Dans les prochains jours, le président israélien Isaac Herzog consultera les dirigeants des partis élus à la Knesset avant de confier la tâche de former un gouvernement au candidat qu'il juge avoir les meilleures chances de réunir un soutien suffisant.
Les élections législatives organisées cette semaine en Israël n'ont permis à aucun parti de se détacher et d'obtenir la majorité, les deux principaux blocs étant loin de la majorité à la Knesset, qui compte 120 sièges.
Le bloc autour du parti Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a obtenu 53 sièges, tandis que le camp de l'opposition, mené par le parti centriste Yashar ! de son rival Gadi Eisenkot, en a décroché 48. De leur côté, les partis arabes ont remporté un nombre record de 19 sièges, ce qui pourrait faire pencher la balance.
Ce résultat signifie qu'Israël s'apprête à traverser une période de négociations longue et sans doute délicate, pour réunir une majorité d'au moins 61 sièges, alors que les chefs de parti vont tenter de former un gouvernement. En cas d'échec, les Israéliens seraient de nouveau appelés aux urnes.
Netanyahu pointe des "ingérences étrangères"
Dans les heures qui ont précédé l'annonce des résultats définitifs, Benjamin Netanyahu a accusé les partis arabes d'avoir "volé" le scrutin, appelant la police et le service de sécurité intérieure Shin Bet à mener une "enquête approfondie sur la fraude électorale". Des accusations portées par le Premier ministre sans qu'aucune preuve ne soit apportée. "Le scandale 'Ra'am-gate' est un séisme. Les élections israéliennes ont été volées", a déclaré le Likoud dans un communiqué, publié ce jeudi 29 octobre.
Le parti de Benjamin Netanyahu a également relayé des allégations selon lesquelles des financements étrangers avaient été utilisés pour influencer les électeurs lors des élections. Ces accusations se concentrent sur des affirmations selon lesquelles le parti Ra'am aurait reçu de l'argent du Qatar. Doha a démenti ces accusations, les qualifiant de "ridicules et dangereuses".
En remettant en question la régularité du scrutin, Benjamin Netanyahu semble chercher à empêcher toute alliance entre ses adversaires et les partis arabes. Il a laissé entendre qu'une telle alliance constituerait un acte de trahison de la part de son principal rival, Gadi Eisenkot, ou de tout autre responsable politique.
L'opposition a rapidement accusé Benjamin Netanyahu de stigmatiser la population arabe, qui représente 20 % des habitants du pays et s'est mobilisée dans les urnes à un niveau inédit. Cette participation s'explique notamment par la colère suscitée par les alliés d'extrême droite du Premier ministre, comme le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Son parti a d'ailleurs perdu des sièges.
Le dirigeant du parti Ra'am, Mansour Abbas, a nié toute malversation et indiqué qu'il accueillerait favorablement une enquête.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Gadi Eisenkot a estimé que l'ingérence étrangère était "inacceptable et extrêmement grave" et a appelé le Shin Bet à enquêter sur ces accusations "de manière exhaustive et immédiate, sans parti pris".
Dans une tentative d'apaiser les tensions, le Shin Bet a assuré que son enquête ne visait pas à "jeter le discrédit" sur une partie entière de la population qui "a exercé son droit de vote de manière démocratique et légale".
La commission électorale, qui attend les conclusions du Shin Bet dans un délai d'une semaine, a également appelé à la prudence dans une lettre adressée à un député qui avait exprimé ses inquiétudes, affirmant que les "accusations de violations systématiques de l'intégrité du scrutin étaient infondées".
L'opposition pourrait prendre le contrôle de la Knesset
Alors que les négociations en vue de former une coalition s'apprêtent à débuter, la nouvelle Knesset devrait être investie le 10 novembre. Une fois le Parlement réuni, le bloc de Gadi Eisenkot pourrait s'allier aux partis arabes pour élire un nouveau président de la Knesset. Cette alliance leur permettrait de contrôler l'ordre du jour parlementaire et potentiellement de faire avancer et adopter des textes de loi avant même la formation d'un nouveau gouvernement.
Des centaines d'Israéliens participent déjà à des rassemblements pour appeler Gadi Eisenkot et les autres responsables de l'opposition à s'allier aux partis arabes. Une telle alliance ne s'est produite qu'une seule fois auparavant, brièvement, en 2021.
Si Benjamin Netanyahu perd le pouvoir, cela pourrait déclencher une série d'événements que ses détracteurs estiment qu'il a désespérément cherché à éviter. Il devrait alors répondre des accusations de corruption qui pèsent sur lui depuis plusieurs années. Une enquête serait également presque certainement ouverte sur les défaillances sécuritaires ayant précédé l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023.
Vers de nouvelles élections en Israël ?
Dans les prochains jours, le président israélien Isaac Herzog consultera les dirigeants des partis élus à la Knesset avant de confier la tâche de former un gouvernement au candidat qu'il juge avoir les meilleures chances de réunir un soutien suffisant.
En vertu de la loi israélienne, cette personne disposera de 28 jours pour mener cette mission à bien. Le président peut prolonger ce délai d'au maximum 14 jours si nécessaire.
En cas d'échec, le président peut donner à un deuxième responsable l'occasion de former un gouvernement, cette fois avec un délai maximal de 28 jours. Si cette deuxième tentative devait également échouer, la Knesset peut demander qu'un troisième candidat soit désigné. Il disposerait de 14 jours pour mener cette tâche à bien.
Si toutes ces tentatives échouent, de nouvelles élections sont convoquées.