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Amazonie : le Pantanal, riche sanctuaire de biodiversité, vit ses pires incendies depuis 22 ans

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Par Joël Chatreau
Paysage de désolation dans la région de Novo Progresso - Etat brésilien du Para-, le 25 août 2019
Paysage de désolation dans la région de Novo Progresso - Etat brésilien du Para-, le 25 août 2019   -   Tous droits réservés  Leo Correa/AP
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Pourquoi la forte indignation qui est montée partout à travers le monde l'an dernier est-elle retombée cette année ? Pourquoi la vive émotion ressentie alors semble-t-elle ne plus étreindre la population mondiale ? Les incendies qui dévorent plus que jamais la forêt amazonienne sur le territoire du Brésil sont-ils devenus banals aux yeux de "Monsieur tout le monde" ?

On n'a pourtant pas besoin d'être un écologiste pur et dur pour s'alarmer du sort de plus en plus tragique qui est réservé à cette immense zone verte d'une si exceptionnelle biodiversité. Les données recueillies grâce aux satellites de l'Institut national de recherches spatiales - un organisme public largement reconnu -, et publiées jeudi 1er octobre, ne peuvent que finir de nous convaincre.

Elles prouvent que les feux en Amazonie brésilienne ont augmenté de plus de 60% entre septembre 2019 et le même mois cette année, et qu'ils ont carrément triplé dans le plus grand bassin humide de la planète, le Pantanal.

Voici les chiffres précis :

- 32 017 foyers d'incendie se sont déclarés le mois dernier dans la forêt amazonienne du Brésil, 19 925 en septembre de l'année dernière. C'est le pire mois de septembre depuis trois ans.

- Depuis le 1er janvier dernier, sur neuf mois, le total des feux dans cette partie du monde s'élève exactement à 76 030, contre 66 749 au cours des neuf premiers mois de 2019. Cela représente une hausse de 14%.

- Au Pantanal, tous les records d'incendies sont battus, et de loin : 8 106 foyers y ont été recensés en septembre 2020, contre 2 887 durant le même mois en 2019. C'est tout simplement le pire bilan depuis que l'Institut national de recherches spatiales collectionne des statistiques, autrement dit depuis 22 ans.

Déboisement, brûlis, incendie, l'engrenage criminel

La plus grande partie de ces feux sont criminels, puisqu'ils naissent à cause de brûlis pratiqués par des exploitants agricoles ou des éleveurs sur des zones qui ont été déboisées en toute illégalité. Le terrain est propice en plus car la sécheresse actuelle qui sévit notamment au Brésil est sans précédent dans le vaste pays, c'est la plus dure en une cinquantaine d'années.

Le Pantanal, vaste sanctuaire qui s'étend sur trois Etats, le Brésil donc mais aussi le Paraguay et la Bolivie, abrite une faune et une flore extraordinaires que l'être humain se doit absolument de préserver. Pourtant, il n'est pas épargné et désormais, certaines de ses étendues autrefois verdoyantes sont devenues gris cendre, laissant découvrir de-ci de-là des cadavres d'animaux carbonisés.

Bolsonaro, président aux provocations incendiaires

Les dernières données scientifiques du jour sont édifiantes : "La maison brûle" comme aurait dit le défunt président français Jacques Chirac mais Jair Bolsonaro "regarde ailleurs". Le dirigeant brésilien continue de vouloir accueillir à bras ouverts toute activité minière ou agricole, y compris dans les territoires jusque-là protégés du pays. Lors d'un discours très controversé la semaine dernière à l'Assemblée générale de l'ONU, il n'a pas hésité à renverser les rôles en accusant les Indiens d'Amazonie de mettre le feu à la forêt en utilisant des "techniques traditionnelles".