Chaque année, des milliers de touristes affluent en Provence pour y admirer les champs de lavande. Alors que la culture de ces fleurs à l'odeur délicate enregistre une baisse de rentabilité, les agriculteurs se tournent vers l'élevage de poules, un secteur aujourd'hui très porteur.
À l’approche de l’été, des milliers de touristes d'apprêtent à parcourir les routes du plateau de Valensole, dans le sud de la France pour admirer ces célèbres champs de lavande. Derrière cette carte postale se cache une réalité préoccupante : la culture de la lavande est de moins en moins rentable ce qui pousse de nombreux agriculteurs à repenser leur activité.
Face à cette situation, certains d'entre eux se tournent vers les cultures de pistachiers, grenadiers ou amandiers. D’autres misent sur un secteur en plein essor : l'élevage de poules pondeuses.
Deux poulaillers doivent bientôt sortir de terre au milieu des lavandes du plateau de Valensole, chacun destiné à accueillir 25 000 poules pondeuses.
Dans le village isolé de Roumoules (140 habitants), un permis de construire a été délivré à un agriculteur pour lui permettre d’implanter un poulailler géant sur plusieurs hectares.
Cette décision suscite l’opposition d’une partie des habitants, qui auraient préféré un projet plus petit et moins industriel. D’autres au contraire saluent l’initiative et se réjouissent à l’idée d’acheter des œufs produits localement.
Une diversification devenue indispensable
Les agriculteurs de la région confirment que la lavande est devenue une culture délicate, vulnérable aux aléas climatiques, et de moins en moins rentable.
"Il y a eu à un moment donné une surproduction, les prix se sont donc effondrés, et avec une météo imprévisible, nous avons des rendements en baisse", explique Ludovic Chaillan, agriculteur à Roumoules. "Nous cherchons une diversification plus stable pour assurer un revenu régulier."
Le producteur de lavande et de fenouil élèvera bientôt 25 000 poules pondeuses dans ses champs, ce qui devrait lui assurer un revenu d’environ 2 500 € par mois.
Pour Jacques Richier, maire de Saint-Jurs, village voisin, les poulaillers ne dénatureront pas le paysage : "La ferme se trouve à plusieurs kilomètres du village, on ne la verra pas. Le bâtiment occupera 2 000 m² de terrain, ce n’est vraiment pas énorme."
L'élu estime aussi que la production d’œufs pourrait être un moyen rentable de dynamiser l’économie locale : "Bien sûr que je veux que les agriculteurs restent", confie le maire à Euronews. "C’est magnifique pour le paysage quand ils cultivent la lavande, la sauge et l’immortelle. Mais les œufs représentent un secteur économique majeur."
Une initiative soutenue par l’État
Ces projets ont été rendus possibles par une loi nationale d’urgence agricole adoptée par le Parlement français. Ce texte facilite l’installation de poulaillers en Provence et lève des freins administratifs pour les agriculteurs comme pour les communes.
Une initiative portée par la hausse de la consommation d’œufs. En France, 237 œufs sont consommés chaque année par personne. Mais l’offre n’a pas suivi, faisant de l’élevage de poules pondeuses une activité lucrative pour les agriculteurs.
Le gouvernement souhaite mettre en place un cadre juridique spécifique pour les bâtiments avicoles. La procédure actuelle, applicable aux élevages de plus de 40 000 poules pondeuses, est calquée sur celle de l’industrie.
Elle impose la réalisation, à la charge de l’exploitant, d’études d’impact environnemental et d’une consultation du public, ce qui finit par en décourager plus d’un.
Deux autres projets similaires sont à l’étude dans la région. Le Comité national pour l’œuf estime qu’il faudra 300 poulaillers supplémentaires d’ici 2030 pour atteindre l’autosuffisance.