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Journée de colère : scènes de violence à Paris, Lyon et Marseille

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La police court vers des élèves lors d'une marche pour protester contre le manque de moyens dans les écoles, à Paris, le 13 octobre 2026.
Des policiers se dirigent vers des lycéens lors d'une marche de protestation contre le manque de moyens dans les écoles, à Paris, le 13 octobre 2026. -  Tous droits réservés  AP Photo
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Par Estelle Nilsson-Julien & Euronews
Publié le •Mis à jour
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Des affrontements ont éclaté dans plusieurs villes. Sébastien Lecornu dénonce "une violence extrême." Des casseurs ont brièvement pénétré dans la mairie de Marseille, un manifestant a eu la main arrachée à Saint-Etienne, l'office de tourisme de Lyon a brûlé.

Des dizaines de personnes ont été interpellées à Paris, à la suite d'affrontements entre des manifestants et les forces de l'ordre dans toute la ville.

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Des syndicats et des citoyens se revendiquant du mouvement des « gilets jaunes » manifestent contre la crise du coût de la vie et la hausse des prix du carburant, qu'ils attribuent à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran.

Un grand nombre d'étudiants se sont également joints aux manifestations organisées samedi à travers le pays, réclamant une refonte du système éducatif, la modernisation des salles de classe et des infrastructures, ainsi qu'un meilleur accès aux ressources.

À Marseille, deuxième ville de France, des manifestants ont fait irruption dans l'hôtel de ville. Des individus masqués ont enfoncé la porte à l'aide de barrières de sécurité.

Plusieurs d'entre eux ont pénétré dans le bâtiment ; l'un d'eux a peint à la bombe un « A » anarchiste sur un mur, avant l'intervention de la police. « On prend la Bastille ! » a crié un manifestant, en référence à la prise de la forteresse lors de la Révolution française de 1789. Le maire de la ville, Benoît Payan, a obtenu l'envoi de renforts de police.

Plusieurs dizaines de commerces ont néanmoins été pillés et dégradés dans le quartier entre la préfecture et le Vieux-Port.

Par ailleurs, des commerçants à travers le pays ont barricadé leurs vitrines pour prévenir tout risque de pillage ou de vandalisme. Des milliers de policiers et d'unités antiémeutes ont été déployés sur l'ensemble du territoire afin de renforcer la sécurité.

À Lyon, l'office de tourisme a été saccagé et incendié place Bellecour.

Jean-Philippe Liabot, Euronews
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À Saint-Etienne, des sources policières indiquent à l’AFP qu’un manifestant a eu la main arrachée par une grenade.

À Lille, des manifestants ont pénétré dans le bâtiment de la mairie et commis des dégradation avant de prendre rapidement la fuite. Le maire de Lille, Arnaud Deslandes dénonce l'intrusion et le pillage de plusieurs commerces.

À Paris, l’unité CRS spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, la CRS 8, est déclenchée en soutien aux forces de l’ordre qui font face à de petits groupes mobiles et violents. Des violences, des dégradations et des échauffourées avec la police ont lieu dans plusieurs quartiers, notamment à la Madeleine, à proximité de l’Élysée et de l’Assemblée nationale.

Le maire de Paris Emmanuel Grégoire dit "fermement" condamner les scènes de pillage, les "dégradations" et les "actes de casse" qui ont lieu dans la capitale.

En fin d'après-midi, quelque 300 manifestants étaient rassemblés en bas de Champs-Elysées. La plupart d'entre eux étaient masqués et les forces de l'ordre tiraient des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser la foule.

La manifestation a dégénéré à Bordeaux où des casseurs sont entré les bâtiments de la chambre de commerce et d'industrie. Des vitres y ont été brisées et des poubelles incendiées à l'arrière du bâtiment. Selon les autorités, la résidence préfectorale a été "saccagée"

À Rennes, des affrontements opposent des groupes de jeunes et les forces de l'ordre qui essuient des jets de projectiles.

Selon une source proche du ministère français de l’Intérieur, 500 actions sont prévues à travers le pays ce samedi, ainsi qu’environ 90 manifestations ; les autorités se préparent à d’éventuels débordements à Paris et dans d’autres grandes villes.

Selon la CGT, 500 000 personnes ont manifesté dans toute la France aux manifestations.

Première réactions

Le premier ministre dénonce "une violence extrême". "À ceux qui clairement veulent faire de ces violences "un tour de chauffe" avant l’élection présidentielle, je le dis clairement : nous ne nous laisserons pas intimider. Personne n’imposera son agenda politique par la violence" dit Sébastien Lecornu dans une allusion à La France Insoumise.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, dénonce la présence dans les rues de « professionnels du chaos » et l’absence de « la France du travail. » La candidate du RN à l’élection présidentielle fustige des « émeutiers » qui ont « pourri » les manifestations.

Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon estime de son côté que les chaînes d’information continue diffuse des « images de violence » qui occultent alors que « dans des dizaines de villes, tous se déroule dans le calme. »

La leader des Écologistes Marine Tondelier estime pour sa part qu’il est temps de revoir la doctrine du maintien de l’ordre parce que, selon elle, « ça finit d’être une atteinte aux libertés politiques.

