DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Vous lisez :

Marche solidaire : à travers l'objectif des photographes

Marche solidaire : à travers l'objectif des photographes

Marche solidaire : à travers l'objectif des photographes

Après plus de 1 400 kilomètres, la Marche solidaire pour les migrants arrive presque à destination.

L’initiative a été prise par l'association française L’Auberge des Migrants, qui a invité les citoyens se sentant concernés à se joindre au groupe et à marcher, sans distance imposée. La Marche est partie fin avril de Vintimille en Italie et a depuis traversé la France. Elle arrivera dimanche à Calais, sur la côte nord avec comme destination finale, Londres, au Royaume-Uni.

Les participants dénoncent la situation aux frontières : entre la France et l’Italie, et la France et le Royaume-Uni.

Ouvrez vos sacs !

Adrienne Surprenant, une photographe canadienne de Montréal, a demandé aux marcheurs de montrer le contenu de leurs sacs.

« Au plus fort de la “crise des migrants” - qui est plutôt une crise de l’accueil selon moi -, on les a vues ces photos d’intérieurs de sacs, des objets les plus importants, des objets qui ont survécu à la traversée du désert puis de la Méditerranée. Sans gêne, des photographes ont demandé à des gens d’ouvrir leur sac, leur vie et leur intimité pour l’étaler sous le regard d’une caméra puis du monde. J’ai reproduis le processus, avec les marcheurs solidaires. Je voulais les confronter à cette intrusion dans leur univers personnel. Je voulais me confronter à la différence de traitement médiatique qu’on applique trop facilement aux “autres”. »

Sa demande a souvent généré un malaise profond. Très peu de gens ont accepté d’ouvrir leur sac et partager cette intimité. Ceux qui ont accepté ont aussi partagé leurs observations tout au long de la marche.

...

Le sac n°1 appartient à Carole Bruyère, 36 ans, qui a marché une journée dans la région du Beaujolais, entre les villes de Villefranche-sur-Saône et Belleville, « pour la cause des personnes qui galèrent et qui marchent, des migrants, des personnes réfugiées », explique-t-elle.

Elle raconte qu’après avoir accouché, elle s’est mise à beaucoup penser aux migrants et à cette cause : « Comment tu fais dans ces conditions ? Aujourd’hui si on veut fermer les yeux, c’est très facile. Voir ce qui existe c’est une toute petite contribution, c’est un début. J’avais un gros sentiment d’impuissance. C’est difficile de penser à ces gens dans des situations extrêmes à côté de nous sans que l’on ne fasse quoi que ce soit. »

Selon Carole, cette marche est un groupe de personnes qui vont de l’avant ensemble, de la vie, des discussions, des voix différentes.

Titourant Gaudillat, 17 ans, est la propriétaire du sac n°2. Elle a également marché le temps d’une journée, de Villefranche à Belleville : « parce que papa et maman marchent ».

Mathilde Toularastel, une sage-femme de 29 ans venant de Bretagne, porte le sac n°3. Elle, a décidé de marcher durant trois jours avec une collègue dont elle a fait connaissance au cours d’une mission pour Sages-femmes sans frontières, à Calais. Elle marche « pour donner à chaque être humain le droit d’être reconnu comme tel ».

A travers cette marche, Mathilde voit « de l’espoir, des hommes et des femmes qui se rencontrent, se séparent, apprennent à se connaître sans vraiment se connaître. Je vois la vie. »

Des icônes en marche

Nicolas Leblanc, photographe documentaire français, s’est joint à la marche à Villefranche-sur-Saône.

« Pendant quatre jours nous marchons le long de la Saône », explique-t-il, « Quatre jours sur le chemin de halage, un paysage droit et répétitif ! Un vrai piège à photographe, pour qui, traquer les aspérités du paysage pour en donner du sens et de l’esthétisme est souvent le moteur de la démarche artistique. Mais dans cette marche, ce qui procure reliefs et changements, ce sont les marcheurs. C’est là-dessus que je travaille pour traduire visuellement ce qui s’opère entre eux, dans la chaîne humaine. ».

Ici, les portraits de Maya et Anthony, tous les deux marchant seuls mais unis par la même cause. Maya s’est joint à la marche pour apporter son soutien aux migrants. Anthony est un réfugié du Soudan.

« Marcher c’est symbolique. Marcher c’est être en mouvement vers quelque chose […] c’est impossible que ce ne soit pas une marche personnelle. C’est une démarche aussi ; il se passe des trucs quand on marche, parce qu’on rencontre des tas de gens donc on est confronté à l’autre, pleins d’autres, mais on est confronté à soi-même aussi », dit Maya.

...

Nicolas Leblanc considère les portraits des marcheurs comme des icônes. « Leur posture et la place qu’ils occupent dans le cadre en sont les marqueurs. C’est dès les premiers pas que je choisis de jouer avec le champ et le hors champ, pour véhiculer un message et permettre de traduire les échanges, la solidarité, l’entraide et la bienveillance qu’il y a entre chacun. Que ce soit spontanément ou dans une mise en scène du réel, le message reste le même : chacun épaule chacun. »

Un éveil

Le photographe français Jeremy Suyker vit en nomade depuis 2010. Il a récemment travaillé en Iran, au Birmanie, au Sri Lanka et en Asie Centrale. Il a choisi de capturer la marche en noir et blanc.

« L’action de la marche est ancrée dans le temps et le territoire de façon précise, avec un début et une fin. Au-delà, nous ne savons pas où nous allons. Nous doutons alors nous marchons et en marchant nous nous éveillons. D’après René Magritte, je dirais que j’ai voulu rendre compte de cet 'éveil' en produisant des images qui suscitent le mystère avec l’enchantement nécessaire à la vie des idées. Que se passera-t-il après la marche ? Peut-être pas grand-chose. Mais ce formidable effort collectif n’aura pas été vain. Il se poursuivra dans les cœurs qui battent et grâce à ces images qui témoignent de ce besoin d’avancer. »

...

Sources additionnelles • Collectif Item