DERNIERE MINUTE
This content is not available in your region

Dissoute en Conseil des ministres, l'association Génération identitaire va déposer un recours

Par Euronews avec AFP
Des militants de Génération identitaire manifestent à Paris le 20 février 2021, France
Des militants de Génération identitaire manifestent à Paris le 20 février 2021, France   -   Tous droits réservés  Francois Mori/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.
Taille du texte Aa Aa

Le groupe français d'extrême droite Génération identitaire, proche du Rassemblement national, a été dissous mercredi en Conseil des ministres, après des années de polémiques et d'actions musclées notamment contre l'immigration et l'islam, "des menaces" qu'il appelle à combattre.

La procédure avait été lancée mi-février par Gérald Darmanin, après une énième action, fin janvier, de l'association contre des migrants dans les Pyrénées. Action qui avait "scandalisé" le ministre et donné lieu à une enquête préliminaire pour provocation à la haine raciale.

Aussitôt, le RN avait dénoncé une procédure "politique" et "une dangereuse atteinte aux libertés fondamentales". Dans la foulée, Génération identitaire avait organisé le 20 février à Paris une manifestation pour protester contre sa dissolution annoncée.

Clément Martin, un des porte-parole de l'association dont le siège est à Lyon, a prévenu que GI allait déposer un recours "pour excès de pouvoir" devant le Conseil d'Etat. "Sur l'aspect purement juridique, nous sommes plutôt confiants. La question est de savoir si le Conseil d'Etat va faire de la politique ou va faire du droit", a-t-il dit à l'AFP. Il a évoqué également un "référé suspension" et le dépôt de deux QPC (questions prioritaires de constitutionnalité).

Le ministre de l'Intérieur a annoncé la dissolution mercredi du mouvement dans un tweet, faisant valoir que Génération identitaire "incit(ait) à la discrimination, à la haine et à la violence".

"Autant qu'un crime politique contre la démocratie, une faute morale contre le peuple français", a réagi sur Twitter Gilles-William Goldnadel, un des avocats de GI, tandis que Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen, a estimé dans un tweet que "cette dissolution arbitraire sign(ait) l'asservissement de la France aux mots d'ordre mondialistes".

Pour sa part, SOS racisme s'est "félicité", dans un communiqué, de la décision du Conseil des ministres.

"Milice privée"

Le décret de dissolution pointe du doigt les incitations "à la violence envers des individus en raison de leur origine, de leur race et de leur religion". "Par sa forme et son organisation militaires", GI "peut être regardée comme présentant le caractère d'une milice privée", y justifie M. Darmanin.

Le décret fait également état des "liens avec des groupuscules d'ultradroite dont (GI) reçoit un soutien logistique et qui défendent une idéologie appelant à la discrimination, à la violence ou à la haine au nom de théories racialistes ou suprémacistes".

Il y est encore noté que l'association a reçu des dons de Brenton Tarrant, le tueur des mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande) où il avait assassiné 51 personnes en mars 2019.

Lors de son audition, en avril 2019, par la commission d'enquête parlementaire sur les groupuscules d'extrême droite, l'ancien directeur de Tracfin (organisme public chargé de l'action contre les circuits financiers clandestins) Bruno Dalles avait affirmé que Brenton Tarrant était "membre bienfaiteur" de GI.

"Par cette décision, nous mettons fin aux activités parfois violentes d'un groupe qui avait depuis fort longtemps coupé les ponts avec la République", a fait valoir le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, en rendant compte des travaux du Conseil des ministres. "Génération identitaire ne défendait plus des idées, il était le bras armé de l'extrémisme et la xénophobie", a-t-il ajouté.

Occupation du toit d'une mosquée

Créée en 2012, l'association qui revendique 2.800 adhérents, présente "l'immigration et l'islam comme des menaces que les Français doivent combattre" et entretient "délibérément la confusion entre musulmans, immigrants et islamistes ou terroristes", selon le ministère de l'Intérieur.

Il rappelle que son "acte fondateur" avait été l'occupation spectaculaire du toit d'une mosquée en construction à Poitiers en 2017, accompagnée de slogans hostiles aux musulmans. Cinq militants de GI ont été d'abord condamnés en 2017 mais relaxés en juin 2020 en appel pour ces faits, jugés prescrits.

En 2019, GI avait occupé le toit de la caisse d'allocations familiales de Bobigny et déployé une banderole "De l'argent pour les Français, pas pour les étrangers". Pour ces faits, 19 militants ont été condamnés en mars 2020 à des peines d'un à trois mois de prison avec sursis.

A l'actif également de l'association, l'agression de supporters turcs lors de l'Euro 2016 de football en France.

La dissolution de Génération identitaire intervient alors que le ministère de l'Intérieur a obtenu, ces derniers mois, celle de trois associations proches de la mouvance islamiste (CCIF, BarakaCity, et le collectif Cheikh Yassine) dans le sillage de l'assassinat de Samuel Paty en octobre 2020, et de celle du groupe ultranationaliste turc des "Loups gris".