La mobilisation était en recul samedi dans les rues de France par rapport aux trois précédents week-ends, mais les syndicats ont déjà appelé à une nouvelle journée de grève mardi. Un manifestant parisien raconte à Euronews un moment de "cohésion", mais aussi l'expression de "besoins culturels".
Des milliers de personnes ont manifesté dans toute la France pour le quatrième samedi consécutif pour faire entendre leur colère contre le gouvernement.
Les revendications se sont élargies au fil des semaines, portant désormais sur les salaires, la dégradation des conditions d'apprentissage des élèves et des étudiants, l'état des services publics, mais aussi les restrictions imposées au droit de manifester, depuis les pillages du 17 octobre, et la relégation des cortèges à l'écart des centres-villes et des lieux de pouvoir.
Selon le ministère de l'Intérieur, 146 000 personnes ont défilé samedi dans toute la France, dont 46 000 à Paris. L'intersyndicale de la jeunesse a, de son côté, revendiqué 250 000 manifestants dans le pays, dont 75 000 dans la capitale.
La mobilisation est en "net recul", a fait remarquer l'entourage du ministre Laurent Nuñez. Une baisse à nuancer toutefois, puisque cette nouvelle journée de mobilisation intervenait après la grève générale de jeudi, qui avait rassemblé 575 000 personnes selon les autorités, et 1,6 million selon les syndicats.
"Un grand événement de joie"
"Il y a des revendications sur la vie chère, l'inaccessibilité des services publics pour certaines populations, le prix des carburants, le sous-financement de la santé et de l'éducation", confie à Euronews Louis, 34 ans, qui a participé à la manifestation parisienne. Mais il dit avoir surtout ressenti "une énorme cohésion", ainsi qu'une envie presque "culturelle" de "faire acte de présence dans la rue".
Alors qu'il affirme avoir été "marqué" par les précédentes manifestations, au cours desquelles il avait assisté à des tirs de gaz lacrymogènes et de "flashballs", cet ancien cadre d'un bureau d'études originaire de Bretagne, actuellement au chômage, décrit cette journée du samedi 7 novembre comme "un grand événement de joie".
"On a eu une liberté de mouvement qui a permis à une fanfare de circuler, à une techno parade (un sound system de la manifestation - Euronews) de défiler également. On a même eu une battle d'aura en plein milieu de la marche", raconte-t-il.
Pour Louis, si "les revendications monétaires et financières" sont bien au cœur de la mobilisation et expliquent pourquoi "tout le monde est dans la rue", la présence de concerts, de spectacles de rue et de discours témoigne aussi d'un manque, selon lui, en matière de réponse aux "besoins culturels".
Critiqué pour le raté sécuritaire lors des violences du 17 octobre et son manque d'anticipation, le ministre de l'Intérieur a reconduit le dispositif mis en place lors des manifestations des 24 et 31 octobre, qui avaient donné lieu à moins d'incidents.
Au total, 70 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés samedi dans tout le pays, prêts à intervenir rapidement. Près de 40 000 contrôles "préventifs" ont également été effectués sur les routes et dans les gares, selon le ministère.
Après la journée de samedi, Louis assure n'avoir "rien à redire" sur l'encadrement général du cortège parisien par les forces de l'ordre. Il pointe toutefois comme "principal problème" les techniques de nassage, qui consistent à encercler un groupe de manifestants, ainsi que le blocage de certaines rues.
Il relève en revanche des "actions localisées" de certaines unités spéciales, comme la BRAV-M (Brigade de répression de l'action violente motorisée), qui, selon lui, "rompt des cortèges pour venir s'y insérer et éjecter des foules".
Il décrit ainsi une forme de "dichotomie" entre des policiers qui marchent parfois "à hauteur des manifestants, au point de pouvoir discuter avec eux", et les unités spécialisées, qui seraient là "pour mettre fin au moindre mouvement et casser les foules".
Le ministère de l'Intérieur a fait état d'affrontements entre les forces de l'ordre et certains manifestants dans plusieurs grandes villes, notamment Marseille, Lyon, Toulouse, Grenoble, Bordeaux et Strasbourg.
"Comme prévu les cortèges étaient moins encadrés par les organisations syndicales, un grand nombre n’étant pas déclarés", a également indiqué le ministère samedi soir.
À Paris, où le cortège s'est déroulé dans le calme, des "groupes à risque" et des "individus particulièrement violents" ont provoqué de ''nombreux incidents" à la fin de la manifestation, place de la Nation. La police a fait usage de gaz lacrymogènes contre des individus qui lançaient des projectiles et des mortiers d'artifice.
Selon un bilan provisoire, 360 personnes ont été interpellées dans toute la France.
Nouvel appel à la grève mardi
Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit rencontrer lundi des représentants des syndicats et des organisations patronales pour discuter des salaires et du pouvoir d'achat. Il a précisé que le ministre du Travail et celui de l'Action et des Comptes publics menaient des consultations "depuis plusieurs jours", notamment auprès d'agents de la fonction publique.
Mais des organisations étudiantes et enseignantes ont appelé à une nouvelle journée de grève mardi afin de maintenir la pression sur le gouvernement et réclamer davantage de moyens pour l'éducation. Dans un communiqué, elles estiment être "en position de force", tandis que le gouvernement serait "en position de faiblesse" et commencerait à "reculer".