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Le gouvernement espagnol débloque 309 millions d'euros d'aide pour Ceuta

Un migrant arrive à Ceuta par l'une des plages de la ville
Un migrant traverse vers Ceuta, sur l'une des plages de la ville Tous droits réservés  AP
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Par Cristian Caraballo & Euronews en español
Publié le
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La crise migratoire à Ceuta continue de dominer l'agenda politique espagnol. Ce mardi, le gouvernement a approuvé un plan d'aide exceptionnel de 309 millions d'euros pour la ville autonome, destiné à protéger l'emploi, soutenir les entreprises, renforcer la sécurité et garantir les services publics.

La porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, a présenté les mesures aux côtés du premier Vice-président, Carlos Cuerpo, et du ministre de la Politique territoriale et commandement unique dans la crise, Ángel Víctor Torres, la veille d'une manifestation qui a fini par diviser le PSOE et a poussé Podemos à convoquer un rassemblement alternatif contre le racisme.

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Ce plan, a expliqué Cuerpo, mobilise des fonds équivalents à près de 16 % du PIB de la ville pour les quatre mois restant de 2026. L'enveloppe est répartie en quatre volets : 21 millions pour la santé, l'éducation, la justice et le traitement de l'eau ; plus de 90 millions pour la Défense et les forces de sécurité de l'État ; 118 millions pour l'aide humanitaire aux mineurs migrants non accompagnés, une compétence de la ville autonome ; et 80 millions sous forme d'aides directes aux entreprises, d'incitations au commerce et de baisses d'impôts.

Le ministre de l'Économie, Carlos Cuerpo, affirme que le paquet d'aides à Ceuta constitue une "réponse de choc" destinée à répondre aux demandes des acteurs sociaux et du gouvernement de la ville. Selon lui, l'objectif principal du décret est "de redonner confiance aussi bien aux entreprises qu'aux travailleurs".

Cuerpo a souligné en outre qu'avant la crise migratoire, Ceuta traversait "une phase de dynamisme économique" qui avait permis de corriger certains des "déficits structurels" que la ville traînait depuis des décennies.

Aides directes aux entreprises et aux travailleurs indépendants

Sur ces 80 millions, l'enveloppe la plus importante, 36,6 millions, est consacrée aux aides directes : 5 000 euros par travailleur indépendant et entre 10 000 et 150 000 par entreprise, selon son chiffre d'affaires. Les demandes pourront être déposées à partir du lundi 14 sur le site de l'Agence fiscale, avec pour objectif que les premiers paiements arrivent début octobre.

Le gouvernement estime que la mesure bénéficiera à 2 600 travailleurs indépendants et 1 400 entreprises. S'y ajoutent 14 millions en bons de consommation et de tourisme, un million pour le plan "Ceuta Exporta" et un autre million pour promouvoir la ville comme destination touristique internationale.

Le paquet comprend aussi des mesures permanentes : l'abattement sur l'impôt sur les sociétés passe de 50 % à 60 % pour les entreprises de Ceuta et Melilla qui maintiennent leur activité et l'emploi, ainsi que des améliorations de la fiscalité de l'impôt sur le revenu (IRPF) pour les indépendants, pour un total de 12 millions d'euros.

La cotisation patronale à la Sécurité sociale est bonifiée de 50 % à 75 % pour les contrats à durée indéterminée liés à la formation, pour un coût de 12,2 millions sur quatre mois. Une ligne de garanties ICO allant jusqu'à 50 millions est également ouverte, des exonérations pour les entreprises qui recourent à un ERTE et une prestation extraordinaire pour cessation d'activité destinée aux indépendants.

Le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, avait déjà alerté sur la gravité de la situation il y a un mois, lorsque le gouvernement a approuvé un premier paquet de 168 millions d'euros pour Ceuta. Il insiste désormais sur un nouveau texte, publié par le leader du PP, Alberto Núñez Feijóo, dans lequel il dénonce "une attaque contre son intégrité territoriale" et décrit une ville "débordée et au bord de l'effondrement".

Le président de la ville en appelle à l'unité de l'Espagne lors du Jour de Ceuta après la crise frontalière

Juan Jesús Vivas a également adressé un message à l'ensemble des Espagnols à l'occasion du Jour de Ceuta, célébré ce 2 septembre, dans un contexte particulièrement compliqué pour la ville après la récente crise frontalière. Dans sa lettre, Vivas revendique l'unité et la solidarité de toute l'Espagne et remercie pour les marques de soutien reçues ces dernières semaines.

"Ceuta a vécu en août son mois le plus dur", indique le président au début de son message, dans lequel il qualifie les événements récents "d'atteinte sans précédent" contre le territoire et la souveraineté de la ville. Vivas place la défense de l'intégrité territoriale comme l'un des principaux axes de son discours et affirme que "ce qui est en jeu, c'est la cause de Ceuta qui, en définitive, est la cause de toute l'Espagne".

