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Politique migratoire de l'UE : quand le PPE discute avec l'extrême droite

Manfred Weber (PPE) au Parlement européen à Bruxelles, mercredi 12 novembre 2025.
Manfred Weber (PPE) au Parlement européen à Bruxelles, mercredi 12 novembre 2025. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Nela Heidner
Publié le
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Des échanges entre députés conservateurs et d'extrême droite auraient eu lieu au sujet du durcissement de la politique migratoire de l’UE.

Selon une enquête de l'agence de presse allemande dpa, le PPE a récemment travaillé, dans un groupe de discussion et lors d'une rencontre entre députés, de concert avec l'extrême droite sur une proposition visant à durcir la politique migratoire.

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Le projet de loi était bloqué depuis des mois

Le projet de loi en négociation a obtenu, peu après la réunion des députés, la majorité requise au sein de la commission compétente du Parlement européen. Outre des membres du groupe PPE, des élus d'extrême droite ont également voté pour, parmi lesquels la députée AfD Mary Khan. Le texte prévoit notamment la possibilité d'expulser des demandeurs d'asile vers des centres de retour situés dans des pays tiers.

Cette coopération a vu le jour après que le projet de loi est resté bloqué pendant des mois. PPE, sociaux-démocrates et libéraux n'étaient pas parvenus à s'entendre sur une ligne commune. Ces trois familles politiques forment normalement au Parlement européen une alliance informelle censée rendre superflue toute collaboration du PPE avec des partis d'extrême droite.

Dans ce dossier précis, un compromis a toutefois échoué début mars. Les sociaux-démocrates refusant toujours d'approuver en l'état le concept de centres de retour, un groupe WhatsApp a été créé, selon l'enquête de la dpa, dans lequel le PPE a présenté sa proposition aux groupes d'extrême droite.

Participaient à ce groupe le mouvement conservateur et national-populiste ECR, qui rassemble notamment des députés proches de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, les Patriotes pour l'Europe (PfE), où siègent des élus du Rassemblement national de Marine Le Pen, ainsi que le groupe Europe des nations souveraines (ESN), auquel appartiennent également des eurodéputés de l'AfD.

Proposition de l'AfD : se prémunir contre les fraudes sur l'âge

Les collaborateurs des groupes concernés ont réagi dans le chat en formulant des demandes d'amendement. D'après les informations de la dpa, le PPE a également repris des suggestions émanant du bureau parlementaire de l'élue AfD Mary Khan. Dans le groupe WhatsApp, on pouvait lire par exemple, du côté du PPE : "Nous pouvons soutenir cela."

Mary Khan a notamment défendu un élargissement des pouvoirs des autorités pour vérifier l'âge des demandeurs d'asile. Elle a plaidé pour que des tests médicaux puissent également être utilisés, en cas de doute, afin de déterminer si les personnes en quête de protection sont réellement mineures.

Peu après la création du groupe WhatsApp, quatre députés d'ESN, d'ECR, de PfE et du PPE se sont rencontrés en personne, le 4 mars, pour négocier le texte. Il s'agissait du Français François-Xavier Bellamy pour le PPE, de la députée européenne AfD Mary Khan, ainsi que de Marieke Ehlers pour les PfE et de Charlie Weimers pour l'ECR. Ensemble, ils ont élaboré une proposition de texte en vue du vote à venir.

Après l'accord, quelqu'un a écrit dans le groupe WhatsApp : "Merci beaucoup pour cette excellente collaboration." Des collaborateurs du PPE ont répondu avec une émoticône d'applaudissements.

« Le cordon sanitaire tient au niveau européen »

Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen (PPE) et vice-président de la CSU, avait auparavant répété à plusieurs reprises que le "cordon sanitaire" tenait aussi "au niveau européen".

Interrogé samedi par le tabloïd Bild, il n'a pas nié l'existence de ces échanges de messages, tout en relativisant le poids politique de l'AfD : "L'AfD ne joue aucun rôle pour les majorités et sur le fond. En tant que président de groupe, je fixe la stratégie. En revanche, je ne contrôle pas les groupes de discussion de nos collaborateurs."

La majorité obtenue en commission compétente est considérée comme une percée en faveur de la création éventuelle de centres de retour de l'UE dans des pays tiers. Le projet de règlement sur les retours prévoit d'envoyer dans des centres d'accueil situés hors de l'Union les demandeurs d'asile frappés d'une obligation de quitter le territoire, mais qui ne peuvent pas être renvoyés dans leur pays d'origine.

Le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt (CSU) défend ce concept, censé alléger le système d'asile européen. Avec quatre autres pays de l'UE, le gouvernement allemand a élaboré à cette fin une feuille de route générale. Des critiques mettent en garde contre le risque de violations des droits fondamentaux des réfugiés.

La coopération révélée avec des partis d'extrême droite pourrait fragiliser davantage encore ce projet.

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