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L'UE reconduit les sanctions contre la Russie mais retire Ousmanov à la demande de la France

Vladimir Poutine et Alicher Usmanov
Vladimir Poutine et Alicher Usmanov Tous droits réservés  Alexei Druzhinin/AP
Tous droits réservés Alexei Druzhinin/AP
Par Jorge Liboreiro
Publié le Mis à jour
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Paris a finalement obtenu le retrait d'Alicher Ousmanov de la liste des sanctions de l'UE, sur fond de libération de prisonniers français en Azerbaïdjan.

L'Union européenne a accepté de retirer l'oligarque russo-ouzbek Alicher Ousmanov de sa liste de sanctions, au terme de négociations tendues avec la France qui souhaitait faciliter la libération de Français détenus en Azerbaïdjan.

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Un deuxième oligarque russe, Mikhaïl Fridman, a également été retiré après que la Slovaquie a opposé son veto au maintien des sanctions à son encontre, ont indiqué plusieurs diplomates à Euronews.

Le Luxembourg avait fait valoir que si Ousmanov était retiré, Fridman devait l'être aussi. Ce dernier a déposé une demande d'indemnisation de 16 milliards de dollars contre le Luxembourg en raison du gel de ses avoirs.

Les ambassadeurs ont entériné le compromis mardi, après deux semaines de pourparlers qui ont poussé le régime de sanctions de l'UE au bord de l'implosion.

La Lettonie a bloqué la procédurelundi, estimant que le moment n'était pas venu de desserrer la pression sur Moscou. Le pays balte a finalement cédé mardi après-midi et a opté pour une abstention constructive, permettant d'atteindre l'unanimité requise.

Pour compenser la levée des mesures contre ces deux hommes d'affaires très en vue, l'UE va prolonger ses sanctions individuelles contre la Russie pour une durée inédite de 36 mois.

Jusqu'ici, ces mesures étaient reconduites tous les six mois, ce qui donnait régulièrement aux États membres l'occasion de demander des concessions.

La liste de sanctions comprend actuellement plus de 2 600 personnes, organisations et entités accusées de soutenir la guerre menée par la Russie en Ukraine, dont le président Vladimir Poutine.

"Personne n'est satisfait de cela"

Si le compromis permet de maintenir les sanctions bien plus longtemps et de les protéger de veto inattendus à l'avenir, la levée des mesures visant les deux oligarques a provoqué la colère de Kyiv, qui s'est opposée vigoureusement à cette décision.

À l'approche du dénouement des négociations, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé publiquement le bloc à maintenir Ousmanov et Fridman sur la liste noire. Son message remerciait la Lettonie pour son opposition.

"Le monde n'a pas besoin d'une levée politique des sanctions, mais d'une reconduction rapide et inconditionnelle des sanctions individuelles, jusqu'à ce que Moscou s'engage dans de véritables négociations de paix et prenne des mesures concrètes pour mettre fin à sa guerre contre l'Ukraine", a déclaré Zelensky.

"Il s'agit du chemin le plus court vers la paix que nous recherchons tous. Chaque famille ukrainienne compte sur l'unité et la solidarité de l'UE".

Ses appels n'ont cependant pas suffi à faire basculer l'équilibre. Les États membres ont progressivement compris que la France avait investi trop de capital politique et refuserait d'abandonner sa demande concernant Ousmanov, malgré la controverse.

"Personne n'est satisfait de cela", a confié un diplomate. "Mais le consensus dans la salle était qu'il vaut mieux maintenir le reste des inscriptions dans le régime et s'assurer que nous n'aurons pas à revivre ce cirque de sitôt".

Un accord avec Tachkent

L'UE a sanctionné Ousmanov dans les premiers jours de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en invoquant ses "liens étroits" avec le président russe Vladimir Poutine et ses intérêts dans des "secteurs clés" de l'économie russe qui procurent des revenus "substantiels" à l'État.

Cet homme d'affaires de 73 ans, dont la fortune est estimée à 16,6 milliards de dollars, nie ces accusations et a contesté les sanctions, qui impliquent une interdiction de voyager et le gel de ses avoirs.

Alicher Ousmanov, à droite, se tient derrière le président russe Vladimir Poutine, à Gubkin, dans la région de Belgorod, en Russie, le vendredi 14 juillet 2017
Alicher Ousmanov, à droite, se tient derrière le président russe Vladimir Poutine, à Gubkin, dans la région de Belgorod, en Russie, le vendredi 14 juillet 2017 Mikhail Klimentyev, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP

L'Ouzbékistan, aux côtés d'autres États turciques, fait pression depuis deux ans sur les institutions de l'UE et plusieurs États membres pour obtenir la radiation d'Ousmanov de la liste.

Selon les informations recueillies par Euronews, les autorités ouzbèkes et françaises ont conclu en coulisses un accord prévoyant qu'en échange de la levée des sanctions contre l'oligarque, l'Azerbaïdjan libérerait de prison deux ressortissants français.

Dans le cadre de cet accord, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, accorderait une grâce présidentielle.

La France n'a pas confirmé cet arrangement. Les responsables français n'ont évoqué qu'un problème de "sécurité nationale" et ont refusé de donner davantage de détails, alimentant le flou autour des négociations.

Depuis septembre 2024, Paris déconseille les voyages en Azerbaïdjan en raison d'un "risque d'arrestation, de détention arbitraire et de procès inéquitable".

Le ministère français des Affaires étrangères avertit dans un avis de voyage toujours en vigueur : "En cas d'arrestation ou de détention, le respect des droits fondamentaux n'est pas garanti".

L'an dernier, un tribunal azerbaïdjanais a condamné à 12 ans de prison le cadre français du secteur de la gestion de l'eau Anass Derraz pour avoir accepté en 2018 un pot-de-vin d'un homme d'affaires azerbaïdjano-russe dans le cadre de démarches visant à libérer un yacht saisi.

Plus tôt cette année, le ressortissant français Martin Ryan a été condamné à 10 ans de prison en Azerbaïdjan pour espionnage de l'armée et collecte d'informations secrètes au profit du gouvernement français. Ryan et Paris ont fermement contesté ces accusations.

La France a actualisé son avis de voyage en avril, après la condamnation de Ryan.

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