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Le plan de la Turquie pour électrifier le monde à la COP31, qui laisse les experts sceptiques

Murat Kurum, président désigné de la COP31 et ministre turc de l'Environnement, parle lors du Sommet d'Istanbul sur la finance climatique.
Le président désigné de la COP31 et ministre turc de l'Environnement, Murat Kurum, s'exprime au Sommet d'Istanbul sur le financement climatique. Tous droits réservés  Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved
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Par Liam Gilliver
Publié le Mis à jour
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Türkiye affirme que l'électrification du quotidien peut protéger familles et entreprises des "marchés de l'énergie instables". Mais son plan risque-t-il de nous enfermer dans l'ère des combustibles fossiles ?

Pays hôte de la COP31, la Türkiye mettra "IA respectueuse du climat" sur le devant de la scène lorsqu'elle accueillera le sommet de l'ONU en novembre, sur fond d'inquiétudes croissantes quant à son empreinte carbone.

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Lundi 21 septembre, le président désigné de la COP31 et ministre de l'Environnement Murat Kurum a déclaré que pousser les entreprises technologiques à alimenter les centres de données en énergie propre serait l'une des principales priorités des négociations.

Cette annonce s'inscrit dans l'objectif phare d'électrification de la Türkiye, qui vise à porter d'ici 2035 la part mondiale de la demande d'énergie couverte par l'électricité à 35 %, contre environ 20 % aujourd'hui.

L'engagement 35-by-35 a été annoncé en juin comme un moyen d'aider à faire basculer le monde vers un avenir à faible teneur en carbone. Il intervient après ce qui a été décrit comme "la pire crise énergétique de notre histoire" due à l'aggravation du changement climatique et au choc des énergies fossiles provoqué par la guerre contre l'Iran.

"En électrifiant la vie quotidienne, des transports aux bâtiments et à l'industrie, nous pouvons protéger les familles et les entreprises des marchés de l'énergie volatils", a déclaré Kurum.

"Cet objectif de 35 % d'ici 2035 sera l'une des priorités déterminantes de notre présidence de la COP31".

Ce que prévoit la promesse d'électrification de la Türkiye

L'électrification consiste à remplacer les technologies qui brûlent des combustibles fossiles, par exemple en substituant à une voiture ou un bus diesel un véhicule électrique. Cela n'élimine toutefois pas forcément l'usage de combustibles fossiles polluants.

Le World Resources Institute (WRI (source en anglais)) décrit l'électrification comme "un levier, pas une fin en soi", et ajoute : "Une voiture électrique alimentée par un réseau très carboné au charbon pourrait être pire pour le climat qu'une voiture qui roule à l'essence. Ses bénéfices, en d'autres termes, dépendent de la façon dont l'électricité est produite".

Les experts craignent désormais que l'engagement 35-by-35 permette aux gouvernements de comptabiliser l'expansion de la production électrique à partir de gaz comme un progrès vers les objectifs d'électrification — une évolution qui, selon eux, "saperait gravement les objectifs climatiques".

"Ne laissons pas l'électrification devenir le cheval de Troie de notre époque, utilisée pour dissimuler une nouvelle consommation de combustibles fossiles plutôt que pour promouvoir les énergies renouvelables", déclare Claire Smith, de la coalition de campagne Beyond Fossil Fuels.

L'engagement 35-by-35 ne répondra à la crise climatique et énergétique actuelle que si l'électrification est alimentée par un système énergétique flexible où l'énergie solaire et éolienne est complétée par des réseaux et des capacités de stockage renforcés.
Claire Smith
Principale chargée de campagne internationale, Beyond Fossil Fuels

Smith estime que, dans sa forme actuelle, la promesse de la présidence "laisse la porte dérobée ouverte" aux gouvernements, qui peuvent ainsi dissimuler ou justifier une augmentation de l'utilisation des combustibles fossiles sous le "prétexte de l'électrification".

"Nous voyons déjà les centres de données détourner l'électricité et les énergies renouvelables des secteurs qui ont réellement besoin de se décarboner, ce qui accroît la dépendance au gaz fossile et fait grimper les coûts de l'électricité pour les consommateurs", ajoute-t-elle.

"Des garde-fous clairs sont essentiels pour que l'électrification fasse progresser à la fois la justice climatique et un accès équitable aux énergies renouvelables, et non le programme de l'industrie des fossiles".

Duygu Kutluay, chargée de campagne chez Beyond Fossil Fuels, met elle aussi en garde contre l'idée que l'électrification soit "intrinsèquement synonyme" de décarbonation.

"À l'échelle mondiale, nous devons veiller à ce que l'agenda de l'électrification ne se fasse pas au détriment de la transition urgente loin des combustibles fossiles", ajoute-t-elle.

D'où vient l'électricité de la Türkiye ?

Selon le groupe de réflexion énergétique Ember (source en anglais), 43 % de l'électricité de la Türkiye a été produite à partir de sources à faibles émissions de carbone l'an dernier.

Malgré les épisodes de sécheresse, l'hydroélectricité est restée la principale source d'électricité propre du pays (16 %). La part de l'éolien dans la production (11,1 %) dépasse celle de nombreux pays du G7, dont l'Italie (8,1 %) et la France, très dépendante du nucléaire (8,2 %).

La production d'électricité solaire (10,5 %) a doublé en Türkiye au cours des deux dernières années, mais reste très en retard par rapport aux pays d'Europe du Sud ayant un potentiel similaire comme l'Italie (17 %) et l'Espagne (22 %).

Le charbon reste la première source d'électricité de la Türkiye, avec 34,3 % de la production en 2025. C'est 1,2 % au-dessus de la moyenne mondiale et 25,07 points au-dessus de la moyenne de l'Union européenne (UE).

Près des deux tiers de la production d'électricité à partir de charbon de la Türkiye reposent sur des importations, ce qui, avertissent les analystes, a des conséquences pour la sécurité énergétique. Le pays dépend aussi fortement du gaz, qui a représenté 22,1 % de sa production électrique l'an dernier. Là encore, ce niveau est supérieur à la moyenne mondiale comme à celle de l'UE.

Graphique montrant la part de la production d'électricité en 2025 pour le monde, la Türkiye et l'UE.
Graphique montrant la part de la production d'électricité en 2025 pour le monde, la Türkiye et l'UE. Ember

Les émissions du secteur électrique du pays ont quasiment doublé au cours des deux dernières décennies, en raison de la hausse de la production à base de combustibles fossiles pour répondre à la demande croissante, même si le développement de l'éolien et du solaire au cours de la dernière décennie a contribué à freiner cette tendance.

Les émissions par habitant de la Türkiye étaient au niveau de la moyenne mondiale en 2025. Le pays vise désormais à porter à 47 % la part des énergies renouvelables dans sa production d'électricité d'ici 2030, un objectif légèrement plus ambitieux que la cible contraignante d'au moins 42,5 % fixée pour l'UE.

"La crise mondiale des combustibles fossiles, que nous avons connue pour la deuxième fois en quatre ans, a encore mis en lumière l'importance de la transition vers une énergie propre", estime Ufuk Alparslan, d'Ember.

"Dans ce contexte, la Türkiye a l'opportunité de jouer un rôle de premier plan dans la transition énergétique régionale".

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