Alors que les pays de l'Union européenne négocient le prochain budget pluriannuel, des organisations contre le cancer redoutent l'arrêt de projets, de la recherche aux soins personnalisés, qui affaiblirait la prise en charge en Europe.
Le prochain budget pluriannuel de l'Union européenne, qui couvrira la période 2028-2034, définira la manière dont le bloc répartit les financements entre ses priorités politiques, y compris la santé.
Selon la proposition de la Commission européenne, les financements destinés à la santé seraient regroupés dans une enveloppe commune avec la biotechnologie, l'agriculture et la bioéconomie, l'ensemble étant intégré dans un Fonds européen de compétitivité plus large. Les pays de l'UE ont adopté une position de négociation partielle sur ce fonds proposé, mais sa structure définitive et la répartition précise des financements restent à négocier.
Les organisations de lutte contre le cancer craignent que l'absence d'enveloppe dédiée à la santé n'entraîne une perte de soutien financier pour des projets contre le cancer déjà en cours, qui vont de la prévention et de la vaccination à la recherche sur de nouveaux outils de diagnostic et l'accompagnement des patients.
Ces projets sont en outre financés dans le cadre du Plan européen pour vaincre le cancer et de la Mission cancer, des initiatives européennes de lutte contre la maladie soutenues par un budget de santé autonome et par le programme de recherche Horizon Europe. Les deux doivent courir jusqu'en 2030, ce qui chevauchera les premières années du prochain budget pluriannuel, prévu de 2028 à 2034.
Alors qu'un accord entre les pays sur le prochain budget pluriannuel est attendu d'ici la fin de l'année, les organisations profitent de l'une de leurs dernières fenêtres d'opportunité pour plaider en faveur d'un soutien accru.
"Les projets qui changent réellement les choses, qu'il s'agisse de former des médecins, de donner une voix aux jeunes atteints de cancer ou de développer des traitements là où les options sont limitées, sont désormais confrontés à un avenir incertain", a déclaré à Euronews Isabel Rubio, présidente de l'Organisation européenne du cancer.
Parmi les projets qui se préparent à cette incertitude figure ECHoS, qui vise à soutenir la mise en œuvre des actions de l'UE contre le cancer aux niveaux national et régional.
"Nous avançons dans l'incertitude, en espérant toujours le meilleur mais en nous préparant d'une certaine manière au pire", a déclaré à Euronews Hugo Soares, co-coordinateur d'ECHoS.
Selon lui, ce serait une occasion manquée que de cesser d'investir dans des projets porteurs de technologies, de thérapies ou d'avancées prometteuses.
"Nous ne nous attendons pas à ce que la Commission les finance indéfiniment, car ce n'est pas faisable et il existe d'autres priorités, mais il faudrait une stratégie de sortie progressive, plutôt que d'arriver en 2030 et de tout couper", a-t-il estimé.
Un porte-parole de la Commission a toutefois indiqué à Euronews que, dans le cadre de sa proposition, les mesures actuellement financées via EU4Health, le budget de santé autonome de l'UE, seraient "généralement éligibles" pour solliciter des financements compétitifs dans le prochain budget pluriannuel, "offrant une voie pour soutenir les actions pertinentes en matière de santé lors de la prochaine période de financement et garantissant une transition en douceur".
Les Plans de partenariat nationaux et régionaux devraient soutenir les systèmes de santé nationaux, le Fonds de compétitivité viserait à stimuler l'innovation et la compétitivité dans le secteur de la santé, et Horizon Europe continuerait à financer la recherche, a ajouté le porte-parole.
Les pays soutiennent également cette approche, et ce sont eux qui auront le dernier mot sur le prochain budget.
Le ministère fédéral de la Santé allemand a indiqué à Euronews que tous les projets auparavant éligibles au financement d'EU4Health devraient le rester dans le nouveau budget, en ajoutant que la nouvelle structure permet de renforcer l'approche "la santé dans toutes les politiques" au niveau de l'UE.
Le cadre financier pluriannuel (CFP) proposé par la Commission pour les sept prochaines années est actuellement entre les mains des États membres. En juin 2026, ils ont accepté de conserver la structure proposée par la Commission. (source en anglais) Les négociations visent à parvenir à un accord d'ici la fin de l'année, a indiqué le Conseil à Euronews.
Les pays ont déjà trouvé un accord provisoire
Tous les pays interrogés par Euronews ne partagent pas l'optimisme de l'Allemagne.
Certains pays, comme l'Espagne, ont défendu sans succès la création d'un programme de santé autonome dans le cadre du nouveau budget pluriannuel.
L'Espagne a défendu les subventions de fonctionnement pour les organisations de la société civile actives dans le domaine de la santé et a soutenu que la santé "devrait avoir un rôle distinct d'un Fonds de compétitivité", a déclaré à Euronews Javier Sanchez Padilla, le secrétaire à la Santé du pays. Il a toutefois reconnu que la tendance est de "mettre tout dans le panier de la compétitivité".
Le ministère de la Santé luxembourgeois a indiqué à Euronews qu'il s'inquiète de la visibilité et de la continuité du financement européen de la santé publique, en particulier pour la prévention, la promotion de la santé et l'échange de bonnes pratiques entre autorités sanitaires, tandis que la Slovénie a demandé des garanties pour assurer les investissements dans la santé.
L'Estonie a fait valoir que les principales garanties résideront dans les programmes de travail pluriannuels du fonds, qui fixeront les allocations, les activités soutenues et les règles de cofinancement.
Que dit le Parlement ?
Les députés européens ont eux aussi exprimé des inquiétudes concernant la structure proposée.
Vytenis Andriukaitis, membre du groupe des Socialistes & Démocrates, a déclaré à Euronews que le Fonds de compétitivité était davantage centré sur l'industrie et que les programmes de prévention risquaient de recevoir moins d'attention.
"Le Fonds de compétitivité est davantage dirigé vers l'industrie. Il concerne aussi l'industrie de la santé, mais les programmes de prévention seront loin de l'attention, et il est clair que nous serons confrontés à des défis majeurs à cause de cela", a-t-il déclaré.
La commission de la santé publique du Parlement a demandé que EU4Health reste un programme autonome et qu'Horizon Europe reçoive davantage de financements pour la prévention en matière de santé. Dans un rapport adopté le 28 septembre, elle réclame au moins 10,05 milliards d'euros pour la santé dans le budget de l'UE 2028-2034, dont 2,5 milliards spécifiquement réservés aux actions contre le cancer.
Le Parlement ne peut pas amender le texte du budget pluriannuel, mais il dispose d'un droit de veto : le Conseil ne peut adopter le règlement qu'une fois que le Parlement a donné son consentement à la majorité absolue.
L'Organisation européenne du cancer formule une demande similaire. Elle estime que le prochain budget pluriannuel de l'UE doit consacrer au moins 10 milliards d'euros à la santé, dont au moins 2 milliards à un fonds spécifique pour le cancer. Elle souhaite également que ces montants soient protégés de la concurrence avec les priorités industrielles et commerciales, et assortis d'engagements de financement à long terme.
"Il n'a aucun sens que l'Europe investisse des millions dans des programmes qui sauvent des vies, pour ensuite les laisser disparaître parce que nous avons laissé les financements se tarir", a ajouté Rubio.