Des affrontements entre des manifestants et la police antiémeute se sont déroulés en fin de rassemblement autour de la place Vauban, près des Invalides, dans le septième arrondissement de la capitale. Nous étions sur place.
Des violences ont éclaté à Paris mardi, alors que des dizaines de milliers de personnes ont rejoint des manifestations dans les établissements scolaires partout en France.
Ces manifestations, lancées le 21 septembre lorsque des lycéens ont dénoncé le manque d'enseignants, des équipements vétustes et des classes surchargées, ont gagné en ampleur au cours des deux dernières semaines. Le ministère français de l'Intérieur indique qu'environ 161 500 personnes ont participé aux rassemblements ce mardi.
Les syndicats ont avancé un chiffre nettement plus élevé, d'environ 480 000 participants.
Des journalistes de l'agence de presse ont rapporté avoir vu des voitures incendiées et des policiers tirer des grenades lacrymogènes dans les rues de la capitale française, alors que des manifestants tentaient de bloquer des routes avec des barricades de fortune.
Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux semblent également montrer des affrontements avec des policiers antiémeutes autour de la place Vauban, à côté des Invalides, dans le 7e arrondissement de la ville. Sur l'une des séquences, des agents tirent des grenades lacrymogènes et utilisent un canon à eau, tandis que des personnes leur lancent divers projectiles. Une autre montre ce qui semble être des feux d'artifice tirés en direction de la police.
La plupart des autres manifestations en France mardi se sont déroulées plutôt pacifiquement.
Des témoignages recueillis au cœur de la manifestation
Notre correspondante Estelle Nilsson-Julien a pu converser avec certains jeunes manifestants, pour l'un d'entre eux, "c’est le système éducatif qui se rebelle, les élèves et les enseignants. Il n’y a ni solution ni espoir, seulement la violence policière. Et il y a aussi de la violence de l’autre côté, mais c’est parce qu’on ne nous écoute pas."
Pour un autre, "Si l'on manifeste pacifiquement, rien ne changera. Il y a des individus masqués qui jettent des pierres sur la police, et celle-ci riposte avec des gaz lacrymogènes. Je viens d’en faire l’expérience moi-même, ça m’a arraché les yeux. " raconte-t-il.
Enfin un troisième évoque les suites du mouvement qui devrait se joindre aux manifestations plus larges qui devraient se dérouler un peu partout en France, ce samedi 17 octobre. Elles entendent dénoncer le coût de la vie et la hausse des prix du carburant, et ainsi mettre la pression sur le gouvernement dont l'examen du budget 2027 a débuté cette semaine.
"C’est cette frustration accumulée, qui s’est installée au fil des années, qui a donné naissance à ce mouvement étudiant, lequel a servi d’étincelle pour enflammer la situation. Nous en sommes maintenant là, et nous verrons ce qui se passera samedi." explique-t-il.
Des organisations de défense des droits humains accusent la police d'avoir fait un usage excessif de la force pour répondre aux manifestations, après les blessures parfois graves de plusieurs élèves ces derniers jours.
Anne Savinel-Barras, présidente d'Amnesty International France, appelle les autorités à tout faire pour garantir la sécurité des jeunes qui participent aux manifestations.
"Les autorités doivent garantir leur sûreté et leur sécurité, protéger et faciliter l'exercice de leur droit de manifester pacifiquement", a-t-elle déclaré. "Toute réponse policière doit être légale, nécessaire et proportionnée, et les autorités doivent éviter tout recours inutile et excessif à la force".
Greta Thunberg rejoint les manifestations à Paris
La militante écologiste suédoise Greta Thunberg a également pris part mardi à une manifestation devant le lycée Paul Éluard de Saint-Denis, dans le nord de Paris.
Devant un lycée, s'adressant aux journalistes, Thunberg a déclaré : "Les jeunes ne sont pas associés à la discussion. On nous vole notre avenir."
"Comme on le voit ici, les écoles ne reçoivent pas les investissements dont elles ont besoin", a-t-elle poursuivi. "Cela envoie aux jeunes le signal qu'ils ne sont pas une priorité dans notre société".