Le président rappelle également les siècles d'histoire commune entre Ceuta et l'Espagne et adresse un message de fermeté à ceux qui, selon lui, "ont provoqué, organisé ou toléré l'assaut contre notre frontière". Face à eux, il assure que Ceuta ne sera "jamais" abandonnée.

Un Jour de Ceuta marqué par la crise

Vivas reconnaît que la célébration de ce 2 septembre sera différente de celles des années précédentes. La situation que traverse la ville fait de cette journée, à ses yeux, un moment "particulièrement significatif" et une occasion de renforcer les liens et l'unité entre les Espagnols.

Dans ce contexte, le président rappelle les rassemblements convoqués à 20 h dans des communes de toute l'Espagne, en réponse à l'appel lancé par la Fédération espagnole des municipalités et provinces (FEMP).

Vivas souligne que ces mobilisations ne répondent pas à des intérêts partisans et "ne sont pas marquées par la couleur politique ni par les idéologies". Leur objectif, explique-t-il, est de transmettre un message d'unité et de soutien à Ceuta. Il estime également que la ville affronte une situation "à haut risque à tous les égards", qu'elle "se sent menacée" et qu'elle a besoin "du soutien de tous les Espagnols".

"La cause n'est pas exclusivement celle de Ceuta"

L'un des principaux messages de la lettre est de présenter la défense de Ceuta comme une question qui dépasse le cadre local. "La cause n'est pas exclusivement celle de Ceuta, c'est la cause de toute l'Espagne", affirme Vivas, qui associe la défense de la ville à la protection de l'intégrité territoriale et des valeurs démocratiques. Le président consacre aussi une partie de son message à remercier pour les gestes de solidarité venus de différents points du pays au cours du dernier mois.

"Nous ne vous avons jamais cessé de vous sentir à nos côtés", assure Vivas qui, au nom de tous les habitants de Ceuta, exprime sa gratitude pour le soutien, l'affection et la présence manifestés envers la ville durant "son moment le plus difficile". Selon lui, ces marques de soutien ont représenté pour Ceuta "un motif d'encouragement et d'espoir" et ont permis de transmettre à ses habitants un message clair : "Nous ne sommes pas seuls".

"Ceuta tient bon et n'est pas prête à se rendre"

Vivas conclut sa lettre en encourageant les citoyens à participer aux rassemblements prévus ce 2 septembre et en exprimant le souhait que la journée soit de nouveau une manifestation "d'unité et de solidarité" avec Ceuta et avec l'Espagne. Le président termine son message par une déclaration de fermeté face aux circonstances que traverse la ville : "Ceuta tient bon et n'est pas prête à se rendre".

La lettre s'achève sur l'une des phrases qui résument le mieux le ton du message : "Ceuta ne se vend pas, Ceuta se défend. Ceuta est l'Espagne et elle va le rester. Unis, nous sommes bien plus forts". Vivas clôt son intervention en adressant "une étreinte fraternelle" en son nom et au nom de tous les habitants de Ceuta.

Soutien de la droite et critiques contre le Maroc

Au sein du PP, le vice-secrétaire à la Trésorerie, Juan Bravo, a défendu la convocation comme un moyen d'éviter que le cas de Ceuta ne tombe dans l'oubli face à d'autres actualités. Le porte-parole Borja Sémper est allé plus loin et a désigné le Maroc comme une sorte "d'éléphant blanc" que le gouvernement "n'ose pas nommer", imputant au pays voisin la responsabilité de l'assaut contre la clôture frontalière : "Pas un crayon ne bouge sans que la dictature marocaine le sache", a-t-il assuré.

La manifestation, impulsée par la Fédération espagnole des municipalités et provinces (FEMP), a provoqué des frictions au sein même du PSOE. La direction du parti est allée jusqu'à la qualifier de marche contre Pedro Sánchez, avant d'adoucir sa position, "c'est une option, pas une obligation", après que plusieurs députés de Ceuta et maires andalous, ainsi que celui du bastion socialiste de León, José Antonio Díez, ont annoncé leur présence. Le PSOE de Ceuta lui-même a finalement confirmé sa participation.

Dans un communiqué, le parti au niveau national a défendu la réponse du gouvernement, "en renforçant la sécurité, en augmentant les ressources sanitaires et humanitaires", et a réclamé "une pleine collaboration institutionnelle" plutôt que des manifestations sans consensus : "La crispation n'aide pas Ceuta", concluait le texte.

Podemos répond par un rassemblement contre le racisme

En parallèle aux marches de la FEMP, Podemos a convoqué son propre rassemblement à Madrid sous le slogan "Stoppons le racisme", aux côtés d'anticapitalistes et de collectifs comme le Syndicat des étudiants ou la CGT.

Sa secrétaire générale, Ione Belarra, a accusé le gouvernement d'alimenter, par son inaction à Ceuta, "l'essence qui permet au racisme de se propager" et a appelé à se mobiliser face à ce qu'elle considère comme une tentative de la droite de raviver le discours raciste et xénophobe. D'autres rassemblements antiracistes ont été convoqués dans des villes comme Malaga, Salamanque, Santander ou Burgos.

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