vivons au XXIe siècle et des gens souffrent de la faim", dit-elle.

La veille de son entretien avec Euronews, Hasanenko raconte avoir reçu un message d'une femme à Olechky qui avait obtenu des denrées acheminées depuis le côté ukrainien. Parmi elles se trouvait un pain.

"Pendant 20 minutes, elle n'a pas réussi à se résoudre à y goûter, tant le goût du pain lui était devenu étranger et tant le pain est précieux pour les personnes qui restent là-bas aujourd'hui", raconte-t-elle.

"Ils sont obligés de manger des choses dont il est effrayant même de parler à l'antenne. Des gens ont été contraints de manger des mauvaises herbes."

Elle explique que les habitants doivent se contenter d'un seul repas par jour, parfois composé seulement de quelques cuillerées de céréales, tandis que d'autres réduisent en farine les pâtes qui leur restent pour tenter de rendre les repas plus nourrissants.

"La situation la plus terrible, bien sûr, est celle des enfants", déclare Tetiana Hasanenko_. "Je pense que cela restera à jamais gravé dans leur mémoire_."

Malgré ces conditions, cette dernière affirme que les habitants vivant sous occupation continuent de contacter les autorités ukrainiennes, en dépit de tous les risques que cela comporte.

Lors des fêtes nationales ukrainiennes, notamment le jour de l'Indépendance, elle dit recevoir des messages venus des territoires occupés, ornés de drapeaux bleu et jaune.

Selon elle, ceux qui les envoient savent les risques qu'ils prennent, alors que le simple fait d'avoir une carte SIM ukrainienne peut mettre les habitants en danger.

"Mais les gens prennent quand même ce risque. Et ils continuent d'y croire", dit-elle.

"Ils m'écrivent : 'Nous vous attendons toujours'."

C'est cette foi, explique Tetiana Hasanenko, qui rend pour elle impensable l'idée d'abandonner les territoires ukrainiens occupés.

"Les personnes qui ont la foi la plus forte sont celles qui se trouvent aujourd'hui dans les territoires temporairement occupés et qui nous attendent", dit-elle. "Il m'est difficile même d'en parler."

"Pour cette foi, nous devons tout faire", ajoute-t-elle.

Pour elle, la question ne se limite pas à l'endroit où sera tracée une future frontière, mais à savoir si les Ukrainiens vivant sous occupation russe seront laissés pour compte.

"Chaque personne, sur son propre front, montre à l'Europe comment nous devons défendre notre identité ukrainienne, notre culture et notre droit à notre propre État et à notre propre territoire", explique-t-elle.

C'est pourquoi, affirme Tetiana Hasanenko, l'Ukraine ne peut pas accepter de céder son territoire à la Russie.

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