Dans les grandes villes de France, des cortèges de lycéens ont réclamé ce mardi davantage de moyens pour leurs établissements, sous haute surveillance des autorités.
Paris, Marseille, Lille, Lyon, Strasbourg, Toulouse, Rennes, Nîmes... Une trentaine de manifestations sont organisées à travers le pays, ce mardi 6 octobre, pour l'acte III de la mobilisation lycéenne.
Pour cette nouvelle journée de protestation, l’Union syndicale lycéenne a appelé "toute la jeunesse dans la rue, partout en France". Un appel également passé par l'Union étudiante et par une intersyndicale de l'Éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud et Solidaires), qui a invité à faire grossir les rangs des lycéens.
"Les militants et militantes seront là pour protéger les lycéennes et lycéens parce que nous avons été scandalisés de ce que nous avons vu depuis dix jours et de cette répression inédite que le gouvernement a organisé contre la mobilisation", a notamment assuré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
Selon l'Union syndicale lycéenne affirme, quelque "1 800 lycées" sont d'ores et déjà bloqués ce matin, soit par "des manifestations ou fermés d'office par l'Éducation nationale". "57 sites universitaires" sont également bloqués dans le pays, a souligné, de son côté, l'Union étudiante.
De son côté, le ministère de l'Éducation indique que 891 établissements, dont 250 en Île-de-France, ont vu leurs cours être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues.
260 000 manifestants, hors Paris, recensés à 13h30 par la CGT
Les mobilisations ont débuté dès ce matin. À Marseille, 30 000 personnes étaient présentes dans le cortège, qui a quitté le Vieux-Port en milieu de matinée, selon la CGT ; 4 800 selon la préfecture. Si quelques dégradations matérielles ont été observées tout au long du parcours, le rassemblement s'est déroulé dans le calme, a constaté France 3 Provence-Alpes-Côte-d'Azur.
À Lyon, ce sont 20 000 personnes qui ont défilé, selon les organisateurs. Une mobilisation qui s'est déroulée sans incident.
Au total, 86 000 élèves, enseignants et autres manifestants ont défilé dans les actions menées "en région", a fait savoir le ministère de l'Intérieur en fin de matinée. La CGT a indiqué à l'AFP avoir comptabilisé plus de 260 000 manifestants mardi à 13h30 dans toute la France, hors Paris.
Les lycéens de la Réunion et de Mayotte se sont également mis en ordre de bataille. Si la plupart des établissements de ces deux départements sont restés ouverts, de nombreux blocages ont été organisés. Des chiffres qui vont gonfler dans l'après-midi, lors du départ du cortège parisien, qui devrait s'élancer vers 14 h. Quelque 40 000 personnes sont attendues pour ce qui représente, pour le moment, la plus grosse journée de mobilisation.
De nombreux blocages d'établissements ont également été organisés. C'est notamment le cas aux lycées Hélène-Boucher (XXe arrondissement), Voltaire (XIe arrondissement), Louis-le-Grand et Henry IV (Ve arrondissement). Plusieurs établissements de l'enseignement supérieur, tels que La Sorbonne et l'ENS Paris-Saclay sont également concernés par des blocages.
Plateforme de doléances
Les lycéens dénoncent des journées de cours jugées trop longues et des conditions d'accueil insuffisantes, avec, entre autres, des salles de classe surchargées et vétustes. Ils demandent davantage de moyens pour l'Éducation, le remplacement de chaque professeur et la réforme de la plateforme Parcoursup, jugée opaque et inégalitaire.
Le gouvernement a qualifié ces revendications de légitimes, mais a condamné ce qu'il a décrit comme "des violences urbaines", qualifiant désormais ces manifestations comme des émeutes.
L'exécutif a malgré tout ouvert une plateforme pour regrouper l'ensemble des doléances des lycéens. Appelée Agora, elle est ouverte jusqu'au 23 octobre et plus de 1 700 personnes y ont déjà participé, à la mi-journée. Sur le site, il est demandé quelles sont les principales difficultés rencontrées par les lycéens et ce qui devraient changer au sein des établissements afin de mieux vivre leur scolarité.
Soupçon d'agression sexuelle lors d'une interpellation
Depuis le début de la mobilisation, 85 personnels éducatifs, dont 34 chefs d'établissement et adjoints, 715 policiers et gendarmes et 215 élèves ont été blessés, a fait savoir Matignon. Le bureau du Premier ministre a précisé que "l'immense majorité" l'a été "soit dans le cadre d'accidents", "soit par le fait d'autres individus extérieurs".
Plus de 6 000 personnes ont également été interpellées depuis le début du mouvement, dont une grande majorité de mineurs, selon un décompte des autorités publié lundi soir.
Ce mardi, à Metz, une enquête a été ouverte pour des soupçons d'agression sexuelle après la diffusion, sur les réseaux sociaux, de l'interpellation d'une lycéenne. On y voit le policier caresser la tête et la poitrine de la jeune fille alors qu'elle se trouve au sol. Les investigations porteront "sur les conditions d'interpellation et est destinée à établir l'existence ou non d'actes relevant d'une agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans", a indiqué le procureur.
À Lens, hier, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée après l’explosion d’une grenade devant un établissement scolaire, ont indiqué François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais et Étienne Thieffry, procureur de la République de Béthune. L'IGPN, la police des polices, a ouvert une enquête pour déterminer si le lycéen a récupéré cette grenade ou si elle a atterri sur lui. Une situation "bouleversante", a précisé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ce mardi matin.
La semaine passée, dans le Val-d'Oise, un jeune de 14 ans a perdu l'usage d'un œil. Le parquet a évoqué des lésions "compatibles" avec un tir de LBD. Au total, dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN. "Notre priorité absolue est de protéger nos élèves", a assuré, de son côté, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, ce mardi matin.