FMI: la zone euro doit durcir sa politique budgétaire face à la crise énergétique, avec un effort supplémentaire pour les pays très endettés
Les pays de la zone euro ne devraient pas assouplir davantage les mesures budgétaires mises en place pour faire face au choc énergétique actuel, mais au contraire améliorer l’équilibre de leurs finances publiques, avec un effort supplémentaire demandé aux États très endettés, a mis en garde le Fonds monétaire international (FMI).
« Un nouvel assouplissement des règles budgétaires risquerait de saper la crédibilité du cadre en place et de placer la dette sur une trajectoire encore plus élevée », écrit le FMI dans son évaluation annuelle de l’économie de la zone euro, publiée jeudi.
Une procédure de déficit excessif prévoyant un ajustement de 1,5 % est déjà en vigueur dans l’ensemble du bloc, avec une marge dédiée aux dépenses de défense, mais les pays de l’UE les plus touchés par la crise énergétique réclament un assouplissement supplémentaire des règles budgétaires. Alors que la guerre se poursuit au Moyen-Orient, les importateurs européens qui dépendent fortement du pétrole et du gaz sont particulièrement affectés.
Les dernières prévisions économiques montrent que la crise commence à se faire sentir. L’inflation remonte et la croissance ralentit, tandis que la Banque centrale européenne a annoncé jeudi une hausse de 0,25 % de ses taux d’intérêt – probablement pas la dernière cette année.
« Les chocs successifs ont conduit à des interventions budgétaires pour protéger les consommateurs et les entreprises, et cela a malheureusement créé l’attente que, chaque fois qu’un choc survient, des aides seront accordées », a déclaré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, à des journalistes lors d’un point de presse.
« Nous ne cessons de prévenir que nous vivons dans un monde plus exposé aux chocs. Il faut s’attendre à d’autres chocs à l’avenir et nous devons être très prudents dans l’utilisation de ressources publiques limitées, en gardant à l’esprit que ce ne sera pas la dernière fois qu’elles seront nécessaires. »
Les pays très endettés réclament de la flexibilité
La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, est en première ligne parmi ceux qui demandent un assouplissement des règles. Dans une lettre adressée fin mai à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Meloni a réclamé de nouvelles marges de flexibilité pour faire face à la crise énergétique.
En réponse, la Commission européenne a annoncé la semaine dernière que des flexibilités ne pourraient être accordées que dans le cadre actuel, en autorisant le transfert vers l’énergie de 0,3 point des 1,5 % déjà réservés à la défense.
Georgieva a indiqué devant la presse que le FMI « souhaiterait vivement que les pays fassent preuve de discipline dans l’utilisation de cette flexibilité, en particulier ceux qui affichent des niveaux de déficit élevés ».
Le FMI a salué les dernières initiatives de la Commission et détaillé ce que devraient faire les pays très endettés comme l’Italie.
« Un ajustement budgétaire structurel à moyen terme demeure impératif », indique le communiqué publié jeudi, qui appelle les gouvernements de la zone euro à réduire leurs déficits – et à accroître leurs excédents lorsqu’ils en ont.
En excluant l’Allemagne, le FMI recommande « d’améliorer le solde primaire structurel d’environ 3 points de PIB entre 2025 et 2031 – soit 1,3 point de plus que dans le scénario de référence, principalement pour les pays dont l’endettement est élevé ».
Autrement dit, le FMI demande aux pays de la zone euro une consolidation budgétaire structurelle, avec un effort supplémentaire pour les États très endettés, qui doivent aller au-delà de ce qui était déjà prévu.
« L’ajustement budgétaire exigera une stratégie globale et crédible combinant une nouvelle hiérarchisation des dépenses, une plus grande efficacité de la dépense publique et des mesures structurelles telles qu’une réforme des prestations, ainsi que des réformes favorables à la croissance pour renforcer les recettes », ajoute le communiqué.