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Des millions d’Européens privés de chauffage

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 Des millions d’Européens privés de chauffage
Tous droits réservés  KENZO TRIBOUILLARD/AFP
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La température est bien en dessous de zéro cette semaine en Belgique. Ces conditions sont particulièrement difficiles pour Véronique. Cette sexagénaire qui vit le long de la côte, à La Panne, n'a pas les moyens de se chauffer mais ce matin elle n'a pas le choix. "Je l'ai mis parce qu'il fait quand même -10°C ". En temps normal cette sexagénaire tourne ses radiateurs en fin d’après-midi et les coupe complètement lorsqu’elle se couche. La facture de 34€ de gaz est difficile pour elle.

Cette pauvreté énergétique est un cercle vicieux. Cette ancienne coiffeuse et propriétaire de café doit d’une part ajuster le chauffage mais elle limite l'utilisation des appareils électriques. Deux lampes seulement éclairent sa salle à manger. L’une d’elles dispose d’une ampoule à basse consommation.

Dans ses conditions Véronique fait aussi attention à l’eau qu’elle utilise. "_Je prends une douche, le lendemain je vais aller me laver à l'évier pour éviter de consommer trop d'eau _" et pour limiter l’énergie nécessaire pour la chauffer. Toutes les dépenses sont comptées. Parfois il lui arrive de ne manger que des œufs et des pâtes car elle ne peut pas se permettre autre chose.

Cette précarité énergétique affecte aussi sa vie de famille. Elle ne peut plus voir ses 6 petits-enfants en hiver. Les grandes tablées familiales sont hors budget pour Véronique. Elle ne peut pas non plus les accueillir dans de bonnes conditions. Malgré ses difficultés Véronique dit garder le moral.

Pouvoir se chauffer l’hiver

La précarité énergétique est un phénomène de fond dans l'UE. 30 millions de citoyens ne pouvaient pas chauffer leur foyer en 2019, soit l'équivalent de la population tchèque, hongroise et autrichienne réunies. La pandémie de covid-19 ne fait qu'aggraver la situation. Thomas Pellerin-Carlin de l’institut Jacques Delors et auteur d’un rapport sur cette question note deux impacts de la crise sanitaire. _"Le premier c'est une baisse de revenus, tous les gens qui sont mis au chômage partiel, qui perdent leur emploi (…). Et l'autre élément, qui est que toutes les mesures sanitaires de couvre-feu, de confinement, de télétravail aussi, fait que les gens passent beaucoup plus de temps chez eux _", explique-t-il.

Or si les familles les plus menacées étaient en mesure de payer leur facture avant la crise ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la santé. Un logement mal chauffé " favorise des maladies respiratoires", précise Thomas Pellerin-Carlin.

Mais la pauvreté énergétique ne se limite pas à une seule saison. La précarité hivernale est la forme la plus évidente. Mais l’été révèle aussi son lot de difficultés. Face au changement climatique et des canicules toujours plus intenses, il est là aussi nécessaire de disposer d’un logement bien isolé ou de moyens pour rafraîchir l’atmosphère.

Pour lutter contre cette pauvreté, différentes mesures existent. Une solution peut prendre la forme d'aides d'urgence aux personnes dans le besoin. Mais la réponse à long terme passe surtout par la rénovation des bâtiments. Le Pacte vert proposé par la Commission européenne apparaît dès lors comme un outil pour permettre d'engager cette transition. Selon Thomas Pellerin-Carlin entre 15 à 20 millions de logements nécessitent des travaux d’isolation.

Contrairement à une idée reçue c'est dans le sud du continent que les Européens souffrent le plus du froid en hiver. La pauvreté énergétique n’apparait plus alors comme une question météorologique mais davantage comme un enjeu de politique publique.