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Dernière minute. Prix Goncourt 2026 : Philippe Jaenada récompensé pour son roman "L'Inconnue du quai de Javel"

Philippe Jaenada, lauréat du prix Goncourt 2026.
Philippe Jaenada, lauréat du prix Goncourt 2026. -  Tous droits réservés  AP Photo/Teresa Suarez
Tous droits réservés AP Photo/Teresa Suarez
Par Alexander Kazakevich
Publié le •Mis à jour
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Le prix Goncourt, distinction littéraire la plus prestigieuse en France, a livré son verdict, sur fond de polémique autour de l'omniprésence d'auteurs d'un même groupe éditorial parmi les finalistes et dans les autres grands prix littéraires.

C'est le plus prestigieux prix littéraire décerné à un auteur de langue française. Réuni au mythique restaurant Drouant, dans le IIe arrondissement de Paris, le jury de l'Académie Goncourt a rendu son verdict : le prix Goncourt revient à Philippe Jaenada pour son roman "L'Inconnue du quai de Javel" (Flammarion).

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Longue de 528 pages, cette enquête revient sur l'assassinat d'une jeune femme retrouvée sans vie sur un quai de Seine à la fin des années 1950.

L'auteur, âgé de 62 ans, a déjà signé plusieurs ouvrages consacrés à des affaires criminelles.

Pour Gwilherm Perthuis, responsable de L'œil cacodylate, une librairie indépendante lyonnaise, "L'Inconnue du quai de Javel" est un livre "assez facile d'accès, rassembleur, qui concerne un large lectorat". Il estime toutefois que l'Académie "ne distingue malheureusement pas une œuvre particulièrement ambitieuse".

"Nous préférons, à L'oeil cacodylate, les années où le prix Goncourt permet de faire découvrir des voix nouvelles, encore peu installées dans le champ littéraire et des projets d'écriture qui bouleversent les habitudes de lecture", confie-t-il à Euronews.

Prix Goncourt ou prix Madrigall ?

Les quatre finalistes, dévoilés le 27 octobre, étaient tous publiés par des maisons d'édition du groupe Madrigall : Gallimard pour "La Solitude des professeurs est infinie" de Yannick Haenel et "Choses que je croyais perdues" de Clémentine Mélois, Flammarion pour "L'Inconnue du quai de Javel" de Philippe Jaenada, et les Éditions de Minuit pour "De l'autre côté du lac" de Sylvain Prudhomme.

Quel que soit le nom du lauréat, le groupe dirigé par Antoine Gallimard était donc assuré de recueillir les retombées commerciales du prix.

Même si le lauréat ne reçoit qu'un chèque d'un montant dérisoire de 10 euros, le livre primé a toutes les chances d'exploser en librairie, notamment à l'approche de Noël, où il s'imposera comme un titre de référence parmi les parutions de l'année.

La remise du prix Goncourt chez Drouant est un moment culte de la vie littéraire parisienne.
La remise du prix Goncourt chez Drouant est un moment culte de la vie littéraire parisienne. AP Photo/Teresa Suarez

L'an dernier, la saga familiale "La Maison vide" de Laurent Mauvignier, publiée aux Éditions de Minuit, elles aussi propriété de Madrigall, s'est vendue à près de 640 000 exemplaires.

Dans la foulée, le prix Renaudot, créé historiquement par des journalistes et critiques qui attendaient l'annonce des résultats du Goncourt au restaurant Drouant, a été attribué ce mardi au jeune écrivain François-Henri Désérable pour son roman "Le Palais", lui aussi chez Gallimard.

"Le système des prix ne peut pas bénéficier qu'à un seul groupe"

Selon Gwilherm Perthuis, la dernière sélection du jury Goncourt, composée exclusivement d'auteurs du groupe Madrigall, "ne va pas dans le sens de la défense de l'indépendance et de la bibliodiversité".

"Le prix Médicis a été remis la veille à un autre texte publié par Flammarion, cela fait beaucoup", souligne-t-il.

"Ce sont les textes avant tout qui sont récompensés, mais à notre sens le système des prix ne peut pas bénéficier qu'à un seul groupe, voire un seul éditeur", déplore le libraire, qui appelle à davantage d'équilibre, "pour que l'ensemble des acteurs de l'écosystème du livre puissent tirer leur épingle du jeu".

Le monde littéraire face à l'IA

Les turbulences des semaines précédentes ont également écarté un autre favori et phénomène de la rentrée littéraire : le roman "C'était ça ou mourir" du Canado-haïtien Thélyson Orélien.

Le jury Goncourt a dû le retirer de sa deuxième sélection, le 25 septembre, après que des soupçons de recours massif à l'intelligence artificielle ont été soulevés, auxquels se sont ajoutées des accusations de plagiat.

Alors qu'en France, les droits du livre avaient été achetés par la maison Grasset, propriété du milliardaire Vincent Bolloré, la maison historique de Thélyson Orélien, les Éditions du Boréal, basée à Montréal, a officiellement mis fin à sa collaboration avec l'écrivain et annoncé que son livre ne serait pas réimprimé.

Ce dernier a fini par reconnaître avoir utilisé l'IA pour faire "des recherches". L'affaire a secoué le monde littéraire, enflammé les réseaux sociaux et alimenté, pendant plusieurs semaines, les interrogations sur l'avenir du métier d'écrivain.

Créé à la suite du testament d'Edmond de Goncourt, en 1892, le prix qui porte son nom a été décerné pour la première fois le 21 décembre 1903. Un auteur ne peut recevoir le Goncourt qu'une seule fois dans sa vie. La seule exception historique est Romain Gary, qui l'a reçu sous son nom en 1956, puis en 1975 sous le pseudonyme d'Émile Ajar.

En 1951, Julien Gracq a été le premier auteur a avoir refusé l'attribution du Goncourt, pour son roman "Le rivage des Syrtes", devenu un classique incontournable du XXe siècle. Il entendait ainsi dénoncer l'incompétence des jurys, la littérature marchande et la "fabrication du succès".

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