En Suisse, les autorités comme les milieux économiques ont salué dimanche le rejet de la mesure anti-immigration portée par la droite populiste, rejetée par plus de 54 % des votants.
Les électeurs suisses ont voté dimanche sur une initiative portée par le parti de droite populiste Union démocratique du centre (UDC), visant à plafonner la population du pays alpin à 10 millions d'habitants.
Selon les premiers résultats publiés par le gouvernement fédéral, plus de 54 % des votants ont rejeté la proposition, avec une participation nationale supérieure à 57 %. Les résultats de plusieurs des 26 cantons suisses restaient encore attendus.
Des sondages récents de l'institut gfs.bern laissaient présager un scrutin serré.
Un vote favorable aurait contraint le gouvernement à prendre des mesures pour limiter la population d'ici 2050, notamment en restreignant l'immigration.
L'UDC, qui détient le plus grand nombre de sièges à l'Assemblée fédérale suisse, alimente depuis plusieurs années un discours anti-immigration, notamment en lien avec l'afflux de travailleurs en provenance de l'Union européenne voisine.
Le référendum était susceptible de fragiliser les liens étroits entre la Suisse et les Vingt-Sept, fondés sur des accords favorisant la croissance économique, les échanges culturels et la libre circulation. Certains l'ont même qualifié de "Brexit suisse".
La Suisse n'est pas membre de l’Union européenne, mais elle est entourée de quatre États membres et fait partie de l'espace Schengen.
Les étrangers représentent près d’un tiers de la population
La population du pays a augmenté d'environ un quart en une génération, pour atteindre environ 9,1 millions d'habitants, dont environ 27 % de ressortissants étrangers.
Les opposants à la mesure estiment que cette hausse de l'immigration a permis de répondre aux besoins de main-d'œuvre dans des secteurs comme la santé, la finance, la pharmacie et les technologies.
L'UDC, pour sa part, présentait son texte comme une "initiative pour la durabilité", estimant que les infrastructures, le logement, les services sociaux, les ressources naturelles et le mode de vie du pays sont sous pression en raison de la croissance démographique.
Le gouvernement fédéral, le Parlement, les syndicats ainsi que l'association patronale EconomieSuisse s'opposaient à cette proposition.
Les premiers résultats montrent qu'environ deux tiers des électeurs de la région de Genève, deuxième ville de Suisse et centre important d'institutions onusiennes et d'organisations humanitaires, ont rejeté la mesure.
Maria Lalu, ancienne employée d'une mission diplomatique originaire des Philippines et arrivée en Suisse au début des années 1980, a déclaré avoir soutenu la proposition. "Je n'ai rien contre l'immigration. Moi aussi je suis étrangère", a-t-elle déclaré après avoir voté, ajoutant qu’elle souhaite une immigration plus encadrée.
L'enseignante Natascha Robert a, elle, voté contre le projet, exprimant son inquiétude quant à un possible affaiblissement des relations entre la Suisse et l'UE. Elle a également estimé que la diversité croissante du pays constitue un atout.
"Je pense que les gens ont toujours quelque chose à nous apporter", a-t-elle déclaré à la sortie d'un bureau de vote dans le quartier des Pâquis, dans le centre de Genève, en précisant être née en Suisse de parents suisses. "Est-ce que cela signifie qu'il y a plus d'étrangers et que je me sens moins suisse ? Franchement, non."
La démocratie suisse donne aux électeurs un droit de décision direct sur les politiques publiques à travers des référendums organisés généralement quatre fois par an. La plupart des bulletins sont envoyés par courrier, et le vote en présentiel se termine le dimanche à midi, heure locale.
Le gouvernement serait contraint de limiter l'asile, le regroupement familial et les permis de séjour, et pourrait être amené à dénoncer l'accord de libre circulation avec l'Union européenne si la population atteignait 9,5 millions d'habitants avant 2050.
Par ailleurs, les électeurs ont approuvé une modification de la loi sur le service civil lors d'un autre scrutin organisé dimanche.
Ce "oui" prévoit l'introduction de six nouvelles mesures dans le dispositif du service civil en Suisse.