En Saxe-Anhalt, le chef de file de l'AfD, Ulrich Siegmund, suscite de vives réactions après sa victoire électorale, à la suite de déclarations controversées sur l'industrie de l'armement et la politique migratoire.
La tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, a suscité de vives critiques après avoir évoqué un possible recours à du matériel militaire dans le cadre d’une future "offensive de remigration et d’expulsions". En toile de fond : le projet d’implantation à Sangerhausen d’un site de production du groupe israélien d’armement Elbit Systems. Lors d’une conférence de presse, Siegmund a établi un lien entre l’industrie de l’armement, la sécurité intérieure et la politique migratoire défendue par son parti.
Siegmund a d’abord affirmé que l’AfD ne rejetait pas par principe la production d’armements. Celle-ci pourrait notamment contribuer, selon lui, à la sécurité intérieure, à la stabilité du pays et à sa défense. Il a ensuite fait le lien avec les objectifs de son parti en matière de politique migratoire, estimant qu’il ne fallait pas condamner l’industrie de l’armement dans son ensemble, car de futurs "offensives de remigration et d’expulsions" nécessiteraient, selon lui, des moyens appropriés.
Face aux critiques suscitées par ces déclarations, Siegmund a par la suite tenté de les préciser.
Il a souligné que l’industrie de l’armement couvrait un secteur beaucoup plus large que la seule production d’armes, incluant notamment les véhicules, les équipements de protection et d’autres matériels destinés à la Bundeswehr, à la police et aux services de sécurité. À ses yeux, ces secteurs devraient être renforcés afin de permettre l’application du droit, l’exécution des expulsions et la mise en œuvre d’une "véritable offensive de remigration".
Selon lui, dès lors qu’une implantation industrielle contribue à la défense nationale, à la sécurité intérieure et à l’application de l’État de droit, il incomberait à l’État de la soutenir.
Siegmund : pas d'armes pour des guerres à l'étranger
Dans le même temps, le responsable de l’AfD a insisté sur le refus de son parti de fournir du matériel militaire pour des "guerres é à l'étranger". Selon lui, il existe une différence fondamentale entre produire de tels équipements en Allemagne et les livrer à des conflits extérieurs, au risque d’impliquer le pays dans ces guerres. L’AfD entend donc examiner de près ce qui serait produit à Sangerhausen et dans quelles conditions.
Le projet d’implantation d’Elbit Systems suscite depuis plusieurs mois la controverse à Sangerhausen. Des habitants s’y opposent, avec le soutien du parti populiste de gauche, BSW. Basé à Haïfa, le groupe israélien d’armement développe et produit notamment des drones, des obusiers, des lance-roquettes ainsi que des systèmes de communication et de protection destinés à un usage militaire. Parmi ses produits les plus connus figurent notamment les drones des familles Hermes et Skylark.
En Allemagne, l’entreprise est implantée à Ulm. Selon Elbit Systems, le groupe travaille déjà avec la Bundeswehr et lui fournit notamment des systèmes d’autoprotection pour ses aéronefs.
Pas encore de position sur le groupe d'armement israélien
Pour le projet d’implantation à Sangerhausen, une zone industrielle d’environ 130 hectares est prévue. Le maire de la ville, Torsten Schweiger (CDU), a récemment assuré qu’aucun assemblage final de drones ni aucune fabrication d’obus ou de munitions n’y seraient réalisés. Aucune décision définitive n’a toutefois encore été prise. Siegmund a lui aussi indiqué que son parti n’avait pas arrêté sa position. Outre les enjeux de sécurité et de politique étrangère, les retombées économiques pour la région devront également être prises en compte, a-t-il souligné.
Les propos de l’élu AfD ont entre-temps suscité de vives réactions. Katja Pähle, présidente du groupe SPD au Landtag de Saxe-Anhalt, les a qualifiés de "menace politique". Selon elle, il ne s’agissait pas d’une simple formule ambiguë : associer l’armement à l’annonce d’une expulsion massive de personnes revient, à ses yeux, à présenter la violence comme un moyen d’action politique. Elle a également appelé le BSW à prendre position sur les déclarations du responsable de l’AfD.
L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) a elle aussi vivement critiqué ces propos. Fabio De Masi, coprésident du parti au niveau fédéral, a accusé l’AfD de favoriser une course aux armements et de chercher à justifier l’implantation potentielle du groupe israélien en invoquant le recours à des technologies militaires pour mener sa politique de "remigration". Ces déclarations démontreraient, selon lui, que l’AfD ne cherche pas réellement à gouverner, mais préfère se dérober à ses responsabilités par la provocation.
Les propos de Siegmund revêtent une dimension politique particulière, le BSW étant le seul parti à ne pas exclure, en principe, un dialogue avec l’AfD au sein du nouveau Landtag de Saxe-Anhalt. Aucune coopération n’a toutefois été conclue à ce stade. Après les élections régionales, le BSW s’était dit prêt à discuter d’une collaboration ponctuelle sur certains projets et dossiers. La CDU, le SPD, les Verts et Die Linke continuent, eux, d’exclure toute coopération avec l’AfD.
Lors des élections régionales en Saxe-Anhalt, l’AfD est arrivée largement en tête avec 43,8 % des voix, sans toutefois décrocher la majorité absolue. Siegmund a depuis réaffirmé la volonté de son parti de former un gouvernement, sans exclure une majorité extrêmement courte. L’objectif, a-t-il déclaré, est de mettre en place "le gouvernement le plus stable possible".