Arrêtés par les forces kurdes syriennes entre 2018 et 2019, lors de la chute du "califat" de Daech, les six ressortissants français risquent la peine capitale.
Le procès de six ressortissants français suspectés d’appartenir au groupe "État islamique" (EI) s'est ouvert dimanche matin à Bagdad, avant une prochaine audience prévue pour le 5 octobre. Ils encourent la peine de mort s'ils sont reconnus coupables de crimes "contre l'Irak et le peuple irakien".
Leurs avocats réclament leur rapatriement en France, dénonçant des procédures qu'ils jugent expéditives, estimant qu’elles ne permettent pas à leurs clients de bénéficier d'une défense adéquate.
Les six suspects faisaient partie d'un groupe de 47 citoyens français transférés l'an dernier de Syrie vers l'Irak, où étaient déjà détenus de nombreux membres présumés de l'EI. Ce groupe comprenait notamment l'auteur déclaré de l'attentat de Nice, qui avait fait 86 morts le 14 juilllet 2016.
Selon les conclusions de l'enquête, les six hommes avaient rejoint l’EI après avoir transité par la Turquie, puis gagné la Syrie. Ils ont été arrêtés par les forces kurdes syriennes entre 2018 et 2019, lors de la chute du "califat" autoproclamé de Daech.
Après leur transfert en Irak, l'an dernier, les autorités irakiennes ont engagé des poursuites contre eux pour appartenance à une organisation terroriste.
Des milliers de prisonniers transférés en Irak
Les combattants du groupe djihadiste ont commis des massacres en Syrie et en Irak en 2014, réduisant de nombreuses femmes et filles à l’esclavage sexuel.
L’Irak, soutenu par des forces menées par les États-Unis, a proclamé sa victoire sur l’EI en 2017. Deux ans plus tard, les Forces démocratiques syriennes, dirigées par les Kurdes, ont affirmé avoir finalement vaincu le groupe en Syrie.
Les tribunaux irakiens ont prononcé des centaines de condamnations à mort et de peines de prison à perpétuité à l’encontre de personnes reconnues coupables d’infractions terroristes, y compris des combattants étrangers.
En 2019, 11 ressortissants français ont été condamnés à mort, avant que leur peine ne soit commuée en prison à perpétuité.
En février dernier, plus de 5 700 membres suspectés de l’EI, originaires de plus de 60 pays, ont été transférés en Irak par les États-Unis, après avoir été incarcérés en Syrie pendant plusieurs années.
En avril, l’Irak a remis à leurs pays respectifs deux ressortissants étrangers détenus, l'un originaire de Finlande et l'autre des États-Unis, après leur acquittement.
Visite du Premier ministre irakien
L'ouverture de ce nouveau procès intervient une semaine après la visite officielle en France du Premier ministre irakien, Ali Al-Zaïdi. À la tête d'une délégation de haut niveau, il s'est rendu à Paris les 13 et 14 septembre afin de "consolider le partenariat stratégique et les relations d’amitié entre la France et l’Irak", selon l'Élysée.
À l'issue de cette visite, les deux parties ont affirmé "leur vision partagée pour renforcer la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient fondée sur le respect de la souveraineté nationale, de la non-ingérence, du bon voisinage, de l’intégrité territoriale".
Paris et Bagdad ont appelé au "respect du droit international et [au] recours à des solutions diplomatiques pour répondre aux crises et aux menaces communes auxquelles est confrontée la région".
Le Premier ministre irakien a exprimé ses remerciements à la France, témoignant "sa reconnaissance" pour le soutien continu de Paris à l’Irak, notamment dans la lutte "contre le terrorisme de Daech".
Les deux parties se sont également engagées à renforcer "leur coopération en matière de sécurité et de défense" ainsi que leur engagement commun à "lutter sans relâche contre le terrorisme et à prévenir la résurgence de Daech, dans le plein respect de la souveraineté de chacun".