“Tensions d’approvisionnement” sur l’Ozempic, anti-diabétique détourné comme solution minceur

Access to the comments Discussion
Par Oceane Duboust
Des anti-diabétiques sont présentés comme une solution miracle pour perdre du poids sur les réseaux sociaux. Un détournement dangereux.
Des anti-diabétiques sont présentés comme une solution miracle pour perdre du poids sur les réseaux sociaux. Un détournement dangereux.   -   Tous droits réservés  Canva

Après l'Amoxicilline et le Doliprane, un nouveau médicament présente des risques de pénuries. Il s'agit de l'Ozempic. Cet anti-diabétique a été promu sur les réseaux sociaux comme une solution miracle pour perdre du poids. Mais cette soudaine renommée n'est pas sans conséquences.

Produit par le laboratoire danois Novo Nordisk, l'Ozempic est un médicament injectable qui permet de réguler la glycémie. A cet effet, il est habituellement prescrit aux adultes souffrant de diabète de type 2 soit le plus fréquent puisqu’il concerne environ 90% des cas de diabète.

Mais son usage a été détourné sur les réseaux sociaux où il est vanté comme remède miraculeux pour maigrir rapidement.

Le décrié patron de Twitter, Elon Musk, a cité en novembre l'Ozempic comme une des raisons lui ayant permis de perdre 13 kilos.

Sur Facebook, les groupes dédiés à l’utilisation de l’Ozempic pour la perte de poids rassemblent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

La popularité de cette hormone a déjà causé sa pénurie en Australie où les pharmacies sont en rupture jusqu'à mars 2023.

Si l'utilisation de cette hormone est également étudiée pour les personnes atteintes d'obésité, les consignes de prescription dépendent des politiques sanitaires de chaque pays.

Face aux difficultés d'approvisionnement, les autorités australiennes ont appelé les professionnels de santé à prioriser les patients diabétiques. L’Agence nationale de sécurité du médicament en France a donné des consignes similaires en septembre après avoir "été avertie de fortes tensions d’approvisionnement".

Des tensions ont été observées dans la chaîne logistique de plusieurs médicaments, un phénomène récurrent dans plusieurs pays. Par exemple, l'Amoxicilline et le Doliprane été difficiles à trouver dans les pharmacies de plusieurs pays européens il y a quelques semaines. 

"Il y a une semaine, il y avait des difficultés d'approvisionnement sur l'Ozempic. Trois semaines plus tôt, c'était sur le Trulicity", expliquait Pierre-Olivier Variot, président de l'Union de syndicats de pharmaciens d'officine pour BFMTV, le Trulicity étant lui aussi un anti-diabétique.

Les autorités britanniques et australiennes ont également rappelé à l’ordre les influenceurs faisant la promotion de médicaments. En France, la publicité auprès du grand public est une pratique hautement réglementée, réservée aux médicaments non remboursables par l’assurance maladie et nécessitant une autorisation préalable.

Novo Nordisk a indiqué à Euronews être en contact avec les différentes parties prenantes y compris les autorités sanitaires pour assurer la continuité de l'acheminement de la molécules aux patients diabétiques.

"Ce n'est pas quelque chose que nous prenons à la légère, et nous faisons des investissements à court et à long terme pour résoudre ce problème temporaire", a expliqué l'entreprise par mail. 

Quelles conséquences sanitaires ?

Le phénomène a non seulement des conséquences sur les patients ayant besoin de suivre leur traitement au quotidien, mais aussi des effets secondaires sur les consommateurs.

"Ça peut être des effets indésirables bénins digestifs, parfois des constipations sévères et des inflammations du pancréas. Ça peut aller, dans de rares cas, jusqu'à des cancers", explique à Franceinfo François Montastruc, médecin pharmacologue au CHU de Toulouse (Haute-Garonne).

La notice publiée par l’Agence européenne du médicament le précise : les nausées, diarrhées et l’hypoglycémie sont des effets secondaires "très courants". Comme tous les médicaments, l’Ozempic présente également des contre-indications. Des paramètres que seul un médecin est à même de prendre en compte lors de la prescription.

Une responsabilité que rappelle l'entreprise danoise qui ajoute que ses produits sont sur le marché depuis plus de dix ans : "àce jour, les données de sécurité issues des essais et de la pharmacovigilance n'ont pas identifié de risques supérieurs aux bénéfices du traitement".

Cette utilisation détournée d'un médicament anti-diabétique n'est pas sans rappeler le scandale du médicament Mediator. Celui-ci a largement été prescrit comme coupe-faim avant d'être retiré du marché en 2009 et est accusé d'avoir causé le décès de plus d'un millier de personnes.

La longue liste des médicaments détournés

Ce n'est pas la première fois qu'un médicament est détourné de son but premier pour des visées esthétiques. En 2021, la BBC avait consacré un documentaire sur la prise d’Apétamine par les influenceuses qui cherchaient cette fois-ci à prendre du poids rapidement pour obtenir une silhouette en sablier. Un produit qui n’est pas homologué en France, ni au Royaume-Uni.

Plusieurs "astuces" de l’industrie de la beauté ont été pointées du doigt ces dernières années. Dans une tribune publiée sur le site The Conversation, deux chercheuses ont alerté sur l’usage de l’homéoplasmine, une pommade médicamenteuse contenant notamment de l’acide borique que de nombreuses "papesses beauté" ont vanté comme un baume hydratant notamment pour les lèvres.

En parallèle, l’utilisation de crème anti-hémorroïdes pour soi-disant diminuer les cernes faisait les choux gras de la presse féminine. Des crèmes pouvant contenir de l’hydrocortisone et non adaptées à la peau fine du contour de l'œil.

De manière générale, les produits issus de l’armoire à pharmacie sont à utiliser avec précaution et sous les conseils d’un professionnel de santé.