Dans les grandes villes de France, des cortèges de lycéens ont réclamé ce mardi davantage de moyens pour leurs établissements, sous haute surveillance des forces de l'ordre.
Paris, Marseille, Lille, Lyon, Strasbourg, Toulouse, Rennes, Nîmes... Une trentaine de manifestations ont été organisées à travers le pays, ce mardi 6 octobre, pour l'acte III de la mobilisation lycéenne.
Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, quelque 256 000 personnes ont défilé mardi en France dans le cadre du mouvement de protestation lycéen, dont 56 000 à Paris.
Les organisateurs ont, eux, annoncé 450 000 manifestants dans toute la France dont 100 000 dans la capitale.
De nombreux blocages d'établissements ont eu lieu. C'est notamment le cas aux lycées Hélène-Boucher (XXe arrondissement), Voltaire (XIe arrondissement), Louis-le-Grand et Henry IV (Ve arrondissement). Plusieurs établissements de l'enseignement supérieur, tels que La Sorbonne et l'ENS Paris-Saclay ont également rejoint les blocages.
Le ministère de l'Éducation indiquait que 891 établissements, dont 250 en Île-de-France, avaient vu leurs cours suspendus, totalement ou partiellement, toutes causes confondues.
Au total, 488 personnes ont été interpellées mardi et 43 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon le bilan communiqué par le ministère de l'Intérieur en fin de journée.
"Il faut vraiment différencier des casseurs des lycéens"
"On va continuer tant que ça ne changera pas", témoigne une jeune manifestante parisienne auprès d'Euronews, dénonçant des lycées "délabrés" et des absences de professeurs non remplacées.
D'autres lycéens du centre de Paris disent manifester "en solidarité" avec les établissements de banlieue "moins favorisés", tout en dénonçant eux aussi le fait d'être "36 par classe". "On trouve que c'est trop."
Autre sujet évoqué par ces jeunes : les "violences policières" et le fait d'avoir "plus de CRS que de profs".
Concernant les dégradations et les saccages commis dans certains établissements, ils affirment avoir tenté de les empêcher "au maximum" et attribuent ces débordements à des individus "extérieurs au lycée".
"Il faut vraiment différencier des casseurs des lycéens", insiste une autre élève. "Nous, on se mobilise, comme 99 % des lycéens de France qui font une mobilisation pacifique et qui veulent vraiment se faire entendre, être pris au sérieux, et pas juste être montrés du doigt comme des casseurs".
Trump s'en mêle
Le vaste mouvement lycéen en France a déjà attiré l’attention des médias et des commentateurs internationaux. Fait nouveau, le président américain Donald Trump a décidé de s'immiscer dans le débat, estimant que "l'islam" et "l'immigration" sont responsables de la situation.
"Ce qui se passe en France n’est rien de moins qu’une migration massive hors de contrôle. Il ne s’agit pas ici d’écoles, mais bien de l’islam qui cherche à prendre le contrôle d’un pays autrefois grand !", a-t-il affirmé sur son réseau Truth Social.
Plateforme de doléances
Les lycéens dénoncent des journées de cours jugées trop longues et des conditions d'accueil insuffisantes, avec, entre autres, des salles de classe surchargées et vétustes. Ils demandent davantage de moyens pour l'Éducation, le remplacement de chaque professeur et la réforme de la plateforme Parcoursup, jugée opaque et inégalitaire.
Le gouvernement a qualifié ces revendications de légitimes, mais a condamné ce qu'il a décrit comme "des violences urbaines", qualifiant désormais ces manifestations comme des émeutes.
L'exécutif a malgré tout ouvert une plateforme pour regrouper l'ensemble des doléances des lycéens. Appelée Agora, elle est ouverte jusqu'au 23 octobre et plus de 1 700 personnes y ont déjà participé, à la mi-journée. Sur le site, il est demandé quelles sont les principales difficultés rencontrées par les lycéens et ce qui devraient changer au sein des établissements afin de mieux vivre leur scolarité.
Soupçon d'agression sexuelle lors d'une interpellation
Depuis le début de la mobilisation, 85 personnels éducatifs, dont 34 chefs d'établissement et adjoints, 715 policiers et gendarmes et 215 élèves ont été blessés, a fait savoir Matignon. Le bureau du Premier ministre a précisé que "l'immense majorité" l'a été "soit dans le cadre d'accidents", "soit par le fait d'autres individus extérieurs".
Plus de 6 000 personnes ont également été interpellées depuis le début du mouvement, dont une grande majorité de mineurs, selon un décompte des autorités publié lundi soir.
Ce mardi, à Metz, une enquête a été ouverte pour des soupçons d'agression sexuelle après la diffusion, sur les réseaux sociaux, de l'interpellation d'une lycéenne. On y voit le policier caresser la tête et la poitrine de la jeune fille alors qu'elle se trouve au sol. Les investigations porteront "sur les conditions d'interpellation et est destinée à établir l'existence ou non d'actes relevant d'une agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans", a indiqué le procureur.
À Lens, hier, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée après l’explosion d’une grenade devant un établissement scolaire, ont indiqué François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais et Étienne Thieffry, procureur de la République de Béthune. L'IGPN, la police des polices, a ouvert une enquête pour déterminer si le lycéen a récupéré cette grenade ou si elle a atterri sur lui. Une situation "bouleversante", a précisé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ce mardi matin.
La semaine passée, dans le Val-d'Oise, un jeune de 14 ans a perdu l'usage d'un œil. Le parquet a évoqué des lésions "compatibles" avec un tir de LBD. Au total, dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN. "Notre priorité absolue est de protéger nos élèves", a assuré, de son côté, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, ce mardi matin.