Ces mobilisations font suite à quatre semaines de manifestations lycéennes portant sur diverses revendications, notamment les absences d’enseignants, le sureffectif dans les classes et la vétusté des locaux.

La plupart des manifestations étudiantes se sont déroulées dans le calme, mais des affrontements avec des casseurs ont eu lieu et les accusations de brutalités et de violences policières se sont multipliées.

Avant les manifestations de samedi, les autorités redoutent de possibles violences à Paris et dans d'autres grandes villes. Cette source a indiqué à Euronews que la mouvance d'extrême gauche pourrait chercher à provoquer des affrontements avec les forces de l'ordre et tenter de franchir les périmètres de sécurité le long des parcours de cortèges.

La même source a aussi prévenu que les blocages d'axes de transport stratégiques et d'infrastructures essentielles ne seraient "pas tolérés".

De son côté, le président français Emmanuel Macron a déclaré vendredi que si le droit de manifester "est pleinement respecté", il "doit s'accompagner du respect des personnes et des biens".

"C'est pourquoi j'appelle au calme et au respect : ces droits doivent être préservés", a-t-il ajouté.

Les actions de la police de plus en plus scrutées

Les forces de l'ordre françaises font l'objet d'un examen croissant ces dernières semaines, sur fond de plusieurs accusations de violences policières.

Dans un cas, un collégien de 15 ans aurait perdu un œil après avoir été touché par un tir de balle en caoutchouc. Dans un autre, un adolescent de 14 ans aurait perdu une main après avoir ramassé une grenade assourdissante de la police. Les circonstances des deux affaires font toujours l'objet d'une enquête.

À la suite de cette dernière affaire, la France a suspendu l'usage de certains types de grenades assourdissantes.

Mais, lors d'un entretien vendredi, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué que l'usage de grenades assourdissantes serait autorisé le 17 octobre en cas de "violences urbaines graves". "S’il devait y avoir des violences urbaines extrêmement graves en marge d’un cortège, ou ailleurs, évidemment ce type d’armement peut être utilisé" prévient-il, tout en rappelant que ces grenades "ne sont jamais utilisées quand les choses se passent bien".

Laurent Nuñez a indiqué mardi devant le Sénat que 36 enquêtes sur des violences policières présumées pendant les manifestations étudiantes avaient été ouvertes. Il a précisé que quatre de ces dossiers concernaient des blessures mutilantes et six des blessures graves, les autres portant sur des coups supposés, des insultes et des violences sexuelles signalées.

Certains observateurs estiment que la mobilisation du 17 octobre pourrait marquer le retour du mouvement citoyen des gilets jaunes, né en 2018 en réaction à un projet de hausse des taxes sur l'essence et le diesel.

Pendant des mois, des manifestants gilets jaunes se sont réunis chaque week-end pour bloquer ronds-points, autoroutes et dépôts de carburant dans tout le pays, donnant lieu à de vifs affrontements avec la police.

Parallèlement, le gouvernement français est confronté à une grave crise de la dette publique alors qu'il tente de faire adopter un budget comprenant des mesures d'austérité dans un parlement sans majorité absolue.

Un syndicat de police porte plainte contre l'État pour 'mise en danger de la vie d'autrui'

Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a indiqué jeudi que 937 policiers et gendarmes avaient été blessés depuis le début des manifestations. Il a également fait état de blessures chez 248 élèves et 149 membres du personnel enseignant, soit, selon lui, le nombre de blessés le plus élevé jamais enregistré par le ministère français de l'Éducation.

Sébastien Lecornu a mis en garde contre le fait que le "mouvement lycéen" se transformait en "un mouvement de violences urbaines, dont l’intensité de la violence a encore augmenté ces derniers jours. »

Dans le même temps, Alliance Police Nationale, l'un des principaux syndicats de policiers en France, a annoncé dans un communiqué mardi qu'il allait déposer plainte contre l'État "pour mise en danger de la vie d'autrui".

Le syndicat a dénoncé ce qu'il qualifie d'"ordres contradictoires" donnés aux policiers, qui auraient été "exposés à la violence et livrés à l'hostilité du public" au fil des manifestations lycéennes.

"Après les expressions d'empathie du président [le président français Emmanuel Macron] à l'égard des émeutiers et l'accent mis sur le dialogue, nous sommes désormais confrontés à des consignes floues, des ordres contradictoires et des déclarations publiques de façade !"

"Le décalage entre les déclarations publiques de Laurent Nuñez et les consignes verbales transmises dans la chaîne de commandement est devenu insupportable", a ajouté le syndicat.

Le parti de la gauche radicale La France insoumise est accusé par le gouvernement et par des adversaires politiques d'encourager la violence et d'attiser les tensions par un langage incendiaire.

Dans un discours prononcé le 30 septembre, le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon, a appelé ses partisans à "faire face aux sauvagerie policières", ajoutant qu'"il n'y aura ni oubli ni pardon pour personne".

Il est ensuite revenu sur ses propos, affirmant qu'il soutenait des méthodes de protestation pacifiques.

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