Le tribunal autorise Renata Cambra à garder sa tente au Rossio la nuit, victoire pour le droit au logement, sans valider l'occupation collective. Les manifestants poursuivront les protestations.
Lundi, après avoir vu un tribunal l'autoriser à monter sa tente, Renata Cambra, qui a pris la tête des protestations pour le logement à Lisbonne, a servi d'inspiration aux manifestants, mais cela n'a pas suffi pour le montage un nouveau campement sur la Praça do Rossio.
Depuis la mi-octobre, des manifestations pour un logement abordable touchent le Portugal et l'Espagne. Elle ont mené à l'installation de campement temporaires. Ceux-ci ont été démantelés de force par la police le 1 novembre dernier.
Par une action en justice, l'activiste Renata Cambra a obtenu une décision du tribunal selon laquelle la tente ne doit pas être considérée comme une occupation illégale de l'espace public, mais comme un élément instrumental et symbolique de la protestation.
La décision limite toutefois cette autorisation d'occupation à la manifestante qui a intenté l'action, le tribunal n'ayant pas examiné, dans cette procédure, "la légalité d'une occupation collective" du Rossio, ni reconnu un droit général à ériger "des tentes dans l'espace public pour un nombre indéterminé de participants".
Le tribunal a aussi conclu que la limite de minuit et demi pour la tenue de manifestations n'est pas "absolu et automatique", et a autorisé Renata Cambra à rester avec une tente, durant la nuit, sur la Praça do Rossio.
La protestation pourra se poursuivre jusqu'au 24 novembre 2026, date prévue pour le vote final du budget de l'État pour 2027, y compris entre 00h30 et 06h30.
Renata Cambra et le mouvement Acampada de Lisboa considèrent qu'il s'agit d'une victoire pour le droit de manifester.
"Une chose qui s'est beaucoup entendue aujourd'hui ici, à l'Assemblée populaire, c'est cette certitude que nous pouvons, ici, tous ensemble, obtenir des victoires concrètes. Et c'est cette perspective, et c'est aussi la grande force de ce mouvement, du fait qu'il ne soit pas un mouvement qui, à la première contrariété, ou avec seulement une journée d'action et de lutte, est prêt à abandonner", a déclaré l'activiste.
La police portugaise, représentée par seulement trois agents avec un œillet à la boutonnière, a également semblé s'absenter du Rossio cette dernière nuit, après une aube violente de dimanche, qui a de nouveau été marquée par des charges policières à Lisbonne et à Porto.
L'intervention a culminé en charges policières et en jets d'objets, provoquant plus de deux douzaines de blessés parmi les manifestants et les policiers.
L'action de la police a motivé une demande de clarifications du président de la République, António José Seguro, adressée au gouvernement et à la Provedora de Justiça, ainsi que l'annonce d'une plainte pénale, déposée par un avocat, pour abus de pouvoir contre le ministre de l'Administration interne et le directeur de la PSP.
Le ministère de l'Administration interne (MAI) a souligné que la décision du tribunal administratif sur les protestations pour le logement n'apprécie pas la légalité des interventions policières et ne reconnaît pas le droit d'installer des tentes dans l'espace public.
Dans un communiqué, le ministère dirigé par Luís Neves a estimé que la décision "se circonscrit à une situation individuelle et concrète, limitée à la demande de la requérante", qui est, dans ce cas, Renata Cambra.
Le ministère considère également que la décision judiciaire sauvegarde les interventions policières en situation de danger.
Nouvelle manifestation programmée
Une nouvelle manifestation, soumise au vote en assemblée populaire, a été fixée pour cette nuit, bien que le montage du marché de Noël soit prévu pour ce mardi.
Les manifestants assurent qu'ils n'abandonneront pas la place et, au contraire, ont exhorté le maire de Lisbonne, Carlos Moedas, à déplacer l'emplacement du marché.
Les manifestants ont également approuvé la tenue d'une réunion avec le président de la République, António José Seguro, après que la Casa Civil a fait savoir qu'elle était disposée à recevoir des représentants des campements de Lisbonne et de Porto.
La préparation de la rencontre sera confiée à un groupe de travail, mais aucune date n'a encore été fixée.
Depuis le 10 octobre, des manifestations pour le droit au logement se succèdent dans le pays. Elles réclament la révocation de la nouvelle loi sur la location, la fin des expulsions sans alternative de logement, un frein à l'acquisition de logements par des fonds immobiliers, l'augmentation du parc de logements publics, la réhabilitation de biens vacants à des fins d'habitation et des plafonds "vraiment accessibles" pour les loyers.